CHURAUMI: DES REQUINS-BALEINES DANS UN BOCAL

voyage plongée au Japon: requin-baleine dans l'aquarium de Churaumi à Okinawa
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Le nord d’Okinawa abrite Churaumi, l’un des trois plus grands aquariums au monde avec Atlanta, construit en 2005, et Singapour en 2012, tellement grand qu’il héberge même des requins-baleines…
Je ne pouvais décidément pas rater ça, et il fallait que j’aille voir de plus près, d’autant qu’après cette série de plongées au Japon, et avant de pouvoir reprendre l’avion, il faut bien occuper le temps nécessaire à notre corps pour se débarrasser de tout l’azote accumulé.

Pour plus de clarté ou de détails concernant le parcours de la visite, je vous invite à voir le plan sur le site web (en anglais) de l’aquarium.

Dés l’arrivée à Churaumi (dans le dialecte d’okinawa « Chura »=gracieux, beau et « Umi »=océan), le ton est donné avec cette énorme statue en bronze d’un requin-baleine grandeur nature qui trône devant l’entrée.

Entrée de l'aquarium de Churaumi à Okinawa (plongée japon)
Entrée de l’aquarium de Churaumi

Les aquariums de Churaumi dédiés aux récifs de corail

Une fois à l’intérieur, la visite commence par un grand aquarium dédié aux poissons tropicaux, la plupart locaux. Il y a là un joyeux charivari de formes et de couleurs, avec de gros poissons-limes, des chirurgiens, des papillons, des perroquets, des balistes, des gorettes, des mérous, des diodons, et même un énorme napoléon.
Vient ensuite un long couloir dédié d’un côté à la faune d’eau douce, de l’autre à celle des récifs coralliens. Parmi les différentes vitrines, celle dédiée aux anguilles jardinières est particulièrement intéressante, puisqu’elle permet d’observer à loisir ce curieux animal.

Anguille jardinière dans l'aquarium de Churaumi à Okinawa (plongée japon)
Anguille jardinière dans l’aquarium de Churaumi

En effet leur observation en milieu naturel est souvent rendue compliquée par leur comportement, puisque ces anguille ont la fâcheuse habitude de se rétracter dans leur trou à la moindre alerte, si bien qu’en plongée sous-marine on ne voit souvent de loin qu’une grande étendue de sable d’où elles émergent par dizaines comme des asperges, puis d’un seul coup le désert complet lorsque l’on tente de s’en rapprocher. Ici à Churaumi, la pénombre qui règne de notre côté de la vitre fait qu’elle ne peuvent pas nous voir et sont donc parfaitement indifférentes à notre présence, ce qui permet, une fois n’est pas coutume, de les observer à loisir.

Le bassin principal de Churaumi

La visite de l’aquarium de Churaumi se poursuit par le « Shark research lab », qui contient notamment la reconstitution grandeur nature d’une mâchoire de megalodon, l’ancêtre préhistorique de nos requins actuels.  Sa taille est impressionnante et ferait presque froid dans le dos…
Mais cette section a également pour vocation d’expliquer que les requins, bien loin de l’image que véhicule notre imaginaire (merci Steven Spielberg !), ne sont pas les monstres sanguinaires que l’on croit. Louable initiative alors que plus de 10 millions de requins sont encore massacrés chaque année à des fins  culinaire, ou simplement attrapés par erreur à cause de techniques de pêche inadaptées et destinées à capturer d’autres poissons! Pour étayer le propos, cette section de l’aquarium de Churaumi présente un bassin où l’on peut découvrir plusieurs espèces de requins (tigre, taureau, citron ou encore requins gris)

Puis c’est enfin le point d’orgue de la visite de Churaumi, avec l’immense bassin central: « Kuroshio sea »…
Là, au centre de la pièce quasi obscure où se trouvent les visiteurs, une immense clarté bleutée où les requins-baleines évoluent majestueusement en compagnie d’autres espèces, faisant inlassablement le tour de l’immense bassin…

Requin-baleine dans l'aquarium de Churaumi à Okinawa (plongée japon)
Requins-baleines dans l’aquarium de Churaumi

La vie est décidément pleine de surprise, et lorsque je terminais il y a quelques mois mon article sur l’ile de Holbox en me promettant de revoir bientôt les requins-baleines, j’étais loin de m’imaginer que ce serait dans de telles circonstances, c’est à dire derrière la vitre d’un aquarium !

