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Plonger à Bali sans rendre une petite visite à l’épave du Liberty, c’est un peu comme un touriste qui viendrait à Paris sans visiter la tour Eiffel…

 

L’histoire du Liberty

Étrange destin que celui du Liberty
Lancé le 19 juin 1918, le navire participe à la première guerre mondiale en tant que cargo affecté au transport de chevaux, principalement entre les Etats-unis et la France. Il sera décommissionné le 7 Octobre 1918, mais continuera à servir de transport sur le même parcours, avant d’être à nouveau réquisitionné par la marine américaine en Novembre 1940. Au moment de l’entrée en guerre des Etats-Unis en décembre 1941, le Liberty se trouve alors dans le Pacifique, et va bientôt partir pour ce qui sera son dernier voyage. Missionné pour un transport de caoutchouc et de matériel ferroviaire entre l’Australie et les Philippines, le 11 Janvier 1942, il croise la route du sous-marin Japonais I-66 au Sud-Ouest du détroit de Lombok. Torpillé et gravement endommagé, il est pris en charge par deux destroyers alliés qui vont tenter de l’escorter jusqu’au port de Singaraja, capitale administrative de Bali, alors colonie Hollandaise. Mais trop gravement touché pour achever le voyage, les autorités décidèrent de son échouage afin de sauver sa précieuse cargaison.
C’est ainsi que le Liberty termina sa carrière militaire sur la plage de Tulamben, au Nord de Bali, et son histoire aurait pu s’arrêter là si 21 ans plus tard, le 24 février 1963, le volcan Agung n’était entré dans une terrible éruption qui fit près de 2000 victimes, entraînant au passage l’épave du Liberty dans la mer où elle repose désormais par 28 mètres de fond au niveau de sa proue, et de 7 mètres à la poupe.
Assez ironiquement, cette dernière péripétie fit accéder le Liberty au rang de légende, puisque son épave constitue désormais l’un des sites de plongée sous-marine les plus réputés de Bali, et elle jouit d’une renommé mondiale grâce à sa faible profondeur qui la rend accessible à tous, plongeurs ou snorkeleurs.

Les plongées sur l’épave du Liberty

Dominé au Sud par l’imposant volcan Agung, le village de Tulamben s’étire en longueur, bordé au Nord par l’océan indien dont les vagues viennent se briser dans un vacarme incessant sur sa plage de galets noirs, vestiges de son tumultueux passé volcanique. Cette plage s’enfonce en pente douce sous la surface, où elle se transforme bientôt en une vaste plaine de sable, lui aussi de couleur sombre, presque noire, et rien ne laisse supposer qu’à une quarantaine de mètres seulement du rivage repose la fameuse épave du Liberty.

Couché sur son flanc tribord, presque parallèle au rivage et le pont regardant en direction du large, le Liberty n’est plus qu’un amas de tôle déchiquetée, et il faut un petit effort d’imagination pour se représenter le gigantesque navire de 120 mètres de long et de 6200 tonneaux qu’il fut jadis.

La plongée sur l’épave du Liberty s’effectue depuis le rivage, avec des mises à l’eau qui peuvent parfois s’avérer acrobatiques en fonction de la force des vagues. Quelques coups de palmes plus tard, la poupe du Liberty apparaît, dressée vers le ciel comme un gigantesque mur d’acier entièrement recouvert de corail. L’itinéraire habituel consiste à faire le tour de l’épave dans le sens anti-horaire, et l’on contourne alors la poupe pour suivre à main gauche ce qui fut jadis le pont du navire, et qui désormais se dresse perpendiculairement au sol. De ce pont ne subsistent que quelques vestiges aux extrémités et au centre de la carcasse, laissant largement entrevoir les entrailles du navire. Le fond de sable noir, situé vers une vingtaine de mètres, est jonché de débris (éléments de mature, tourelles, etc.) totalement recouverts de concrétions, mais  parmi lesquels on reconnait encore parfois le contour familier d’un élément de la structure.

A mi longueur, la coque fracturée et écroulée témoigne encore de la violence des soubresauts de la terre lors de l’éruption du mont Agung, mais aussi des ravages du temps sur une structure ainsi immergée, laissant augurer le funeste destin qui attend l’épave du Liberty. Compte tenu de la nature instable de la structure, il est d’ailleurs fortement déconseillé de pénétrer à l’intérieur, sauf en ce qui concerne quelques zones que les guides locaux vous indiqueront.
Après cette énorme brèche, reposant vers 30 mètres de profondeur, la proue apparaît, encore parfaitement reconnaissable.
La suite de l’itinéraire consiste à la contourner avant de revenir vers la poupe, cette fois en longeant le Liberty du côté de la coque. Au niveau de la brèche, un point de pénétration permet d’entrer en toute sécurité dans l’épave, offrant un magnifique point de vue avec une jolie lumière.

A cet endroit la profondeur n’excède pas une dizaine de mètres, et elle diminue ensuite rapidement le long de la coque pour bientôt atteindre 5 mètres, ce qui permet de continuer l’exploration en effectuant tranquillement un palier de sécurité.

L’épave du Liberty n’a absolument pas usurpé sa réputation, et elle constitue vraiment une très belle plongée, mais elle est malheureusement victime de son succès, et en haute saison (juillet et août) se sont parfois des centaines de plongeurs qu’elle voit défiler chaque jour.

Pour tenter d’y remédier les dive shops locaux ont étendu les horaires des plongées, et outre les plongées traditionnelles en journée, on peut également y plonger la nuit ou très tôt le matin: la « early morning dive ».Pour cette plongée on s’immerge vers 6h du matin, juste au lever du soleil, voire un peu avant, ce qui procure une lumière rasante de toute beauté.

