OKINAWA – DREAM HOLE: UN TROU EN PLEIN NULLE PART

Plongée au Japon: Poisson-clown dans son anémone sur le site de plongée sous-marine de Dream Hole à Okinawa
Share

Pour cette première plongée au Japon, je m’attaque au Dream Hole de Manza, qui, comme son nom le laisse aisément supposer, n’est pas une plongée sous-marine en pleine eau. Il s’agit d’une cheminée qui s’enfonce dans les entrailles de la terre puisqu’elle se parcourt du haut vers le bas. J’ai hâte de découvrir ça…

Notre bateau quitte la petite marina d’Onna, sur la côte ouest d’Okinawa, et après seulement quelques minutes de navigation s’arrête pour jeter l’ancre au beau milieu de nulle part.
Aujourd’hui je plonge avec Magie, une chinoise de Hong Kong qui nous sert de guide, et Jack, un autre client du dive shop.

Carte de DreamHole
Carte de DreamHole

Avec Jack nous sommes les seuls occidentaux à bord. Il y a quelques chinois, mais surtout beaucoup de japonais, et avec mon petit appareil photo compact, je me sens bien seul au milieu de leurs énormes boîtiers reflex aux bras démesurés. Plonger au Japon avec un compact, c’est un peu la même sensation que de débarquer avec une 2 chevaux dans un parking rempli de Ferrari…

Depuis sa plongée précédente, Jack a une douleur aux sinus, et il décide, sagement, de ne pas plonger trop profond, ce qui est dommage sur ce site puisque cela interdit l’accès au Dream hole. Heureusement je parviens à négocier et à me greffer sur une palanquée de plongeurs chinois, ce qui me permettra tout de même de découvrir ce fameux site, puis je retrouverai Jack et Magie a la sortie du Dream hole pour effectuer le reste de la plongée avec eux.

Une bascule arrière m’amène dans l’eau, et je m’immerge rapidement afin d’échapper au courant de surface, pas vraiment violent, mais tout de même suffisant pour m’éloigner du bateau, et je n’ai pas envie de palmer inutilement pour me maintenir à sa hauteur, au risque que cet effort ne provoque un essoufflement avant même que je ne sois sous l’eau.
Je  me trouve juste au dessus d’un gros plateau rocheux situé vers 5 mètres de profondeur, et là, à quelques mètres de ce qui ressemble à un tombant abrupte, un trou, ou plutôt une grosse fissure, se dessine dans le sol: le fameux Dream hole..

La cheminée et la grotte du Dream Hole

Faute de briefing préparatoire, je ne sais pas bien à quoi m’attendre, mais je m’y engouffre la tête la première en suivant ma palanquée de chinois. Comme je le découvre vite, la cheminée est vraiment abrupte, et m’entraîne rapidement vers les profondeurs. Je préfère ne pas allumer ma lampe afin de profiter au maximum de l’ambiance… et de l’adrénaline… Je m’enfonce dans les ténèbres au fur et à mesure que la lumière diminue derrière moi. Je sens par moment l’une ou l’autre de mes épaules toucher la paroi. Cette fissure n’est décidément pas bien large, et j’espère que la voie est dégagée devant moi parcequ’il me serait impossible, faute de place, de me retourner… C’est un aller simple sans retour possible, sauf à remonter pieds devant et tête en bas a l’aide de la stab… Autrement dit un exercice quasi impossible au niveau de l’équilibrage…

J’arrive finalement sans encombre au fond de la cheminée où je trouve une petite cavité de 3m de diamètre, sur un fond de sable, qui permet enfin de reprendre une position horizontale. Mon ordinateur de plongée indique 25,8 mètres de profondeur.
Au fond de cette cavité, un petit passage laisse entrevoir la lueur bleutée et encore diffuse d’une ouverture. Le passage est si étroit que je dois littéralement me plaquer au sol pour le franchir, entendant parfois la bouteille dans mon dos racler contre le plafond. L’autre côté de ce passage ressemble à une grotte tout ce qu’il y a de plus classique, mais dans laquelle on serait entrés par le fond. De dimension assez grande (environ 5m de large sur 10m de long et autant en hauteur), elle laisse apparaître une immense ouverture sur la pleine eau, d’un bleu aussi profond qu’inattendu après la noirceur des ténèbres que je viens de traverser. Et devant cette ouverture, se déploie un rideau de minuscules poissons dont la densité la masque presque totalement.

