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Décidément un bien étrange endroit que cette Secret bay de Gilimanuk, à l’extrémité Ouest de Bali et si proche de l’île de Java que l’on y aperçoit au loin la caldera du Raung, le « mont qui rugit » en javanais.  La baie de Gilimanuk s’ouvre en effet sur le détroit de Bali, et commence par le terminal du ferry qui relie l’île des Dieux à Java, pour suivre ensuite le contour de cette grosse ville côtière avant d’aller enfin se perdre dans les mangroves du Bali Barat national park. C’est donc en plein cœur de la ville que nous avons rendez vous ce matin pour une nouvelle plongée à Bali, une muck dive…

A peine débarqués du minibus qui nous a conduit ici, nous échangeons tous les quatre un regard un peu interloqué, où se lit surtout la déception. C’est donc ça Secret bay ? Moi qui imaginais une petite crique déserte, connue seulement de quelques initiés et accessible après une longue marche au coupe-coupe à travers la foret tropicale, j’en suis quitte pour remballer mes rêves d’Indiana Jones, puisque nous sommes effectivement en plein milieu de la grosse ville de Gilimanuk, déjà pas mal animée à cette heure matinale.
C’est donc en maugréant quelque peu que nous enfilons notre équipement, avant de franchir la vingtaine de mètres qui nous sépare du rivage, juste à la droite du ponton où sont amarrés quelques bateaux… et où nous attend une nouvelle déception puisque l’endroit est loin d’être propre, densité de population oblige…

La mise à l’eau s’effectue ici directement depuis le rivage, et je retrouve les habitudes prises lors de mes premières plongées à Bali, du côté de Tulamben (lire le post ICI), à la différence près qu’il n’y a aucune vague à Gilimanuk, puisque la configuration géographique de Secret Bay en fait un endroit quasi fermé et par conséquent remarquablement protégé de toute houle.
Nous nous avançons dans la mer sous le regard indifférent des passants, avant de nous immerger dans un mètre d’eau et de suivre la pente du rivage en direction du Nord. Sous la surface nous attend une plaine de sable noir, sur lequel contraste le vert fluo, presque jaune, des nombreuses touffes d’algues (probablement Ulva sp.) et malheureusement aussi les nombreux déchets qui jonchent le sol ou flottent entre deux eaux. J’ai un peu l’impression de plonger dans une décharge, mais paradoxalement ces mêmes déchets forment des abris où vient se réfugier une grande diversité de créatures sous-marines, principalement des juvéniles. Quel contraste avec les magnifiques tombants de Menjangan sur lesquels nous avons plongé la veille (lire ICI), mais on ne fait généralement pas de la muck dive pour la beauté des paysages…

Vidéo filmée et montée par Bernard Cortier

Nous explorons d’abord la jetée, entre les pieds de laquelle trouvent refuge des myriades de poissons de verre. Ils sont si nombreux que la lumière s’en trouve parfois masquée.

Un peu plus loin vers l’Ouest nous découvrons un vieux sommier rouillé dans lequel un couple de cardinaux de banggai (Pterapogon kauderni) a trouvé refuge. Reposant sur un lit de salade verte, leur robe contraste agréablement avec ce fond coloré, et je m’attache à détailler leur morphologie si particulière. Ce qui frappe tout d’abord, c’est cette large gueule fendue qui leur donne un air peu amène, comme un étrange bouledogue à qui on aurait greffé des nageoires à la place des pattes. Chez cette espèce le mâle se voit confier la tâche de porter les œufs, et sa bouche, munie d’un soufflet permettant d’en augmenter la capacité durant cette période d’incubation buccale, constitue l’une des caractéristiques permettant de le différencier de sa compagne. Mais pour ma part, je ne remarque aucune différence…
Leurs nageoires dorsales et caudales sont également particulières, tellement allongées et fines qu’on pourrait les croire inefficaces pour la nage, mais par ailleurs recouvertes de petites pastilles claires, alignées comme des pierres précieuses sur un bijou, et qui peut-être leur donnent cet aspect si élégant, presque précieux, en évoquant une broche que ne renieraient pas les bijoutiers de la place Vendôme.
L’animal n’est pas originaire de Secret Bay, mais comme son nom l’indique, de l’archipel des îles Banggai, à l’Est du Sulawesi, à un bon millier de kilomètres au Nord Est de Bali. Alors en fort déclin, il a fait l’objet d’un programme d’implantation dans les îles avoisinantes, et Secret Bay fait désormais partie des quelques rares lieux dans le monde où l’on peut apercevoir ce très beau poisson, en dehors bien sûr des aquarium puisqu’il fait partie des chouchous des aquariophiles…

Nous reprenons notre périple en direction du Nord, croisant cette fois un petit groupe de poissons couteaux striés (Aeoliscus strigatus), aisément reconnaissables de l’autre espèce de poissons-couteaux, les rigides (Centriscus scutatus ), par l’articulation de leur épine dorsale.
Mais cette « salade » verte abrite également bien d’autres espèces, comme le petit Canthigaster valentini, assez furtif, ou encore cet étrange gobie à la tête ponctuée de rouge et que je n’ai pas réussi à identifier.
Et puis bien sûr les inévitables rascasses volantes sont de la partie, avec ici un Pterois miles qui semble voler en déployant toute la voilure de ses immenses nageoires.

