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Tout haut-lieu de la plongée sous-marine qui se respecte se doit de proposer un site peuplé de coraux, et comme l’originalité n’est généralement pas la qualité première des opérateurs de plongée locaux, on ne compte plus le nombre de « coral garden » qui existent à travers le monde. Idem d’ailleurs pour les « blue corner », « blue hole » et autres « shark point »… Tulamben ne déroge pas à la règle, et voici donc une petite visite guidée du jardin de corail de Tulamben

 

Le jardin de corail de Tulamben, « Coral garden » comme le nomme les locaux, se trouve dans la baie, juste entre les sites de l’épave du Liberty (lire le post ici) et le drop-off (lire le post ici). Comme pour toutes les autres plongées locales, le départ s’effectue donc directement depuis la plage, et bientôt la plaine sous-marine de sable noir succède aux galets. Nous nous dirigeons vers le Nord-Est, avant d’obliquer plein Est.

Presque immédiatement une murène ruban (Rhinomuraena quaesita) attire mon attention, ses vives couleurs de bleu et de jaune contrastant avec le sable noir qui l’entoure, dans un trou dont ne dépassent que la tête et le haut du corps. Cette couleur indique qu’il s’agit d’un individu mâle, puisque cette espèce de murènes est hermaphrodite protandre, c’est à dire qu’ils sont d’abord mâles avant de devenir femelle en vieillissant. les juvéniles arborent une livrée noire avant de devenir des mâles à la robe bleue et jaune, puis ensuite des femelles à la couleur entièrement jaune.
Je m’en approche afin de l’observer à loisir, ce qui me permet de distinguer chaque détail de sa mâchoire et de ses étranges appendices nasaux. La mâchoire inférieure se termine par trois petites excroissances de chair, comme des barbillons pointus qui formeraient une incarnation vivante du trident de Neptune. La partie supérieure de la mâchoire se prolonge quant-à elle par deux protubérances nasales sur lesquelles je distingue nettement le trou des narines. Ces protubérances se terminent elles-mêmes par une sorte de cornet semi translucide, un peu comme une feuille d’arbre très très fine qui aurait été plantée là. Bien sûr les poissons ne respirent pas comme nous, et les narines chez eux n’ont aucune fonction respiratoire, mais uniquement olfactive. Elles communiquent d’ailleurs avec un sac olfactif, lui même relié au bulbe olfactif qui constitue une partie importante du cerveau des poissons, et qui est entièrement dédiée à ce sens, leur permettant de détecter leurs proies, ou leurs congénères en période de reproduction. Je n’ai encore rien lu sur le sujet, mais le cornet de Rhinomuraena quaesita sert probablement à canaliser les odeurs pour mieux les amplifier, un peu comme les cornets que les malentendants portaient jadis à leur oreille pour mieux entendre.
Quoi qu’il en soit un bien bel animal, et très certainement l’espèce de murène dont la coloration change le plus radicalement au cours d’une existence relativement longue puisqu’elle dure environ une vingtaine d’années. On rencontre cette jolie murène assez fréquemment ici en Indonésie, mais malheureusement rarement hors de son trou, ce qui ne permet pas de voir se dérouler le long ruban de un mètre vingt qui constitue son corps et dont elle tire son nom.

Je crois que ce sont ces couleurs que j’apprécie particulièrement dans cette région du monde, et plus particulièrement ici lors de ces plongées sous-marines à Bali: Le sable noir procure un écrin particulier qui rehausse chaque couleur un peu vive pour lui donner une tonalité particulière, pour le plus grand bonheur de nos yeux de plongeurs, et des objectifs de nos appareils-photo.

Et justement c’est cette fois une tache de couleur rouge qui, un peu plus loin, attire mon regard, et si j’avais été à une plus grande profondeur, j’aurais probablement pensé à un début de narcose à la vue de cette improbable tomate qui aurait poussé dans le jardin de corail de Tulamben… En m’approchant je vois qu’il s’agit plutôt d’une grosse anémone magnifique (Heteractis magnifica). Son pied arbore un rouge du plus bel effet, comme une tomate qui aurait mûri au grand soleil de l’été, d’autant que ce pied, presque entièrement refermé pour ne laisser dépasser que quelques tentacules d’une blancheur immaculée, lui donne un bel aspect rond et pulpeux, comme la promesse gourmande d’une chair parfaitement juteuse. Pour un peu il m’en viendrait presque l’eau à la bouche…

Plongée à Bali : Anémone magnifique (Heteractis magnifica) rouge fermée sur le jardin de corail de Tulamben

Plongée à Bali : Anémone magnifique (Heteractis magnifica) rouge fermée sur le jardin de corail de Tulamben

Le jardin de corail de Tulamben s’organise en deux parties, l’une constituée par un récif naturel, et la seconde par un récif artificiel où diverses structures ont été immergées.
Immédiatement après la mise à l’eau (vers 5-6 mètres de profondeur) on croise ainsi « l’avion »: une structure filaire en forme de carlingue et d’ailes sur laquelle du corail a été greffé. Cet endroit sert de refuge à une cohorte de poissons tous plus colorés les uns que les autres, dont beaucoup de juvéniles.
Un peu plus loin en direction de l’Est, vers 15 mètres de profondeur, on croise une autre structure filaire, cette fois en forme de boule aplatie, qui regorge également de vie.
Et enfin, compte tenu de l’amour des balinais pour l’art en général et pour la sculpture en particulier, on est guère surpris en pénétrant dans la zone du jardin de corail de Tulamben appelée « the temple », d’y croiser un nombre impressionnant de statues aux formes les plus diverses, autour desquelles gravite là aussi une faune assez dense et toujours très colorée. Cette dernière zone, située la plus à l’Est du site, s’étale entre 16 et 22 mètres de profondeur. Croiser sous l’eau ces statues que l’on trouve généralement au grand air dans les innombrables temples de Bali confère une ambiance plutôt surréaliste à cette plongée…

