BALI: A LA POURSUITE DU MANDARIN…

Plongée à Bali : Salpe théthys (Thetys vagina) sur le site de Mandarin point, dans la baie de Bajul
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Le soleil comence à s’approcher de l’horizon au dessus de la petite baie de Bajul, au Nord-Ouest de Bali, et je trépigne d’impatience. Il va bientôt être l’heure de nous mettre à l’eau, et ce soir nous avons un but, puisque cette nouvelle plongée à Bali sera dédiée à la recherche d’un petit poisson très coloré et peu courant: le poisson-mandarin

C’est en effet entre chien et loup que se déroule la parade nuptiale de ce petit poisson (il mesure entre 6 et 8 centimètres) aux couleurs les plus vives, mélange de bleu, de vert et de orange. Le mâle, après avoir virevolté tout autour de la femelle pour la séduire en exhibant sa magnifique parure, entraîne l’élue de son cœur dans une valse langoureuse, face contre face, en direction de la surface où ils libéreront leurs gamètes de concert. Magnifique spectacle en perspective…

Il fait encore jour lorsque nous embarquons sur le petit bateau traditionnel balinais qui nous permet de traverser la baie de Bajul, jusqu’à Mandarin point, presque en face de notre lieu de départ. L’endroit n’a rien d’extraordinaire de prime abord: un petit ponton sur lequel nous venons nous amarrer, et au dessous de nous, affleurant presque la surface, la masse sombre du récif corallien. Le fond ne doit pas se trouver à plus de quelques mètres…
Commence alors une longue attente, sous ce soleil qui n’en finit pas de s’éterniser… Mais les ombres finissent enfin par s’allonger, et comme le soleil plonge sous la ligne d’horizon, nous plongeons à notre tour sous la surface…

Comme prévu la profondeur n’excède pas quelques mètres, une dizaine au maximum si l’on s’éloigne un peu du ponton, et nous nous trouvons face à un mur de coraux branchus, formant un inextricable dédale dans lequel réside une faune importante. Reste à y dénicher nos petits mandarins… à moins qu’ils ne s’élancent hors de leur abri pour entamer leur parade nuptiale…
Nous nous répartissons le long du mur et commençons à fureter.
Soudain un patchwork de couleur orange bleu et vert attire mon regard, et je m’empresse de me rapprocher, fébrile, en braquant le faisceau de ma lampe. Hélas il ne s’agit que d’un bon gros perroquet qui s’installe pour passer la nuit protégé par les doigts de corail…

Plongée à Bali : Poisson perroquet endormi sur le site de Mandarin point, dans la baie de Bajul
Plongée à Bali : Poisson perroquet endormi sur le site de Mandarin point, dans la baie de Bajul

Au dessus de nous le soleil fini de disparaître lentement et l’obscurité s’installe peu à peu, laissant la place aux créatures nocturnes qui commencent à faire leur apparition sur la scène sous-marine de Mandarin point.
Parmi ces créatures, les crevettes tirent leur épingle du jeu tant elles sont présentes ici en très grand nombre. Je m’amuse à éteindre ma torche, et ce sont des milliers d’yeux rouges qui apparaissent dans le noir, comme autant de petites têtes d’épingles qui viennent trouer les ténèbres.
Il s’agit de crevettes danseuses, probablement Cinetorhynchus reticulatus, la danseuse aux yeux verts, une petite crevette de 3 à 5 centimètres équipée d’immenses appendices oculaires. Leur nombre est impressionnant!
Cachée dans les oursins qui lui servent de protection, je découvre aussi une crevette marbrée (Saron marmoratus), à la magnifique carapace tachetée, mais surtout dotée d’une pilosité importante au niveau des pattes, du rostre et du dos. Cette particularité ne se trouve que chez les femelles de l’espèce…

Un peu plus loin, c’est la carapace abandonnée de cette crevette que je découvre. Elle conserve la forme exacte de son ancien hôte, qui s’en est visiblement extrait au niveau de la jonction entre le thorax et le céphalon, laissant intact le reste de son armure, y compris les pattes. Étrange sensation de contempler cette mue, comme une vieille demeure quittée précipitamment et laissée à l’abandon…

Plongée à Bali : Mue de crevette marbrée (Saron marmoratus) sur le site de Mandarin point, dans la baie de Bajul
Plongée à Bali : Mue de crevette marbrée (Saron marmoratus) sur le site de Mandarin point, dans la baie de Bajul

Avec la nuit, les rascasses volantes (Pterois antennata) sortent également de leurs abris pour se mettre en quête de nourriture. Invisibles et silencieuses, elles glissent dans les ténèbres comme des fantômes prêts à fondre sur une malheureuse proie. Peu agressives avec les plongeurs, je me méfie pourtant du venin de leurs épines dorsales puisque l’obscurité les masque totalement et qu’une maladresse est vite arrivée. Je redouble donc d’attention, évitant tout mouvement brusque et balayant large avec ma torche. Cet animal jouit d’une très mauvaise réputation dans les caraïbes où il a été introduit par accident, et faute de prédateurs naturels, a rapidement colonisé les récifs coralliens dont il a décimé la faune. Mais il est ici parfaitement intégré dans l’écosystème, et je peux donc sans mauvaise conscience admirer l’élégance de leur nage qui ressemble à un long vol plané silencieux.

