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Après une très belle plongée matinale sur l’épave du Boga à Kubu (lire l’article ICI), nous changeons radicalement de registre, puisque, toujours sur la même plage mais à quelques dizaines de mètres seulement en direction de l’Est, se trouve Kubu Monkey, un site de muck-diving, certes pas aussi réputé que Seraya secret (lire l’article ICI), mais tout aussi riche en micro faune…

Comme à Seraya, pas besoin de plan de plongée ici. Il suffit de suivre la pente douce qui part du rivage, en explorant chaque recoin de sable noir à la recherche de quelque créature étrange et mystérieuse, et ici, sur ces plongées à Bali, elles ne sont généralement pas très grosses mais très colorées…

La première créature que je croise habite dans une éponge barrique (Xestospongia testudinaria), dont elle utilise les plis et crevasses de la paroi externe pour se dissimuler, et cette tactique semble plutôt bien fonctionner si j’en juge par la difficulté que j’ai à réussir cette photo sous-marine à cause de tous ces replis qui bloquent la lumière du flash…
Quant-à la créature elle-même, il s’agit d’une toute petite (pas plus grosse qu’un ongle) galathée très poilue, Lauriea siagiani, dont le corps mauve flashy tacheté de violet forme un joli camaïeu avec le rose délicat de l’éponge barrique. Les galathées ressemblent un peu à des crabes, dont elles se distinguent toutefois par une carapace terminée par un rostre pointu qui, vu de dessus, lui donne une forme presque triangulaire. Ses « pattes » (on les appelle des chélipèdes) antérieures sont disproportionnées par rapport au reste du corps et se terminent par des pinces puissantes, tandis que les paires destinées à la locomotion, au nombre de quatre chez les crabes, sont ici au nombre de trois, la « paire manquante » étant en fait une paire plus grêle et moins longue, munie de pinces, utilisée pour pénétrer dans la cavité branchiale et la nettoyer.
Lauriea siagiani a été décrite en 1994 par le biologiste japonais Keiji Baba, spécialiste des galathées, et nommé ainsi en l’honneur de Wally Siagian, un précurseur et une légende de la plongée sous-marine à Bali, qui découvrit cette petite galathée dans les années 80, et qui est aussi le co-auteur du livre « Diving Bali », le guide de référence pour les plongées à Bali.

Et puisque nous sommes dans la famille des galathées, voici une autre espèce que l’on rencontre très fréquemment à Kubu Monkey: la galathée des crinoïdes (Allogalathea babai, anciennement Allogalathea elegans, et rebaptisé en l’honneur du biologiste sus-mentionné). Elle adopte une morphologie typique de la famille, avec un rostre très prononcé qui lui confère la forme d’une goutte d’eau. Généralement blanc, son corps présente des rayures de couleur identique à celle de la comatule dans laquelle elle réside. Elle est assez répandue dans la zone Indo-Pacifique, mais souvent difficile à repérer du fait de sa petite taille (2 cm au maximum) et de son mimétisme avec son hôte.

Quoi qu’il en soit, on a toujours intérêt à inspecter de près les comatules, puisque de nombreuses espèces entretiennent des relations commensales avec ces dernières et y trouvent refuge. C’est par exemple le cas de la crevette des comatules (Laomenes amboinensis), également très présente ici à Kubu Monkey.
Les anémones méritent également que l’on s’y attarde un peu, puisque, en dehors des poissons-clowns et autres demoiselles, elles donnent souvent refuge à différentes espèces de crevettes, comme ici cette crevette queue de paon (Laomenes brevicarpalis) qui réside dans une anémone adhésive (Cryptodendrum adhaesivum).

Mais à Kubu Monkey on trouve également de très belles espèces de nudibranches, comme ces magnifiques Nembrothia kubaryana à la dominante vert pomme sur un manteau noir, auquel vient parfois se mêler un soupçon d’orange au niveau des rhinophores ou du pied, voire du panache branchial. Il s’agit de ma première rencontre avec cette espèce et je reste sous le charme de ses couleurs…
Idem en ce qui concerne la flabelline décorée (Flabellina bilas), certes aux couleurs bien plus ternes, mais qui présente d’intéressants ceratas terminés par des anneaux rouges et oranges.

Mais Kubu Monkey recèle encore d’autres merveilles, comme le toujours inquiétant, et parfois agressif, baliste titan (Balistoides viridescens) ou encore la merveille de technologie qu’est la crevette-mante paon (Odontodactylus scyllatus) dont j’avais déjà parlé dans un précédent article 1 et dont je ne me lasserai jamais.

