Votre mot de passe vous sera envoyé.

La paisible petite crique de Cala Viuda cache parfaitement bien son jeu, puisqu’elle dissimule sous sa surface un des trésors cachés de la Costa Brava: un vaste réseau de grottes sous-marines de toute beauté, et en même temps d’une extrême facilité puisque quasiment sans ramification, qui en font le lieu idéal pour une première expérience de ce type de plongée souterraine.

Une fois passée la baie de Cala Montgo, en navigant depuis l’Escala en direction du Sud (une dizaine de minutes environ), Cala Viuda est la première petite crique rencontrée, juste aux pieds des immenses falaises du parc du Montgri (voir carte). Le bateau vient s’amarrer à la bouée située près du gros rocher qui semble détaché de la falaise, et après notre traditionnelle bascule arrière, nous nous émergeons pour descendre jusqu’au fond recouvert d’algues, à environ douze mètres de profondeur. Aujourd’hui nous avons la chance d’avoir Éva pour guider notre palanquée, et elle connait les grottes de Cala Viuda aussi bien que sa propre poche…

La grotte principale, la plus spectaculaire, se trouve dans la petite crique adjacente, et il est impossible de la rater, même pour le plongeur le moins doué en orientation, puisqu’il suffit de longer en permanence la paroi à main droite…
Nous passons d’abord devant l’ouverture béante d’une première grotte (moins intéressante, et que vous pourrez toujours faire au retour s’il vous reste de l’air).

Plongeur en contrejour dans les grottes de Cala viuda (plongee espagne)

Plongeur en contrejour dans les grottes de Cala Viuda

Vient ensuite une arche monumentale qui transperce littéralement la falaise et permet le passage dans la crique suivante. Cette arche démarre depuis le fond, vers 17m, et élève sa voute jusque vers les 8m de profondeur. Malgré sa relative largeur (4 à 5 m) on peut parfois hésiter à s’y engager puisque par jour de mauvaise visibilité, on n’en aperçoit pas toujours l’autre extrémité, et l’on pourrait la confondre avec une autre grotte. Il suffit toutefois de s’avancer d’un ou deux mètres pour distinguer la lueur bleuâtre à l’autre bout.

Une fois franchi ce passage, nous continuons à longer la falaise à main droite, et bientôt apparaît devant nous une immense zone obscure d’une quinzaine de mètres de diamètre: il s’agit bien cette fois de l’entrée de la grotte principale de Cala Viuda.
N’ayant que peu d’expérience de ce genre de plongée, ce n’est pas sans appréhension que je m’avance dans ces ténèbres, seulement troués par les minces faisceaux de nos phares qui viennent parfois se poser sur une langouste ou une jeune rascasse, à peine dérangées par notre présence. Je me retourne régulièrement pour regarder au loin la clarté bleuâtre et sécurisante de la pleine eau, indiquant ainsi en permanence le chemin de la sortie, mais dont la taille et la luminosité diminuent avec chacun de ces coups de palmes qui m’entrainent toujours un peu plus loin dans les ténèbres souterrains. Le spectacle des contre-jours est magnifique, et un véritable régal pour les photographes. Pour rassurer les plus claustrophobes, les couloirs des grottes de Cala Viuda sont si rectilignes, que quel que soit l’endroit où l’on se trouve, ces halos bleus indiquant la sortie restent presque toujours en vue. Impossible de s’égarer ici…

Le sol, jonché de cailloux de toutes tailles (ici pas de risque de soulever des sédiments qui empêcheraient toute visibilité et rendraient la plongée dangereuse), s’élève lentement au fur et à mesure de notre progression, en même temps que les parois de la grotte se rapprochent pour ne plus former qu’un étroit passage. Et soudain, alors que nous avons parcouru une soixantaine de mètres depuis l’entrée, nous venons crever la surface…

Je braque ma lampe pour éclairer les alentours. Nous venons de pénétrer dans une grotte aux dimensions immenses, avec un plafond situé à huit mètres au dessus de nos têtes …
Eva nous fait signe que nous pouvons enlever nos détendeurs puisque ici l’air est parfaitement respirable. Le dôme doit probablement se trouver en contact direct avec l’extérieur par quelque fissure ou orifice dans le plafond, même si aucune lumière, si ténue fusse t’elle, ne le laisse deviner. Il est par contre si froid qu’aussitôt un filet de vapeur s’échappe de ma bouche, et nous gardons par conséquent nos masques afin d’éviter que de la buée ne s’y forme.
Le spectacle de cette grotte de Cala Viuda est magnifique, avec ses parois entièrement minérales (aucun végétal ne réussirait à pousser dans une telle obscurité), mélangeant toute une palette d’ocres et de bruns, auxquels se mêlent le blanc des trainées d’eau ruisselant sur le calcaire et le noir des ombres que nos torches jettent sur les reliefs et les anfractuosités. C’est un sentiment indéfinissable, mais toujours aussi exaltant, que cette sensation de faire partie de cette infime portion de l’humanité à avoir jamais pénétré dans un territoire quasi vierge, puisque accessible uniquement par les plongeurs que nous sommes. Dans un tel lieu, on se sent tous l’âme d’un explorateur, et d’un seul coup je mesure un peu mieux ce qui peut motiver les plongeurs souterrains à risquer leur vie pour aller sans cesse plus loin dans les entrailles inviolées de notre planète…

