PORT-CROS – A L’OUEST DE LA GABINIÈRE…

Chapon (rascasse) caché dans les posidonies
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La façade Ouest de la Gabinière est bien moins vertigineuse que son côté Est. Ici, pas de tombant, mais un plateau qui s’enfonce gentiment dans la méditerranée, depuis le rivage jusqu’à une profondeur de 20 mètres environ. Le sol est jonché de dalles et de gros rochers, surtout en direction du Sud, entre lesquels se sont installés des pieds de posidonies.
Il y a trois bouées d’amarrage, sur cette cote Ouest, et nous venons nous installer sur la plus méridionale.

Carte de la Gabinière Ouest
Carte de la Gabinière Ouest

Aujourd’hui je plonge en binôme avec Élisabeth. Nous descendons le long de l’amarre, et nous dirigeons aussitôt vers le Nord-Est, en longeant la frontière du plateau et de la zone sableuse qui s’étend au delà.
Cachée entre deux rochers, une grosse rascasse nous regarde passer, se croyant parfaitement invisible dans son camouflage brun et vert. Au vu des lambeaux de chair qui pendent un peu partout sur sa tête, il s’agit probablement d’un chapon, et avec son aspect de monstre rapiécé, on le croirait tout droit sorti d’un roman de Mary Shelley, comme si la nature avait aussi voulu jouer les Dr. Frankenstein…

Presque immédiatement nous croisons de gros mérous nonchalants, plus curieux que craintifs, et qui ne s’éloignent que lorsque nous sommes assez près pour les toucher.

Mérou brun à la Gabinière (versant Ouest) (plongée Port cros)
Mérou brun à la Gabinière (versant Ouest)

Au vu de leur livrée qui diffère d’un individu à l’autre, on pourrait croire avoir affaire à différentes espèces, mais il s’agit pourtant bien de mérous bruns (Epinephlelus marginatus). Leur coloration varie au fil du temps, selon l’age ou bien la saison. Le GEM (Groupement d’Étude du Mérou) qui a pour mission de mieux connaitre l’espèce et la taille des populations, décrit parfaitement bien ce phénomène dans cette fiche.

Mérous bruns (Mâle et femelle ?) posés sur le fond à la Gabinière (versant Ouest) (plongée Port cros)
Mérous bruns posés sur le fond à la Gabinière (versant Ouest)

Nous continuons notre progression en direction du Nord-Est. Le relief devient moins accidenté, presque vallonné. C’est le territoire qu’on choisi les corbs pour s’installer. Ils flottent non loin du sol, en petits groupes de quatre ou cinq individus, auquel se mêlent parfois des petits bancs de sars à tête noire.

Banc de Corbs en contrejour à la Gabinière (Ouest) (plongée Port cros)
Banc de Corbs en contrejour à la Gabinière (Ouest)

Nous passons ainsi successivement devant les deux autres bouées d’amarrage, avant de faire demi tour à mi bouteille. Nous revenons cette fois en longeant la côte d’un peu plus près, et nous en profitons pour explorer en détail les blocs rocheux. Ils regorgent d’une faune particulièrement riche : ascidies d’un blanc quasi transparent, limaces de mer (principalement des limaces pèlerines) ou bien cette magnifique sabelle prête à rentrer dans son tube à la moindre alerte etc.

Limace pélerine (cratena peregrina) à la Gabinière (versant Ouest) (plongée Port cros)
Limace pèlerine (cratena peregrina) à la Gabinière (versant Ouest)
Sabelle (Gabinière versant Ouest) (plongée Port cros)
Sabelle (Gabinière versant Ouest)

Contrairement à ce que son apparence gracile pourrait laisser supposer, la sabelle fait partie de la famille des vers. Elle vit dans un tube construit à partir de vase et aggloméré par du mucus, ne laissant dépasser que son panache branchial, qui lui sert à la fois à respirer et à capter la nourriture qui est ensuite amenée jusqu’à l’orifice buccal, localisé en plein centre de ses tentacules.

Nous continuons ainsi notre exploration, cette fois en retournant vers le Sud-Ouest, mais pas de bateau en vue, et mon manomètre m’indique que je suis déjà sur la réserve de 50 bars. Je ne m’inquiète pas outre mesure puisque nous sommes à faible profondeur (depuis une bonne vingtaine de minutes nous évoluons entre 12 et 14 mètres), sans autre palier à effectuer qu’un petit stop de sécurité à 5 mètres, et qu’il reste de toute manière encore pas mal d’air à Élisabeth. Les minutes continuent de s’écouler: Déjà près de 48 minutes que nous sommes sous l’eau. Bientôt le rivage que nous suivons prend la direction du Nord-Est. Nous avons passé la pointe de la Gabinière… Je fais signe à Élisabeth que le bateau se trouve certainement derrière nous, et nous faisons demi tour en nous éloignant un peu de la côte. Ma réserve d’air est désormais devenue critique et nous décidons de remonter. Ne sachant pas trop ou nous nous trouvons, et compte tenu du passage de bateaux pouvant être important à cet endroit, je sors le parachute. Mauvaise manipulation, ou lestage insuffisant avec mon bloc quasi vide et le plomb du parachute en moins, toujours est-il que je me fais aspirer et viens crever la surface. Je me ré-immerge aussitôt à grand coups de palmes (avec une flottabilité positive, c’est dur !) mais cet effort supplémentaire finit de sécher mon bloc, si bien qu’à l’issue de nos trois minutes de palier, je suis pratiquement obligé de remonter en apnée. A la surface nous nous apercevrons que le bateau n’était finalement plus qu’à une cinquantaine de mètres de nous, et que nous sommes probablement passés juste à côté de lui, mais trop près de la côte pour en distinguer l’amarre.

Au final, si cette plongée sur la Gabinière Ouest est bien moins spectaculaire que celle du versant Est, elle constitue tout de même une belle plongée riche en faune de toute sorte, et où l’on est quasi certain de rencontrer les sympathiques mérous (au dernier recensement, ils étaient entre 250 et 300 autour de l’ilot de la Gabinière)…

 

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées.

Ma plus belle plongée ? J'espère bien la prochaine...

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