Et puis bien sûr on croise toujours quelque murène en embuscade dans son trou, comme ici cette murène étoilée (Echidna nebulosa) qui sort tout juste le museau de sa tanière histoire de se faire tirer le portrait…

Plongée à Bali : Murène étoilée (Echidna nebulosa) à Kubu monkey près de Tulamben

Plongée à Bali : Murène étoilée (Echidna nebulosa) à Kubu monkey près de Tulamben

Je n’en ai encore parlé dans aucun de mes posts consacrés à la plongée sous-marine à Bali, et j’imagine qu’elles présentent peu d’intérêt pour la plupart des plongeurs, mais je suis pour ma part subjugué par les énormes ascidies solitaires que l’on rencontre ici. Mesurant parfois une quinzaine de centimètres, elles présentent une coloration externe de blanc teinté de jaune, et sont parcourues par des veines de couleur violette. L’intérieur quant-à lui se pare d’un beau jaune vif. Il s’agit de l’ascidie tâche d’encre (Polycarpa aurata).
Les ascidies forment une classe d’animaux finalement assez évoluée (et oui ce ne sont pas des végétaux, même si la matière qui les compose s’apparente à de la cellulose que l’on pensait récemment encore réservée au règne végétal), même si rien ne le laisse supposer de prime abord. Elles possèdent en effet un cœur capable d’évacuer le sang dans les deux sens, mais également un système de nutrition avancé (siphon buccal et pharynx, anus et entre les deux un estomac et un intestin) ainsi que des organes reproducteurs (ovaires et testicules à la fois puisqu’elles sont hermaphrodites). Certaines théories récentes avancent même l’idée que l’ascidie serait un proche cousin de l’ensemble des vertébrés (dont nous faisons partie), puisque nous aurions avec elle un ancêtre commun. Sa larve (une sorte de têtard) possède en effet une colonne vertébrale qui se résorbe lorsque l’ascidie devient adulte, et c’est une mutation de cette larve au précambrien qui aurait donné naissance à la lignée des vertébrés…
Un animal certes peu spectaculaires et passant souvent inaperçu des plongeurs, mais qui recèle pourtant bien des mystères 🙂 …

Un peu plus loin, tout à l’Est du site de Kubu Monkey, on croise un étrange récif artificiel fait d’objets incongrus ou d’assemblages pour le moins hétéroclites. On y trouve ainsi une bétonnière dont la cuve, jadis utilisée pour la préparation de mortiers, sert désormais de refuge à toute une population de juvéniles, dont le toujours très coloré juvénile du poisson-ange empereur. Plus loin c’est un assemblage de cordages et de bidons qui s’élance vers la surface, comme une étrange foret artificielle de kelp. Une bande de sergents-majors ainsi qu’une famille de platax teira y ont élu domicile.
Certains jugent ce type d’ambiance sous-marine justement trop artificielle et pas assez naturelle, allant jusqu’à la qualifier de décharge qui viendrait gâcher le paysage. D’autres au contraire, les photographes surtout, adorent ce qui sera peut être un jour qualifié d' »art moderne récifal », ou à tout le moins de « paysagisme sous-marin », comme les paysagistes terrestres jouent depuis des siècles en mélangeant le végétal aux constructions de pierre ou de métal pour créer de magnifiques jardins d’ornement.

Tout en nageant entre ces différentes structures, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur l’impact écologique d’une telle scénographie à Kubu Monkey. Certes à court terme ce récif artificiel permet l’implantation du corail et favorise le développement d’une faune qui sans lui n’aurait qu’une plaine de sable noir pour tout refuge, mais l’on trouve dans ces assemblages beaucoup d’objets en plastique, et même des pneus de véhicules. Avons nous besoin d’encore plus de déchets plastiques dans nos océans ? A très court terme (moins de 100 ans par exemple pour un pneu en caoutchouc) ils vont se désagréger sous forme de fragments ou de microparticules, avec toutes les conséquences que l’on connait… J’espère que ces considérations environnementales ont été envisagées à la mise en oeuvre du projet…

Quoi qu’il en soit, Kubu Monkey constitue une très belle plongée, et, comme la plupart des sites de muck dives, il est accessible à tous les niveaux de plongeurs. Même les plongeurs sans passion particulière pour la biologie ou la photo sous-marine, généralement rebutés par les environnements de sable un peu austères,  pourront éventuellement trouver un intérêt à cette plongée dans la visite de son récif artificiel.

  1. Pour plus d’information sur ce fantastique animal, lire l’article concernant Nakayukui au Japon

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Gilles Auroux

Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j’ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.


Ma plus belle plongée ? J’espère la prochaine…


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