Cette vitre est d’ailleurs immense (22,5 mètres de large pour 8,2 mètres de hauteur), ce qui a pour effet d’immerger le spectateur dans l’ambiance, comme s’il était lui-même dans le bassin en train d’évoluer au milieu de ces géants. Le spectacle est impressionnant tant les animaux passent à quelques mètres à peine des visiteurs, tout juste séparés d’eux par  60 centimètres de plexiglass. On a presque l’impression qu’il suffirait de tendre le bras pour les toucher!
Cette scénographie donne des conditions idéales pour observer de près les trois requins-baleines qui s’y trouvent: 2 femelles de 7,5m et un mâle de 8,5m.

Requin-baleine dans l'aquarium de Churaumi à Okinawa (plongée japon)
Requin-baleine dans l’aquarium de Churaumi. Tellement proche qu’on aurait presque l’impression de pouvoir le toucher…

Malgré la beauté de ce spectacle, je ne peux m’empêcher, comme à chaque fois que je suis face à un animal en captivité, de m’interroger sur le bien fondé de la démarche, ainsi que sur les conditions de cette captivité.

Le réservoir de Churaumi mesure 35 mètres par 27, et contient 7500 mètres cubes d’eau. C’est immense, bien sûr, mais est-ce suffisant pour des animaux de cette taille? Jinta, le mâle, est âgé de 30 ans et vit dans cet aquarium depuis déjà un peu plus de 20 ans. Il y a été transporté en mars 1995 ce qui constitue le record de longévité pour cette espèce. Combien de centaines de milliers de fois en a t’il déjà fait le tour ?
Et sachant que l’espérance de vie d’un requin-baleine est d’environ 130 années, cela signifie qu’il lui reste une centaine d’année à tourner inlassablement en rond, sans autre horizon que cette vitre de plexiglass derrière laquelle vont se succéder des générations entières de visiteurs. Jinta a déjà probablement défilé devant certains parents des gamins qui sont là aujourd’hui, lorsqu’ils étaient eux mêmes des enfants, et il défilera encore probablement devant les petits enfants et arrière petits enfants de ces mêmes gamins…

Bien sûr je comprends les vertus pédagogiques d’un tel spectacle, car qui aurait envie de massacrer des animaux d’une telle beauté après les avoir vu ainsi évoluer avec tant de grâce ? Je sais aussi que certaines espèces auraient aujourd’hui totalement disparu de la surface de notre planète si elles n’avaient pas été préservées en captivité. Alors oui Jinta et ses deux consœurs sont probablement le prix à payer pour que tous les autres requins-baleines du monde continuent de pouvoir exister, mais il n’empêche qu’en voyant ces magnifiques géants, taillés pour parcourir l’immensité des océans, réduits à tourner en rond dans ce qui, toute proportion gardée, constitue l’équivalent d’un bocal pour un poisson rouge, je ne peux m’empêcher de ressentir pour eux une grande amertume et une immense tristesse…

Requin-baleine dans l'aquarium de Churaumi à Okinawa (plongée japon)
Requin-baleine dans l’aquarium de Churaumi

Parmi les nombreuses autres espèces qui évoluent dans ce bassin, et même s’il est vrai que les requins-baleines leur volent la vedette, il faut également mentionner les dauphins (Stenella attenuata), les requins-marteaux (Sphyma lewini), mais également les nombreuses espèces de raies: raies aigles léopard (Aetobatus narinari), raies alvéolées (Himantura uarnak), raies guitares (Rhynchobatus djiddensis) – que les japonais classent parmi les requins, mais aussi et surtout les splendides raies manta.
Il s’agit ici de Manta alfredi,  qui diffère de la manta classique (Manta birostris) par sa taille, légèrement plus petite (3,5 m contre 4 à 5 mètres), mais également par sa coloration. A la différence des autres manta, Manta alfredi est une espèce plutôt sédentaire, ce qui me fait relativiser quelque peu le caractère carcéral de leur présence ici, d’autant qu’elle sont extrêmement bien traitées, comme en témoigne la prouesse réalisée par l’aquarium de Churaumi qui été le premier à réussir leur reproduction en captivité.