Quoi qu’il en soit la faune locale semble apprécier ces formes incongrues dans lesquelles elle trouve d’innombrables cachettes qui les mettent à l’abri de leurs prédateurs…

Plongée à Bali : Poisson-soldat (Myripristis sp.) dans une sculpture sur le jardin de corail de Tulamben

Plongée à Bali : Poisson-soldat (Myripristis sp.) dans une sculpture sur le jardin de corail de Tulamben

Dans la partie plus traditionnelle du jardin de corail de Tulamben, on retrouve les spécimens classiques de la faune locale: Apogons, Idoles des maures, gaterins, mérous minium, poissons-clowns, poissons-anges, poissons-chirurgiens, mais également la murène léopard (Gymnothorax favagineus), toujours impressionnante dans sa robe tachetée de noir ou encore le baliste strié (Balistapus undulatus), un peu plus rare que son cousin le Titan, mais magnifique dans sa livrée orange et bleue…

Plongée à Bali : Murène léopard (Gymnothorax favagineus) sur le jardin de corail de Tulamben

Plongée à Bali : Murène léopard (Gymnothorax favagineus) sur le jardin de corail de Tulamben

En regardant de plus près on y découvre également pas mal de nudibranches, mais aussi plusieurs espèces de crevettes aux formes et aux couleurs les plus diverses, parmi lesquelles la classique danseuse de Durban (Rhynchocinetes durbanensis), facilement reconnaissable avec ses gros yeux gris-verts, sa livrée rouge striée de blanc et surtout son énorme rostre à faire pâlir de jalousie Cyrano de Bergerac. Elle traîne toujours en bande de plusieurs dizaines de compères, mais ne s’éloigne jamais beaucoup des anfractuosités dans lesquelles elle peut trouver refuge.
Moins facilement repérable, la crevette queue de paon (Periclimenes brevicarpalis) semble tout droit sortie d’un film d’horreur de série Z, puisque son corps est entièrement transparent, à l’exception de quelques bandes et tâches colorées sur les pattes et l’abdomen, tandis qu’une étrange protubérance blanche bosselée recouvre sa tête, donnant l’impression qu’il s’agit d’un cerveau que l’on observerait à travers ce crane translucide. Étrange impression… Son nom provient bien évidemment de sa queue, plus précisément de la partie terminale de cette dernière et que l’appelle « telson », formée de taches oranges cerclées de noir, et qui évoquent les ocelles présents sur la queue du célèbre volatile.
Enfin les crevettes nettoyeuses ne sont jamais bien loin, comme ici cette crevette barbier (Lysmata amboinensis) qui semble vouloir s’occuper de mon objectif qu’elle palpe de ses longues antennes… Avec cette photo, c’est comme si on était dans la tête du poisson dont elle s’approche pour le déparasiter…

Plongée à Bali : Crevette danseuse de Durban (Rhynchocinetes durbanensis) sur le jardin de corail de Tulamben

Plongée à Bali : Crevette danseuse de Durban (Rhynchocinetes durbanensis) sur le jardin de corail de Tulamben

Plongée à Bali : Crevette queue de paon (Periclimenes brevicarpalis) sur le jardin de corail de Tulamben

Plongée à Bali : Crevette queue de paon (Periclimenes brevicarpalis) sur le jardin de corail de Tulamben

Plongée à Bali : Crevette en gros plan sur le jardin de corail de Tulamben

Plongée à Bali : Crevette en gros plan sur le jardin de corail de Tulamben

Enfin, comme lors de toutes vos plongées à Bali, n’oubliez pas de jeter également un coup d’œil sur la zone de sable noir qui borde le récif. On y trouve souvent les murènes rubans dont j’ai parlé plus haut, mais également des poissons plats qui semblent se confondre avec le substrat et qui nécessitent un œil attentif pour les apercevoir, comme par exemple ce poisson que je pense être un turbot léopard (Bothus pantherinus), repéré uniquement parcequ’il se déplaçait en laissant de petites traces derrière lui dans le sable. De jour comme de nuit, on y voit également de grosses seiches, comme en vol stationnaire au rythme  des ondulations de leur jupe natatoire, mais également des raies à points bleus (Taeniura lymma)…

Au final le jardin de corail de Tulamben constitue une agréable et belle plongée, mêlant zone sableuse, récif naturel, et récif artificiel à l’ambiance surréaliste grâce aux nombreuses statues immergées. Cette diversité permet de croiser différents écosystèmes, et ainsi de découvrir une faune variée et abondante. Il s’agit enfin d’une plongée facile qui convient à tous les niveaux puisque peu profonde et la plupart du temps dénuée de courant.  Le site est également idéal pour les plongées de nuit, même si l’on préfère généralement se rendre sur l’épave du liberty, toute proche, pour y voir les bancs de perroquets à bosse endormis…

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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