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Si le petit village de Tulamben est surtout réputé pour l’épave du Liberty (voir l’article ici), sa baie abrite également un magnifique tombant que les dive shops locaux appellent le drop off de Tulamben. Revue d’un des très beaux sites de plongée sous-marine de Bali, notamment grâce à la richesse de sa faune…

Le drop off de Tulamben se situe à l’extrémité Est de la baie, et comme pour toutes les plongées à Tulamben, on s’immerge directement depuis la plage. Cette dernière est recouverte de galets noirs qui rendent l’entrée dans l’eau parfois délicate (bottillons obligatoires), surtout lorsque les vagues décident de s’en mêler.
La technique consiste à se tenir sur le bord de la plage, bloc sur le dos, masque autour du cou et palmes à la main, à gonfler la stab comme pour une mise à l’eau traditionnelle depuis un bateau, puis à attendre la bonne vague. Ces dernières arrivent en général par séries, et une série de faible amplitude suit toujours une série de vagues plus importantes. Il suffit par conséquent d’attendre la fin des grosses vagues, et de s’avancer rapidement dès que la première vague plus faible se présente, en faisant bien attention de ne pas glisser sur les galets qui roulent sous les pieds. On continue à marcher jusqu’au delà de l’endroit où les vagues commencent à déferler, faute de quoi on reste à la merci d’une vague plus puissante qui pourrait nous rejeter violemment sur les galets de la plage. Passée cette limite, on peut alors se laisser flotter en s’asseyant dans l’eau pour enfiler tranquillement palmes et masque, et attendre que l’ensemble de la palanquée sois prête.

Une fois cet exercice terminé, nous nous immergeons et commençons à suivre la pente relativement douce de la plage où les galets font bientôt place à une vaste plaine de sable noire. Une grosse boule de poissons se tient là, flottant au dessus du sable, éclairés par la lumière du soleil qui transperce la surface quelques mètres au-dessus. La boule glisse et se déplace au gré du mouvement de chacun des individus qui la composent, mais sans jamais se déformer. Un magnifique spectacle !

Plongée à Bali : Banc de poissons dans la lumière sur le drop off de Tulamben

Plongée à Bali : Banc de poissons dans la lumière sur le drop off de Tulamben

Nous nous dirigeons vers le drop off de Tulamben, croisant au passage sur le sable noir quelques beaux spécimen de la faune locale, comme ce juvénile de murène ruban (Rhinomuraena quaesita) ou cette demoiselle dorée (Amblyglyphidodon aureus)…
Et puis il y a également ce mérou rouge que je n’avait encore jamais vu, doté d’une étrange marque sur la queue qui facilite son identification. Il s’agit d’une vieille ailes noires (Cephalopholis urodeta). Les anglos-saxons l’appellent d’ailleurs « V-tail grouper » en raison de ces deux barres blanches sur leur nageoire caudale, elle-même de couleur noire, ou a tout le moins plus sombre que le reste de son corps.

Notre palanquée longe maintenant la barre rocheuse, et la profondeur augmente rapidement sous nos palmes. Le drop off de Tulamben dépasse les 70 mètres dans sa partie la plus profonde, mais bien évidemment nous ne nous aventurerons pas aussi bas, et nous nous maintenons entre 25 et 30 mètres.
Le site se compose de deux éperons rocheux qui ont été laissés par une ancienne coulée de lave du mont Agung, et qui s’enfoncent de plusieurs centaines de mètres en direction du large. Le premier de ces éperons, le plus long, est celui sur lequel nous nous trouvons et il forme un véritable mur quasi vertical le long duquel nous évoluons. Il abrite une faune extrêmement riche où je reconnais différents specimens: Poissons-papillons, dont le poisson-papillon à œil taché (Chaetodon adiergastos), crevette-mante paon (Odontodactylus scyllarus) posté devant sa tanière, poissons-clowns à collier (Amphiprion perideraion) dans leurs anémones, ou bien encore ce minuscule triptérygion (Helcogramma striata) et le classique mais parfois dangereux (en période de nidification uniquement) baliste titan (Balistoides viridescens)

Plongée à Bali : Poisson clown à collier (Amphiprion perideraion ) sur le drop off de Tulamben

Plongée à Bali : Poisson clown à collier (Amphiprion perideraion ) sur le drop off de Tulamben

Et puis bien sûr on trouve sur le drop off de Tulamben une gamme assez large de poissons-scorpions, depuis le classique Scopaenopsis oxyphala, jusqu’au poisson-scorpion à feuille  (Taenianotus triacanthus).