Raie-Manta dans l'aquarium de Churaumi à Okinawa (plongée japon)
Raie-Manta dans l’aquarium de Churaumi

Les autres aquariums de Churaumi

La visite de l’aquarium de Churaumi se poursuit ensuite avec une section dédiée aux créatures des profondeurs, regroupant une bonne soixantaine d’espèces qui évoluent généralement au delà de 200 mètres, et que par conséquent nous autres plongeurs n’avons que peu de chances de croiser un jour, ce qui rend cette partie de la visite particulièrement intéressante et enrichissante. Parmi ces espèces le curieux black snoek (je n’ai pas réussi à trouver son nom français, mais son nom exact est Thyrsitoides marleyi) qui est la parfaite incarnation de ce que l’on pourrait imaginer du croisement entre un barracuda et un maquereau.
Mais j’ai également particulièrement remarqué le requin scie japonais (Pristiophorus japonicus), le requin salamandre (Parmaturus pilosus apparemment encore assez peu connu), ou encore ce crabe des profondeurs qui se promène avec ces drôles de boules sur le dos. Pour certaines de ces espèces profondes, c’est le seul endroit au monde où elles sont visibles…

Crabe des profondeurs dans l'aquarium de Churaumi à Okinawa (plongée japon)
Crabe des profondeurs dans l’aquarium de Churaumi

En sortant, de l’aquarium, sur la gauche, se trouve également une salle peu fréquentée qu’il faut pourtant absolument aller visiter.
Outre les expositions pédagogiques expliquant le fonctionnement de la queue des requins (balayage latéral) versus celui des cétacés (balayage vertical), la salle contient également les restes, conservés dans du formol, d’un requin grande gueule (Megachasma pelagios).
Il s’agit d’une espèce extrêmement rare dont on a recensé seulement 58 individus depuis sa découverte relativement récente en 1976, et dont on ne sait encore aujourd’hui que relativement peu de choses…

Requin grande gueule de l'aquarium de Churaumi à Okinawa (plongée japon)
Requin grande gueule de l’aquarium de Churaumi
Informations sur le requin grande-gueule de Churaumi à Okinawa (plongée japon)
Informations sur le requin grande-gueule de Churaumi

A l’extérieur de l’aquarium, le site de Churaumi comporte encore trois autres espaces:

Le premier héberge quelques lamantins des caraïbes (Trichechus manatus), les plus grands représentants du genre des siréniens, cadeaux du président du Mexique en 1978 et qui se sont depuis reproduits.
Le second est un bassin aux tortues qui permet d’observer et de comparer cinq espèces différentes: tortue verte (Chelonia mydas), tortue caouanne (Caretta caretta), tortue verte des galapagos (Chelonia agassizii), désormais classée dans un genre différent de la tortue verte, tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata), et tortue de Kemp (Lepidochelys kempii)
Quant au troisième, il s’agit d’un bassin aux dauphins, qui offre aux spectateurs un show à intervalles réguliers… Je ne m’étendrai pas sur ce que je pense de ce type de delphinarium…

Dogongs dans l'aquarium de Churaumi à Okinawa (plongée japon)
Lamantins dans l’aquarium de Churaumi

Au delà des réserves habituelles par rapport aux endroits qui maintiennent en captivité des animaux, l’aquarium de Churaumi reste une visite incontournable pour tout passionné des océans qui serait de passage à Okinawa, qu’il soit totalement néophyte ou bien déjà spécialiste de la biologie marine. Si certaines sections de l’aquarium, comme le bassin du récif corallien par exemple, ne vont certainement pas passionner outre mesure un plongeur chevronné qui aura déjà vu évoluer toutes ces espèces en milieu naturel, d’autres sections en revanche offrent un spectacle beaucoup plus inhabituel et enrichissant pour nous, comme c’est le cas avec la section dédiée aux espèces profondes, ou encore celle présentant le rarissime requin grande gueule.
Quant au bassin géant contenant les raies manta et les requins-baleines, il reste un émerveillement pour les yeux, que l’on ait 7 ou 77 ans, et même si nous autres plongeurs avons parfois la chance (trop rare malheureusement) de ces petits instants magiques où nous croisons ces fabuleux animaux en totale liberté, ce n’est jamais dans les conditions d’observation détaillée qui nous sont proposées ici.

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées.

Ma plus belle plongée ? J'espère bien la prochaine...

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