Plongée à Bali : Rascasse volante (Pterois miles) sur le site de Gilimanuk Secret bay

Plongée à Bali : Rascasse volante (Pterois miles) sur le site de Gilimanuk Secret bay

Plus nous nous éloignons du rivage et prenons de la profondeur (nous atteignons même la profondeur vertigineuse de 9 mètres !), et plus nous croisons de nouvelles espèces, dans des écosystèmes légèrement différents, comme ces zones coralliennes qui abritent de nombreux juvéniles, de poissons-limes tout d’abord (Pseudomonacanthus macrurus), mais également de balistse titans (Balistoides viridescens) ou même de rascasses (Pterois sp.), et certaines espèces d’éponges tubulaires constituent même un refuge sûr pour les petites blennies striées (Petroscirtes breviceps) qui ont tout juste la place de s’y glisser, les mettant ainsi à l’abri de tout prédateur.

Mais à Secret Bay l’on croise également de nombreux rémora juvéniles, toujours à la recherche d’un transport gratuit, et il semblerait que l’aluminium de nos blocs constitue un support à leur gout, puisqu’ils n’hésitent pas à s’en approcher (voir la vidéo). Ces étranges poissons disposent sur leur tête d’un système de fixation tellement perfectionné que certains pêcheurs les utilisent en leur attachant une corde autour de la queue pour ramener les tortues auxquelles ils vont aller se fixer. Mais aujourd’hui ils n’iront pas jusqu’à se poser sur notre équipement…

Un peu plus loin, Parsa, notre guide, nous indique une forme boursouflée qui ressemble à une grosse éponge orange. Il me faut m’en approcher de très près pour distinguer enfin, sous une véritable éponge, la forme d’un antennaire peint (Antennarius pictus), le fameux « frogfish » comme l’appellent les anglo-saxons. Ses capacités mimétiques sont telles qu’il faut vraiment un œil très exercé pour le repérer lorsqu’il se trouve sur un support de couleur similaire. Comme tous les antennaires, celui-ci se tient sur ses nageoires pectorales et caudales, cramponné à son éponge, et sous cet angle, il ressemble vraiment à une étrange grenouille orange…

Un dernier coup d’œil sous deux énormes structures métalliques immergées, me permet de croiser un poisson porc-épique (Diodon hystrix) dont le regard semble m’inviter à le suivre dans son antre, et il est déjà temps de rebrousser chemin. L’avantage avec cette faible profondeur est que nous n’avons pas besoin de faire véritablement de pallier, et nous poursuivons notre exploration jusqu’à atteindre la réserve d’air, en nous rapprochant simplement peu à peu du rivage.

Sur le chemin du retour, dans la zone sableuse, nous tombons nez à nez avec un bien étrange poisson, dont seule la tête émerge du sol. Il s’agit d’une murène-serpent (probablement Ophichthus altipennis), auxquels les appendices nasaux tournés vers le bas confèrent une apparence bizarre, presque dérangeante par rapport aux espèces de murènes plus traditionnelle auxquelles nous sommes habitués. Et que dire de ce dragonnet dactylé (Dactylopus dactylopus) qui rampe sur le sable noir en dressant sa crête vert fluo comme une voile au-dessus de sa tête. Encore une bien étonnante créature sous-marine…

Nous ressortons de l’eau après quasiment une heure trente d’immersion, et si nous étions au départ plus que dubitatifs à l’idée de plonger dans les eaux de Secret bay, nous sommes désormais conquis à l’unanimité, notamment grâce à la diversité de la faune que nous y avons rencontrée. Ainsi, même si au final Secret bay n’a effectivement pas grand chose à voir avec ce que son nom évocateur pourrait laisser supposer, ce site constitue un véritable petit paradis pour les amateurs de biologie et de photographie sous-marine, et se classe parmi les trois meilleurs sites de plongée à Bali pour le muck diving…

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Gilles Auroux

Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j’ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.


Ma plus belle plongée ? J’espère la prochaine…


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