La plongée de 8 heure reste également correcte en matière de fréquentation, même si avec le développement de Tulamben, de plus en plus de plongeurs y passent la nuit et sont donc à pied d’oeuvre de bonne heure.
A partir de 10h arrivent les plongeurs à la journée qui viennent du Sud de Bali pour y retourner dans l’après-midi. L’épave du Liberty devient alors très très fréquentée, avant de retrouver son calme pour la plongée de 16h, souvent la plus tranquille, mais malheureusement avec une visibilité qui n’est plus aussi bonne, et parfois le courant qui peut se lever.
La plongée de nuit quant-à elle constitue un must dans la mesure où il n’y a pas beaucoup d’endroit dans le monde où l’on peut plonger de nuit sur une épave de cette taille. Pour cette raison elle est aussi très prisée, et inutile d’espérer avoir l’épave du Liberty pour soi tout seul…

La faune de l’épave du Liberty

Sur l’épave du Liberty on croise bien sûr la faune traditionnelle de l’Indo-Pacifique, mais également certaines espèces un peu moins communes, bien entendu en fonction de l’heure de la plongée. Petite revue de détail…

Tout d’abord on peut y rencontrer pas mal de poissons-scorpions feuille (Taenianotus triacanthus) de différentes couleurs: blanc, jaune, rouge, vert etc.
Son étrange et disproportionnée nageoire  dorsale lui donne vraiment l’apparence d’une feuille, et comme cette dernière, il se laisse bercer par la houle en espérant que ce comportement mimétique permettra de leurrer ses éventuels prédateurs.

Je n’ai pas remarqué de comportement sédentaire en ce qui concerne les poissons-scorpions jaunes ou rouge, mais les blancs (ils étaient deux) étaient systématiquement présents lors de chaque plongée, juste après le passage de la proue du Liberty (voir le plan de plongée)

Un peu plus loin, vers 22 mètres de profondeur (voir plan), une gorgone jaune héberge un magnifique hippocampe pygmée de l’espèce Denise, le plus petit des hippocampes pygmées, et aussi l’un des plus récemment découvert (2003). A la différence de son cousin l’hippocampe Barbiganti, il présente une texture un peu plus lisse, avec très peu d’excroissances. Et donc bons yeux obligatoires puisque l’animal mesure à peine un centimètre et dispose d’un camouflage parfait…

Plongée à Bali : Hippocampe pygmée Denise (Hippocampus denise ) sur l'épave du Liberty à Tulamben

Plongée à Bali : Hippocampe pygmée Denise (Hippocampus denise ) sur l’épave du Liberty à Tulamben

Parmi la faune classique de l’Indo-Pacifique, un peu partout sur l’épave du Liberty on trouve des poissons-perroquets, des sergents-majors, des poissons-lapins, poissons-trompettes, poissons-chirurgiens, poissons-anges, dont le magnifique poisson-ange duc (Pygoplites diacanthus), mais aussi des vivaneaux, comme ce gros vivaneau-minuit (Macolor macularis) dont on dirait que la bouche a été maquillée.

Idem en ce qui concerne les gaterins, aussi appelés diagrammes (je préfère leur appellation anglo-saxonne de « sweetlips ») que l’on rencontre un peu partout sur l’épave, mais qui sont systématiquement présents en petit banc au niveau de l’élément de mature côté rivage (voir plan). Il y en a toujours une petite dizaine à cet endroit. Ceux que l’on croise dans les parages appartiennent à différentes espèces, et l’on peut ainsi voir sur l’épave du Liberty des gaterins rayés (Plectorhinctus vittatus), ceux dont la livrée ressemble à une tenue de prisonnier de la belle époque des films hollywoodiens, mais également des gaterins à lignes (Plectorhinctus lineatus) ou encore des gaterins rubans (Plectorhinctus polytaenia):

C’est également à cet endroit, a peu près à mi longueur de la coque du Liberty, que la plaine de sable noire abrite un champ entier de plusieurs centaines d’anguilles jardinières. Elles se dressent au-dessus du sol, ployées par le courant, et prêtes à disparaître à la moindre alerte…
Et le sable autour de l’épave mérite également que l’on s’y attarde puisque l’on peut y dénicher par exemple des rascasses ou bien des seiches ou des poulpes, plutôt lors des plongées de nuit pour ces derniers, mais également des crevettes-mantes maculées (Plectorhinctus vittatus). Ces squilles se cachent au fond de gros trous (15 cm de diamètre), mais il suffit de frapper entre eux deux gros cailloux pour que le bruit les fasse remonter histoire de voir de quoi il retourne…

Quant-aux plongées de nuit elles réservent également leur lot de surprises avec la présence de gros mérous ou de murènes de java, mais surtout, et c’est là l’un des principaux objectifs de ces plongées, l’observation des énormes poissons-perroquets à bosse. Certains spécimens que j’y ai rencontrés mesuraient plus d’un mètre de longueur, et plus ils vieillissent, plus la bosse de leur front devient proéminente. Impressionnant !

Et bien entendu les nudibranches ne sont pas en reste sur l’épave du Liberty, puisque outre les habituels Phyllidia, on peut également y trouver Chromodoris hintuanensis ou encore Hypselodoris bollandi, et puis quelques belles pontes qui ressemblent à de délicates roses qui auraient éclose sur le terreau de la carcasse rouillée…

Les plongeurs les plus chanceux pourront peut-être quant-à eux y croiser du « gros », puisque l’on y aperçoit de temps à autre (une à deux fois par an environ) quelques mola-mola, ou plus régulièrement quelques requins. Pour ma part je n’y ai croisé qu’une tortue, endormie sous un repli de l’épave, lors d’une plongée de nuit

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Gilles Auroux

Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j’ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.


Ma plus belle plongée ? J’espère la prochaine…


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