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Certains plongeurs adorent farfouiller à la recherche des créatures sous-marines les plus improbables, généralement pas très grosses. C’est ce qu’on appelle le « muck diving« . Je fais partie de ces plongeurs, et pour nous Seraya secret constitue un véritable paradis et un terrain de jeu exceptionnel…

Seraya Secret se trouve à seulement trois petits kilomètres à l’Est de Tulamben, et il ne nous faut que quelques minutes de camion pour nous y rendre. Là nous attend une plage assez semblable à celle de Tulamben, constituée de gros galets noirs sur lesquels les vaques de l’océan indien viennent se fracasser dans un vacarme assourdissant. Pas de plan de plongée aujourd’hui, il suffit de se mettre à l’eau et de suivre la pente douce du rivage qui s’enfonce lentement vers le large, farfouillant sur la vaste plaine de sable noir, dont quelques gorgones ou crinoïdes viennent parfois rompre la monotonie. Un petit abris avec douche en plein air et bac de rinçage pour le matériel de plongée a été aménagé sur la plage, et c’est lui qui sert de point de repère pour les différentes plongées. On enchaîne généralement deux immersions: l’une à droite de cet endroit et l’autre à sa gauche, en choisissant son point de mise à l’eau en fonction du courant.

Beaucoup de plongeurs pensent qu’il faut être fou pour aimer le muck diving… Il est vrai qu’avec cette forme de plongée sous-marine, il n’y a pas de jolis paysages colorés. On plonge généralement dans des lieux plutôt inhabituels, par exemple sous des jetées ou dans des mangroves, sur des fonds constitués de coraux morts, de déchets ou de vase (d’ailleurs en anglais « muck diving » signifie littéralement « plongée dans la boue« ), mais l’intérêt de ces plongées se situe ailleurs, puisqu’il s’agit plutôt d’observer la microfaune qui justement adore ce type d’endroit pour la protection qu’il lui procure. Biologistes et photographes sous-marins s’en donnent donc à cœur joie, un peu comme un jeu de Pokemon dans le monde réel, où il s’agirait d’observer ou de capturer sur pellicule le plus grand nombre de créatures toutes plus bizarres les unes que les autres. Bien évidemment si l’on appartient à aucune de ces deux catégories, l’intérêt de telles plongées s’en trouve effectivement beaucoup plus limité …

Petite revue de détail des « étranges » créatures que l’on peut croiser à Seraya secret, et cette liste n’est bien évidemment pas exhaustive…

Les crevettes de Seraya secret

Dans un article précédent (voir ici), j’avais déjà eu l’occasion de vous présenter quelques espèces de crevettes. Pas besoin par conséquent de revenir dessus, mais regardons plutôt quelques nouvelles espèces que l’on peut rencontrer à Seraya secret

Voici tout d’abord la crevette des comatules (Laomenes amboiensis). Comme son nom l’indique, cette petite crevette (elle ne mesure guère plus de 2 cm) entretient avec cette espèce de crinoïdes une relation commensale, se nourrissant des restes de repas de son hôte, mais également en y trouvant une protection efficace puisqu’elle imite à la perfection la couleur et la structure de ses longs bras. Ainsi sa teinte peut varier du jaune au rouge en passant par différentes nuances de brun de gris ou de blanc, selon la crinoïde dans laquelle elle aura choisi d’élire domicile. Bien souvent le rostre, la queue et les pinces possèdent la couleur la plus claire de son hôte.

Voici maintenant la crevette tigre (Phyllognathia ceratophthalmus). Je sais, elle possède des taches et non des rayures, ce qui fait qu’elle ressemble plus à un léopard qu’à un tigre, mais encore une fois ce n’est pas moi qui baptise les créatures sous-marines 🙂 …
Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une magnifique petite crevette (elle mesure environ deux centimètres et demi), avec un corps plus translucide que transparent, recouvert de milliers de petits points blancs, et jonché par endroit de tâches orange-fauve avec quelques pointes de bleu et de noir. De puissantes pinces équipent ses pattes antérieures, ce qui lui permet de déchiqueter son met favori, les ophiures, avant de les dévorer.

Le dernier spécimen de crevette, et probablement le plus bizarre, se nomme Leander Plumosus. Enfin, ça c’est ce que disent les scientifiques, parcequ’ici à Bali tout le monde l’appelle la crevette Donald Duck, et il suffit de voir son rostre allongé et plat comme le bec d’un canard pour comprendre pourquoi…
Egalement de taille modeste, environ 3 centimètres, elle n’a été décrite qu’en 1994, et l’on sait encore peu de choses à son sujet, si ce n’est qu’elle adopte un régime carnivore, comme les autres membres de la famille des Palaemonidae auxquels elle appartient. Si quelqu’un dispose de plus d’information sur cette crevette, et notamment sur l’utilité de la pilosité qui recouvre son rostre (voir la photo de détail), merci de partager en laissant un petit commentaire…

A Seraya secret on rencontre également une autre espèce de crevette, très recherchée par les passionnés de photo sous-marine pour la beauté de ses formes et de ses couleurs: la crevette arlequin. Mais impossible pour moi de la dénicher. Ce sera donc pour une autre plongée

