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Au Nord-Ouest de Bali, à proximité immédiate du détroit de Java, Menjangan, « l’île aux cerfs » fait partie du parc national de Bali Barat, et constitue un petit paradis pour la pratique de la plongée sous-marine. Cette petite île, habitée uniquement par des cervidés, présente en effet des caractéristiques idéales qui en font l’un des meilleurs spot de plongée de Bali: une visibilité qui atteint parfois 50 mètres, une eau à 30° (et oui, j’aurai bientôt l’occasion d’en parler, mais ce n’est pas le cas partout à Bali), une faune d’une incroyable diversité, mais surtout de magnifiques tombants colorés, dont celui de Garden eel que nous visitons ce matin…

Après quelques plongées à Bali dans le secteur de Tulamben (l’épave du Liberty, Kubu, Seraya secret etc.), j’ai désormais été rejoint par Sylvie, Alain et Bernard, des amis plongeur du Neptune club de Brunoy, et nous partons pour un safari plongée à Bali, dont la première étape nous emmène à Menjangan.
Quittant Sanur de bon matin, il nous faut quelques heures de minibus pour traverser Bali et rejoindre le secteur Nord-Ouest de « l’île des Dieux ». Dans la petite baie de  Bajul, un bateau traditionnel Balinais nous attend, et nous embarquons avec notre matériel de plongée pour gagner l’île de Menjangan à une vingtaine de minutes de navigation.
Depuis la surface, l’eau turquoise qui entoure l’île résonne déjà comme une promesse de bon augure, et nous avons tous hâte de découvrir les trésors qu’elle cache sous sa surface.

Plongée à Bali : L'eau cristalline de la surface au dessus du tombant de Garden eel à Menjangan

Plongée à Bali : L’eau cristalline de la surface au dessus du tombant de Garden eel à Menjangan

Après une bascule arrière depuis le plat bord de notre embarcation, nous descendons sur le plateau de sable d’un blanc étincelant qui se trouve à 5 mètres de profondeur, et nous nous mettons à le parcourir jusqu’au bord du tombant un peu plus loin. Au dessous le mur plonge à pic vers les abysses, et malgré l’excellente visibilité, mon regard se perd dans un bleu qui devient de plus en plus intense et me masque le fond. Ici la profondeur doit probablement avoisiner les 60 mètres , et la vision est vertigineuse…

Vidéo filmée et montée par Bernard Cortier
 

Nous basculons sur le tombant et nous mettons à descendre jusqu’à vingt cinq mètres. J’adore cette sensation où je me sens planer comme un oiseau, regardant la paroi défiler sous mes yeux avant de me stabiliser pour me mettre à progresser horizontalement, toujours comme en apesanteur au-dessus de ces insondables profondeurs…
Le mur regorge d’une faune abondante en coraux mous, parmi lesquels les immenses gorgones géantes (Annella mollis) jouent les stars incontestées, attirant tous les regards par leurs couleurs vives qui vont du jaune au rouge, en passant par le rose et surtout par un bel orange vif qui contraste avec le bleu profond environnant. Leur fine dentelle découpe le paysage comme à travers un moucharabieh, laissant filtre la lumière qui parvient difficilement à cette profondeur.

Mais bientôt un bruit métallique parvient à mes oreilles. Sylvie, restée à l’arrière de la palanquée, essaye désespérément d’attirer notre attention en tapant son stick en inox contre son bloc. Nous rebroussons chemin pour la rejoindre, et la trouvons devant d’étranges éponges tubulaires bleues et grises, dressées vers le ciel et regroupées comme un bouquet. Au milieu de ces éponges, faisant le grand écart entre leurs tubes, de gros antennaires géants (Antennarius commerson) nous observent en baillant régulièrement. Ces étranges poissons-grenouilles ont la particularité d’avoir des nageoires qui ressemblent à des pattes, comme terminées par des mains palmées qu’ils utilisent pour se déplacer, ou pour se poser et se caler entre les éponges dans lesquelles ils vivent, et dont ils prennent la couleur. Il s’agit en effet d’une autre particularité de cette espèce que de pouvoir changer de couleur en fonction de leur environnement, les rendant quasiment indétectables si l’on y prenne pas attention. A la différence d’autres champions du camouflage comme les poulpes, ce changement de couleur n’est par contre pas instantané, mais prend plusieurs semaines.