Toujours aucun mandarin à l’horizon alors que le soleil est désormais couché depuis un bon moment. Chaque minute qui passe diminue fortement nos chances de les rencontrer, et plus la nuit s’installe, plus je ne peux m’empêcher de penser que nous avons manqué notre rendez-vous.
La faible profondeur à laquelle nous évoluons n’entame que très légèrement notre réserve d’air, et c’est plutôt le froid qui devient notre ennemi puisque nous sommes déjà immergés depuis une bonne heure, et même sous ces latitudes, on se refroidit vite avec une combinaison de 3 mn une fois la nuit tombée. Pourtant nous continuons d’insister, fouillant le moindre recoin…

Les autre créatures de la nuit sont désormais sorties, au nombre desquels quelques holothuries, mais aussi les très nombreux oursins qui exposent leurs diversités de formes et de couleurs, avec ces oursins faux diadèmes (Echinothrix calamaris) et leur double rangée de piques, mais également le toujours élégant oursin smoking (Mespilia globulus) et son jabot d’un magnifique bleu électrique.

Plus discrète, la timide cigale sculptée (Parribacus antarcticus) ne quitte guère le surplomb sous lequel elle s’abrite. Et c’est bien dommage car elle arbore de magnifiques couleurs, mélange de bruns et de bleus, moins ternes que nos habituelles cigales méditerranéennes.
Au dessus de l’inextricable lacis de branches de corail une nuée de petits poissons s’agitent, mais ce ne sont pas des mandarins. Il s’agit de l’apogon pyjama (Sphaeramia nematoptera) qui promène sa drôle de livrée faite de trois parties bien distinctes, comme s’ils avaient dépareillé le bas et le haut de leur pyjama…

Soudain, Parsa, notre guide, se met à agiter frénétiquement sa lampe pour attirer notre attention. Conscience professionnelle oblige, et désespéré de n’avoir pas pu nous montrer les fameux mandarins, il s’était un peu éloigné afin d’élargir la zone de recherche en direction du Nord, et c’est là qu’il vient de débusquer l’objet de notre quête. Il remonte jusqu’à la surface prévenir Bernard et Sylvie, qui s’étaient déjà déséquipés, et qui du coup renfilent leur combi humide pour se remettre à l’eau. Nous nous précipitons vers la zone, et effectivement les mandarins sont bien là, mais nous avons déjà très largement dépassé l’heure de la parade nuptiale, et les petits bestiaux sont désormais couchés, bien abrités derrière le mur de corail et les longs piquants des oursins diadèmes. Seule une tête émerge fugacement de temps à autre de l’entrelacs, et je m’empresse de faire jaillir la lumière de mon flash pour un portrait loin d’être réussi, mais qui laissera tout de même un petit souvenir de cette plongée à Bali, décidément la plus longue de ma carrière de plongeur puisque nous serons au final restés immergés 96 minutes avec notre bloc de 12 litres…

Plongée à Bali : Poisson mandarin (Synchiropus splendidus) sur le site de Mandarin point, dans la baie de Bajul
Plongée à Bali : Poisson mandarin (Synchiropus splendidus) sur le site de Mandarin point, dans la baie de Bajul

Je regagne la surface avec un sentiment mitigé, conscient d’avoir manqué le rendez-vous que je m’étais programmé de longue date avec les poissons-mandarins, d’autant que notre safari plongée à Bali ne nous laissera pas d’autre opportunité de revenir ici à Mandarin point. Mais bien vite je me remémore aussi toutes les belles images de cette plongée nocturne, d’autant que juste avant de remonter une magnifique salpe (peut-être Thetys vagina) est venue croiser ma route, trimbalant au milieu de son enveloppe cellulosique transparente un petit nucléus (la structure qui contient ses organes) du plus bel orange vif… Encore une bien étrange créature sous-marine, mais une merveille pour les yeux.
Alors tant pis pour les mandarins, ce n’est que partie remise et ce sera pour une autre plongée…

Plongée à Bali : Salpe théthys (Thetys vagina) sur le site de Mandarin point, dans la baie de Bajul
Plongée à Bali : Salpe théthys (Thetys vagina) sur le site de Mandarin point, dans la baie de Bajul

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées.

Ma plus belle plongée ? J'espère bien la prochaine...

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