Les hippocampes de Seraya secret

Seraya secret constitue également un excellent site de plongée pour l’observation des hippocampes pygmées. J’avais déjà croisé un hippocampe pygmée Denise (Hippocampus denise) sur l’épave du Liberty à Tulamben (voir ici), mais à Seraya ce sont plutôt des bargibanti  (Hippocampus bargibanti) que l’on peut trouver. Un peu plus gros (2 centimètres) que denise, bargibanti s’en distingue également par les nombreuses protubérances bulbeuses qui recouvrent son corps, accentuant ainsi le mimétisme avec les gorgones dans lesquelles il vit (uniquement Muricella plectana et Muricella paraplectana), et qui le rendent très difficile à repérer.

Cet hippocampe pygmée ne se rencontre qu’en deux couleurs: soit blanc-gris avec des protubérances rouge ou rose foncé, soit blanc-jaune pale avec des protubérances d’un jaune plus soutenu, voire orange, selon la couleur de la gorgone dans laquelle il réside. Ici à Seraya secret on rencontre les deux variantes, présentes sur des gorgones situés à 22 et 26 mètres, en plongeant sur le côté droit de la plage.

Je reste, à chaque rencontre, totalement fasciné par ce petit poisson dont la morphologie semble si peu le destiner à la vie sous-marine. Il sait en effet à peine nager (ou à tout le moins la taille de ses nageoires ne lui permet pas de lutter contre un courant important) et se trouve totalement dépourvu d’armes défensives, chimiques ou physiques. Sa seule protection réside dans sa capacité mimétique exceptionnelle avec les gorgones dans lesquelles il réside, et cela explique probablement pourquoi il n’a finalement été découvert qu’assez récemment, et surtout par accident. C’était au début des années 70, lorsqu’un scientifique étudiant les gorgones (Georges Bargibanti), en a trouvé quelques spécimen sur un prélèvement. Hippocampus bargibanti à ainsi été la première espèce d’hippocampe pygmée découverte, baptisée de la sorte en l’honneur de ce scientifique, et il en existe désormais huit espèces répertoriées, dont 6 l’ont été depuis l’an 2000. Il en reste donc encore probablement à découvrir…

Les nudibranches de Seraya secret

Que serait une plongée macro sans les omniprésents nudibranches ? Ici à Seraya secret les limaces de mer sont légions, et j’en profite donc pour étoffer mon album photo avec de nouvelles espèces…

Je découvre ainsi Mexichromis multituberculata, qui sera probablement bientôt requalifiée sous une autre appellation, mais également le magnifique Hypselodoris Kanga, dont le corps à dominante blanc à bleuâtre semble avoir été crépi de petites tâches de peinture jaunes, bleues et noires qui contrastent fortement avec le orange vif de ses rhinophores et de son panache branchial.
Plutôt que les pois, certaines autres espèces préfèrent adopter la rayure, un peu façon pyjama de forçat en version bleu sur fond jaune pour Hypselodoris whitei et bleu sur fond noir pour Chromodoris magnifica, mais toujours avec des rhinophores et des panaches branchiaux orangés. Hypselodoris Zephyra modernise un peu tout ça avec un style moins symétrique, dans les joli camaïeux de bleu. A noter chez ces hypselodoris une particularité physique inhabituelle puisque leur pied dépasse fortement à l’arrière du manteau, formant une pointe très prononcée.
Et puis il y a également ce nudibranche qui semble tout ébouriffé, Flabelina rubrolineata, avec sa longue ligne violette discontinue qui courre sur l’ensemble de son dos.
Enfin je remarque un bien étrange ballet avec ces deux Hypselodoris (Hypselodoris tryoni et Hypselodoris pulchella) qui semblent voyager de concert, mais je n’ai aucune explication pour ce comportement… Y aurait-il de la romance dans l’air ?

Les murènes de Seraya secret

Bien sûr lors des plongées à Seraya secret on rencontre également des espèces de plus grande taille, et notamment plusieurs sortes de murènes toutes plus belles les unes que les autres.
On peut les apercevoir au détour d’une station de nettoyage, comme cette grosse murène léopard (Gymnothorax favagineus) qui semble apprécier sa séance de récurage de canines auprès de ces crevettes nettoyeuses (c’est bien la première fois que quelqu’un semble se plaire chez le dentiste!), mais également en train de nager sur le fond de sable noir comme cette élégante murène étoilée (Echidna nebulosa) à la robe mouchetée de jaune et de noir, et bien sûr plus classiquement au fond d’un trou d’où ne dépasse généralement que la tête, comme pour cette murène frangée (Gymnothorax fimbriatus) à la tête jaune et au corps blanc, voire le début du corps, comme cette murène à œil blanc (Gymnothorax thyrsoideus) auquel cet étrange regard confère un air halluciné et presque inquiétant…