Nous reprenons notre exploration du magnifique tombant de Garden eel, vraiment marqué par une grande diversité de coraux mous qui éclairent le paysage, composant des tableaux aux forment et aux couleurs les plus diverses, auxquels viennent parfois se mêler la forme imposante d’une grosse éponge barrique.

Plongée à Bali : Eponge barrique et paysage du site de Garden eel à Menjangan

Plongée à Bali : Eponge barrique et paysage du site de Garden eel à Menjangan

En regardant attentivement dans ces éponges barriques, on y distingue parfois le mauve flashy d’une galathée poilue (Lauriea siagiani) qui tente de se cacher dans ses replis. Toujours aussi difficile à photographier ce minuscule bestiau !
Bien entendu d’autres représentants classiques de la faune sous-marine de l’Indo-Pacifique fréquentent également le tombant de Garden eel, et l’on y retrouve ainsi baliste titan (Balistoides viridescens), poissons papillons, dont le très coloré poisson-papillon triangle à l’élégant museau rouge (Chaetodon triangulum) et autres poissons-anges…

Le courant, peu important, continue de nous porter le long du tombant abrupt. Nous remontons peu à peu pour regagner le plateau sableux et y effectuer tranquillement notre pallier de sécurité, puisque sa profondeur n’excède pas 8 mètres. Le paysage y est certes moins coloré, mais quelques blocs de corail parviennent à égailler la monotonie de son étendue sableuse, en y jetant parfois quelques tâches de couleur où viennent se glisser les rayons d’un soleil très proche de nous puisque nous sommes désormais à proximité de la surface.

Plongée à Bali : Le plateau au-dessus du tombant de Garden eel à Menjangan

Plongée à Bali : Le plateau au-dessus du tombant de Garden eel à Menjangan

Sur le sable du plateau se dressent quelques anguilles jardinières d’où le site de Garden eel tire vraisemblablement son nom, mais ce sont surtout les nombreux orifices que l’on trouve dans le sol qui attirent mon attention. A l’orée de chacun de ces trous se tient un gobie, et de temps à autre en émerge une crevette poussant du sable avec son énorme pince. Il s’agit d’une crevette pistolet (en référence au bruit qu’elle est capable de faire avec cette pince), et tous les deux entretiennent une étrange relation mutualiste: La crevette, quasiment aveugle, est en effet une excellente excavatrice, et elle entretient en permanence le terrier pendant que le gobie fait quant-à lui le guet à l’entrée. Ils communiquent de manière tactile, les antennes de la crevette étant en contact quasi permanent avec les nageoires du gobie, et ce dernier pouvant ainsi la prévenir immédiatement en cas de danger, leur permettant de trouver alors tous deux refuge dans leur logement commun.
Encore une bien étonnante histoire que nous livre la nature en associant ainsi deux créatures appartenant à des espèces si différentes et que rien ne semblait prédestiner a priori à une telle co-habitation…

Mais le plateau de Garden eel héberge également bien d’autres habitants, comme par exemple ce petit clown à collier (Amphiprion perideraion) qui s’est choisi pour demeure une anémone d’une blancheur quasi immaculée, ou bien encore ce poisson-ange à trois tâches (Apolemichtys trimaculus), l’une sur le front et les deux autres sur chacun de ses opercules, dont on remarque surtout l’étrange bouche aux lèvres bleues, comme s’il était passé entre les mains d’un maquilleur daltonien, ou bien encore cette petite perche de sable à treillis (Parapercis clathrata) qui semble nous regarder avec insistance…

Nous achevons tranquillement notre pallier en survolant le plateau de sable à la blancheur étincelante. Un peu plus loin, juste à la limite du tombant, une tortue glisse majestueusement dans le bleu comme pour nous laisser un dernier souvenir de ce très beau site de plongée de Garden eel, qui allie la beauté verticale d’un vertigineux tombant, à celle tout aussi magnifique d’un plateau de sable blanc jonché de coraux multicolores. Nous sommes dans l’eau depuis plus d’une heure, et je n’ai absolument pas vu le temps passer, mais l’aiguille de mon manomètre me rappelle que je suis à la limite de la panne d’air et qu’il est déjà plus de temps de remonter…
A la surface, un même sourire ravi éclaire nos quatre visages. Pas besoin d’explications pour comprendre combien chacun a apprécié cette magnifique première plongée à Bali

Plongée à Bali : Le tombant de Garden eel à Menjangan

Plongée à Bali : Le tombant de Garden eel à Menjangan

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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