Votre mot de passe vous sera envoyé.

La pointe du vaisseau se situe sur la côte Sud-Est de l’ile de Port-Cros. Une imposante barre rocheuse prolonge la pointe et s’étire en longueur vers le Sud-Ouest, un peu à la manière d’une épave de navire qui serait posée sur le fond. Cet éperon rocheux, haut de quinze à vingt mètres, descend ainsi jusqu’à 38 mètres de profondeur où il s’interrompt brusquement. Au delà démarre une vaste étendue de sable.
A l’Est de la pointe du vaisseau s’étend un champ de posidonies qui descend en pente douce, jonché de gros blocs d’éboulis ou de barres rocheuses parallèles à la pointe, et qui forment de petits canyons à explorer. C’est de ce côté que nous plongeons aujourd’hui.

Carte de la Pointe du vaisseau

Carte de la Pointe du vaisseau

Le bateau s’est arrimé à la bouée située à l’Est de la pointe du vaisseau, et avec Salva, mon binôme, nous descendons le long de l’amarre, jusqu’au fond situé vers 21 mètres.
La plongée traditionnelle (en rouge sur le plan de plongée) consiste à palmer plein Est jusqu’à l’extrémité d’une barre rocheuse, puis à explorer à main gauche le tombant jusqu’à la limite de l’herbier de posidonies. Il suffit alors de revenir vers l’Ouest en direction de la pointe du vaisseau, puis de remonter celle-ci, toujours à main gauche, dans le petit canyon qu’elle forme avec une autre barre rocheuse parallèle, avant de venir terminer la plongée en explorant tranquillement les gros blocs qui se trouvent presque sous le bateau.
Mais pour une raison que nous ignorons encore, arrivés au fond nous partons à l’opposé de ce que nous avions prévu, et commençons l’exploration par les gros blocs rocheux (en bleu sur le plan de plongée)…
Nous nous trouvons bientôt dans un nuage de poissons-fourrage, des castagnoles facilement reconnaissables à leur queue semblable à celle d’une hirondelle, signe que leurs prédateurs (daurades, barracudas, dentis etc.) ne doivent pas être bien loin…

Banc de castagnoles à la Pointe du Vaisseau

Banc de castagnoles à la Pointe du Vaisseau. quelques sars à tête noire également

Et effectivement quelques mètres plus loin nous croisons deux dentis en maraude, auxquels le front bombé confère comme un air renfrogné… Leur allure est plutôt nonchalante pour le moment, mais si j’étais une de ces petites castagnolles je me méfierais quand même.

Couple de Denti à la Pointe du Vaisseau

Couple de Denti à la Pointe du Vaisseau

Nous poursuivons notre exploration en direction du Nord. Les blocs se font plus petits, mais également plus espacés, et entre ces rochers le sol est recouvert de posidonies qui servent de refuge à tout un écosystème. A voir leur densité à cet endroit, on a du mal à réaliser que ces plantes à fleurs (et non, ce ne sont pas des algues, mais bien des plantes, dont la floraison se produit entre aout et novembre) sont sur la liste des espèces protégées!

Le site regorge également de mérous, dont certains de bonne taille, qui flottent nonchalamment entre les rochers, ou bien attendent patiemment on ne sait quel évènement, posés sur le fond à moitié cachés par les posidonies.

A mi bouteille nous faisons demi tour et revenons en direction des gros blocs rocheux.
Je découvre alors le spectacle, inédit pour moi, de cette étrange créature qui ressemble à un chapelet cotonneux d’au moins 3 mètres de longueur, formé de petits corpuscules blancs, comme enfilés les uns derrière les autres à la manière d’un collier de perles. Il s’agit d’un siphonophore, probablement une apolémie (Apolemia uvaria) que l’on appelle aussi siphonophore barbelé. De la même famille que les méduses (dont elle partage d’ailleurs les mêmes propriétés urticantes, mais je ne suis pas allé le vérifier!), l’apolémie est en fait une colonie d’individus, chacun spécialisé dans une tâche prédéfinie (flottabilité, nutrition, reproduction etc.) qui flotte au gré des courants et capture ses proies (des micro organismes planctoniques) à la manière d’un filet de pèche dérivant.
Décidément la vie sous-marine n’aura jamais fini de m’étonner tant elle sait prendre des formes parfois inattendues… Et encore une fois je reste fasciné par son inventivité, ici matérialisée par la manière dont ces individus se regroupent et se spécialisent pour former en quelque sorte un super-organisme capable d’assurer sa survie, un peu comme le font les cellules, mais ici à une toute autre échelle…

L'étrange Apolemia Uvaria

L’étrange Apolemia Uvaria (Pointe du Vaisseau)

Et que dire alors des nudibranches, ces limaces de mer aux couleurs les plus vives, qui rampent sur les rochers ou dans les algues en promenant leurs longues « cornes » (les biologistes les nomment des rhinophores) ? Voici justement un beau spécimen de Cratena peregrina, une limace pèlerine, qui me permet d’inaugurer ma nouvelle lentille macro puisque ce type de bestiau ne mesure pas plus de cinq centimètres…
Je la trouve magnifique avec ses grands yeux oranges (ce sont en fait des tâches de couleurs, les yeux eux-mêmes étant minuscules) et les cérates qui recouvrent son dos et ressemblent à des petites flammes en train de danser.

Petit nudibranche (Cratena Peregrina) à la Pointe du Vaisseau

Petit nudibranche (Cratena Peregrina) à la Pointe du Vaisseau

Mais c’est déjà la fin de cette belle plongée, comme toujours beaucoup trop courte à mon goût… Il faudra décidément que je revienne ici, cette fois en essayant de respecter le plan de plongée initial afin de découvrir le reste de ce magnifique site…

Plongeur au palier (Salva) à la Pointe du Vaisseau

Plongeur au palier (Salva) à la Pointe du Vaisseau

Articles dans cette catégorie

Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

Vous aussi vous avez plongé ici ? Vous avez aimé ce site (ou pas) ? N'hésitez pas à laisser un commentaire...

Soyez le premier à commenter !

Votre commentaire

wpDiscuz
0 Partages
Partagez
Tweetez
Épinglez
+1