Les poissons de Seraya secret

Seraya secret est aussi l’occasion de croiser des représentants plus classiques de la faune de l’Indo-pacifique, tous parés des couleurs les plus vives: Poisson ange empereur (Pomacanthus imperator) dans sa magnifique livrée rayée, poisson cocher commun (Heniochus acuminatus) avec sa très longue dorsale qui semble flotter au vent comme un oriflamme médiéval, poisson-papillon de Klein (Chaetodon kleinii) dont la robe adopte un étrange motif à base de carreaux, un peu comme une gaufre, poisson-épervier à long nez (Oxycirrhites typus) toujours rigolo avec son museau démesurément long et les épines de sa dorsale hérissées, poisson coffre pintade (Ostracion mleagris) lui aussi magnifiquement paré de bleu à points orange sur les côtés de son corps cubique, alors que le dessus est noir à pois jaunes, minuscule canthigaster à selle noire (Canthigaster valentini) à la forme si étrange qu’on pourrait le croire totalement dénué de nageoires, seiche commune dont la jupe semble animée de vibrations électriques, poissons-ballons (Arothrons) divers et variés, et puis bien sûr une large gamme de représentants de la famille des poissons scorpions, omniprésents dans cette partie du monde, ainsi que bien d’autres espèces encore qu’il serait trop long d’énumérer ici…

Les autres curiosités de Seraya secret

Mais Seraya secret héberge encore beaucoup d’autres créatures toutes plus surprenantes les unes que les autres.
C’est ainsi le cas du bien nommé crabe orang-outang (Achaeus japonicus), dont la longue fourrure orange-rousse recouvre un minuscule corps (la carapace mesure à peine un centimètre et demi) prolongé par de longues pattes effilées. Seuls deux yeux rouges émergent de cette étrange touffe de poils, sur laquelle le bestiau vient coller des particules histoire de parfaire encore son mimétisme…

Plongée à Bali : Crabe orang-outang (Achaeus japonicus) à Seraya secret près de Tulamben

Plongée à Bali : Crabe orang-outang (Achaeus japonicus) à Seraya secret près de Tulamben

A Seraya secret on peut également découvrir le poisson-fantôme arlequin (Solenostomus paradoxus), celui-ci dans des tons de rouge et de blanc pour mieux imiter les crinoïdes, gorgones ou coraux dans lesquels il trouve refuge.

Plongée à Bali : Poisson fantome arlequin (Solenostomus paradoxus) à Seraya secret près de Tulamben

Plongée à Bali : Poisson fantome arlequin (Solenostomus paradoxus) à Seraya secret près de Tulamben

Pour rester dans la série des poissons qui nagent à la verticale, voici le poisson-couteau (Centriscus scutatus) que l’on rencontre également très fréquemment à Seraya secret, toujours en bande d’une dizaine ou plus d’individus. Ils se laissent flotter la tête près du substrat, pour y dénicher les petits crustacés dont ils se nourrissent.

Les étranges « fleurs » que l’on croise parfois sur le sable noir sont quant-à elles des animaux cousins des anémones de mer. Des cérianthes (Cerianthus sp.) dont la couronne de fines tentacules translucides (plus de 200) flotte au gré du courant pour capter les proies dont il se nourrit. Une seconde couronne tentaculaire, parfois de couleur différente, comme ici, renforce encore l’analogie avec une fleur, comme s’il agissait d’une étrange marguerite au cœur vert…

Plongée à Bali : Cérianthe à Seraya secret près de Tulamben

Plongée à Bali : Cérianthe à Seraya secret près de Tulamben

Contrastant avec ce sable noir duquel émerge son étrange « plume », un dragonnet dactylé (Dactylopus dactylopus) rampe paisiblement en s’aidant de ses longues nageoires griffues comme des doigts dont il tire son nom.

Plongée à Bali : Dragonnet dactylé (Dactylopus dactylopus) à Seraya secret près de Tulamben

Plongée à Bali : Dragonnet dactylé (Dactylopus dactylopus) à Seraya secret près de Tulamben

Muck-diving à Bali

Connu dans le monde entier, Seraya secret ne déroge pas à sa réputation, et constitue une très belle plongée, qui, pour moi, fait sans conteste partie des 3 meilleurs sites de muck dive à Bali (j’aurais bientôt l’occasion de présenter les deux autres…)
Facile et peu profond, Seraya secret permet à des plongeurs de tout niveau de s’y aventurer, mais comme pour tous les sites de muck dive, il requiert une parfaite maîtrise de sa flottabilité afin d’éviter de soulever des nuages de ce sédiments très  fin qui viendraient gâcher les photos sous-marines de la palanquée, à moins bien sûr d’aimer le rendu artistique des particules en suspension 😉 …

Plongée à Bali : Vivaneau minuit juvénile (Macolor macularis) à Seraya secret près de Tulamben

Plongée à Bali : Vivaneau minuit juvénile (Macolor macularis) à Seraya secret près de Tulamben

Un niveau Advanced Open Water (ou N2 pour les plongeurs de la fédération française) sera par contre requis pour descendre observer les hippocampes pygmées puisque ces derniers se tiennent généralement à une profondeur de plus de vingt mètres…

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Gilles Auroux

Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j’ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.


Ma plus belle plongée ? J’espère la prochaine…


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