L'intérieur des grottes de Cala Viuda (plongee espagne)

L’intérieur des grottes de Cala Viuda

C’est à regret que nous nous arrachons à cette ambiance, et nous remettons nos détendeurs en bouche pour poursuivre notre exploration. Plutôt que de rebrousser chemin par le même parcours que nous avons emprunté à l’aller, nous avons décidé de rester à la surface puisqu’il suffit de s’immerger d’un mètre ou deux pour franchir l’obstacle des parois et refaire aussitôt surface dans la partie suivante de cette immense grotte. Nous passons ainsi de cavité en cavité, avec en ligne de mire le spectacle grandiose de cette immense clarté bleuâtre qui marque la sortie, formant comme un écran de cinéma sur lequel viennent se découper les formes des plongeurs qui nous précèdent.

Plongeurs en contrejour dans les grottes de Cala Viuda (plongee espagne)

Plongeurs en contrejour dans les grottes de Cala Viuda

Arrivés dans la dernière de ces cavités, nous nous ré-immergeons pour de bon et regagnons le fond qui nous attend vers les quinze mètres de profondeur.
A cet endroit, juste avant la sortie, démarre dans la paroi de droite un nouveau tunnel, cette fois un peu plus étroit, mais nous l’empruntons sans hésiter sur l’invitation d’Eva.
Aujourd’hui l’eau est extrêmement chargée en particules. L’étroitesse du tunnel qui accélère leur mouvement, associée à la lumière de nos phares qui les illumine de blanc, nous plonge dans une ambiance qui ne ressemble guère à l’idée que l’on se fait d’une plongée dans une grotte sous marine, mais donne plutôt l’impression d’évoluer en plein blizzard par une nuit de pleine lune. Ici règne la faune habituelle des grottes, langoustes et petites rascasses, associées à des organismes plus primitifs comme ces ascidies ou ces éponges encroutantes qui explosent en mille couleurs vives, jaunes ou orangées, sur les parois du tunnel aux abords de ses extrémités, là où un peu de lumière parvient encore à s’inviter.

Après une cinquantaine de mètres, nous atteignons un nouvel embranchement, avec à notre droite le départ d’un tunnel encore plus étroit puisqu’il permet tout juste le passage d’un plongeur. Toujours sur l’invitation d’Eva je m’y engage en premier, un peu inquiet tant par son absence totale de lumière que par son étroitesse qui empêche tout demi tour. Heureusement après un premier coude apparaît la clarté bleue qui m’indique la sortie. Je parcours ainsi une grosse quinzaine de mètres avant de déboucher en pleine eau à vingt mètres de profondeur, me retournant pour regarder mes compagnons de palanquée émerger un par un de cette étroite fissure au pied de la falaise.

Mais nos manomètres nous indiquent qu’il est temps de rentrer, et nous rebroussons donc chemin par cet étroit passage, en tournant cette fois à droite après avoir regagné le tunnel principal. La sortie de la grotte de Cala Viuda ne se trouve plus qu’à quelques mètres de nous, et il nous suffit alors de suivre la falaise à main gauche pour retrouver l’immense arche et repasser dans la première crique, là où nous attend notre bateau.

Là, caché parmi les algues, on trouve régulièrement des poulpes, des bancs de saupes ou de sars, et cela permet de vider son bloc tout en désaturant tranquillement par moins de dix mètres de fond. Pour les moins consommateurs, il reste également à explorer les autres grottes de Cala Viuda, situées plus loin à l’ouest de la crique.

Dans la semaine suivante J’aurai l’occasion de refaire à plusieurs reprises cette plongée au sein des grottes de Cala Viuda. Ce sera toujours avec le même émerveillement et sans jamais me lasser de ses magnifiques contrejours, découvrant à chaque fois de nouveaux recoins de ce parcours souterrain. Cette plongée reste décidément pour moi l’une des plus belles plongées sous grotte de la Costa Brava tant sa configuration a de quoi séduire le plongeur le plus néophyte comme le plus exigeant.

Poulpe dans son trou à Cala viuda (plongee espagne)

Poulpe dans son trou à Cala viuda

 

Articles dans cette catégorie

Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

Vous aussi vous avez plongé ici ? Vous avez aimé ce site (ou pas) ? N'hésitez pas à laisser un commentaire...

Soyez le premier à commenter !

Votre commentaire

wpDiscuz
1 Partages
Partagez1
Tweetez
Enregistrer
+1