Mais ce qui m’intrigue le plus ce sont ces petits points que me montre Yogi, mon guide, sur les gorgones ou les coraux. Je parviens à peine à les distinguer tant ils sont petits (quelques millimètres seulement) et il me faut la lentille macro de l’appareil photo pour parvenir à les apercevoir. Il s’agit de minuscules crustacés, des amphipodes pour être précis: Cyproidea ornata. Les anglo-saxons les nomment « Ladybug », comme la coccinelle, et il est vrai qu’ils en ont presque l’ apparence avec leur carapace arrondie ponctuée de tâches noires. C’est en tous les cas un drôle d’animal avec ce gros ventre semi translucide et ces yeux rouges disproportionnés. Ils ressemblent un peu à une goutte d’eau qu’un artiste fou se serait amusé à peindre…Et puis sur ces mêmes gorgones je trouve aussi de furtifs gobies (je pense qu’il s’agit de Bryaninops amplus), déjà plus gros que les amphipodes, mais tout aussi difficiles à photographier puisqu’ils ne tiennent pas en place…

Le drop off de Tulamben me permet également d’enrichir ma collection de nudibranches puisque j’y découvre Glossodoris cincta, un magnifique nudibranche dont le manteau blanc orné d’un zest d’orange est bordé d’un liseré brun et bleu et repose sur un pied à de couleur rouge, identique à celle de ses rhinophores. Je connais déjà les autres espèces, mais je les observe toujours avec plaisir, surtout ce Chromodoris hintuanensis qui forme un beau contraste avec le sable noir de Tulamben et le rouge orangé des éponges encroûtantes sur lesquelles il progresse…

Plongée à Bali : Nudibranche (Chromodoris hintuanensis) sur le drop off de Tulamben

Plongée à Bali : Nudibranche (Chromodoris hintuanensis) sur le drop off de Tulamben

Bien dissimulé dans les crinoïdes noirs dont ils prennent l’apparence, nous dénichons un couple de poissons-fantômes arlequins (Solenostomus paradoxus). Difficile de repérer  ce poisson avec son aspect longiligne qui ressemble à une « tige », et ses appendices cutanés à des pinnules de comatule. Le mimétisme est quasi parfait !
Ces drôles de poissons ont un peu la même morphologie que les hippocampes (ils n’appartiennent pourtant pas à la même famille) avec une tête qui se termine par un museau allongé, au bout duquel se trouve une minuscule bouche (voir photo de détail). Ils se tiennent généralement tête en bas, à l’affût d’une éventuelle proie qui passerait à leur portée. Cette minuscule bouche leur interdit des proies trop volumineuses, et ils se nourrissent donc essentiellement de crustacés mysidacés.
Chez ces poissons fantômes le dimorphisme sexuel se trouve assez prononcé puisque la femelle est beaucoup plus grosse que le mâle (voir photos), mais elle possède également des nageoires pelviennes soudées pour former une poche incubatrice. Il s’agit là d’une autre différence avec les hippocampe, puisque chez ces derniers ce sont les mâles qui portent les œufs…

Plongée à Bali : Poisson fantome arlequin mâle (Solenostomus paradoxus) sur le drop off de Tulamben

Plongée à Bali : Poisson fantome arlequin mâle (Solenostomus paradoxus) sur le drop off de Tulamben

Arrivés à l’endroit où l’éperon rocheux commence à s’enfoncer vraiment profondément sous la mer, nous amorçons notre retour, remontant dans la zone des 10 mètres, puis bientôt dans celle des 5, ce qui nous permet de poursuivre notre exploration du drop off de Tulamben tout en effectuant notre pallier de sécurité en laissant notre corps évacuer l’azote accumulé. La lave fait bientôt place au sable noir, et au bout de 46 minutes d’une très belle plongée, nous regagnons la plage de Tulamben, non sans une dernière séance acrobatique pour s’extraire de l’eau. Mais la technique est exactement l’inverse de celle de la mise à l’eau: il suffit d’attendre la bonne vague…

bla bla

 

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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