plongée Japon-Okinawa dream hole
Okinawa dream hole

A chaque passage d’un plongeur, le rideau se déchire un instant, puis il se reforme presque aussitôt, comme si ces poissons avaient reçu un ordre secret leur donnant pour mission de cacher les mystères de cette grotte. Je commence à comprendre pourquoi on appelle cet endroit le Dream hole…
Plaqué au fond pour éviter tout mouvement et ainsi économiser mon air, je laisse patiemment passer la palanquée de chinois, assistant à leurs facéties photographiques destinées à immortaliser la scène, puis je m’avance a mon tour.

plongée Japon-La grotte d'Okinawa dream hole
La grotte d’Okinawa dream hole

Comme pour les autres avant moi, les poissons s’écartent lentement sur mon passage, puis viennent aussitôt reprendre leur place immuable et probablement éternelle, pour une raison qu’ils sont seuls à connaître, mais qui doit sûrement avoir son importance…

La grotte débouche en plein milieu du tombant, toujours vers les 25 mètres de profondeur, et le mur semble encore se prolonger d’autant vers le bas. Mais je suis sur une plongée au nitrox, et de telles profondeurs me sont interdites… 1

Le tombant du Dream hole

Comme convenu  Magie m’attend à l’extérieur du Dream hole, Jack une bonne dizaine de mètres au dessus d’elle, et nous partons a l’exploration du tombant, à main droite, en remontant un peu afin de reformer la palanquée.
Le mur grouille d’une faune riche et abondante qui le pare de mille couleurs avec notamment des gorgones aux dimensions impressionnantes, ainsi que de nombreuses comatules d’un vert/jaune quasi fluorescent qui éclaire le paysage.

plongée Japon-Gorgone géante sur le tombant d'Okinawa dream hole
Gorgone géante sur le tombant d’Okinawa dream hole

Je m’en donne à cœur joie au niveau de la photo en macro avec plusieurs espèces de nudibranches, mais il y a également de nombreuses variétés d’échinodermes aux formes et aux couleurs les plus improbables, ainsi que des poissons-scorpions parfaitement immobiles et invisibles tant ils se confondent avec leur environnement, et puis bien sûr toute la faune traditionnelle de l’indo-pacifique: poissons-clowns oranges ou jaunes, bien planqués dans leur anémone, perroquets, petits balistes, murènes léopard, holothurie verte etc.

Plongée Japon - Holothurie verte à Okinawa dream hole
Holothurie verte à Okinawa dream hole

En évoluant entre 15 et 20 m de profondeur, nous arrivons ainsi au coin du tombant de Dream hole, qui forme ici une sorte de pointe, et nous continuons à le longer à main droite, en revenant donc grosso modo en direction de l’ancrage du bateau. Mais de ce côté, le courant, que nous prenons pleine face, est si violent qu’il nous est difficile de progresser. Nous continuons malgré tout ainsi quelques minutes avant de remonter sur le haut du plateau rocheux, et de couper en ligne droite  vers le bateau.

plongée Japon-Murène léopard à Okinawa dream hole
Murène léopard à Okinawa dream hole

Le plateau corallien du Dream hole

Le paysage y est moins spectaculaire car moins vertigineux que le tombant, mais tout aussi riche, sinon plus, en faune locale. Nous ne sommes plus qu’a 6 ou 7m de profondeur, ce qui nous fait décompresser lentement et de manière plus agréable que lors d’un palier en pleine eau, mais surtout la faible profondeur permet aux rayons du soleil de se glisser jusqu’ici redonnant presque à notre vision son aspect habituel et naturel 2

Les couleurs éclatent, permettant d’admirer les magnifiques chairs bleues de ce bénitier géant avant qu’il ne se referme…

plongée Japon-Bénitier géant bleu à Okinawa Dream Hole
Bénitier géant bleu à Okinawa Dream Hole

Je croise également cette association improbable d’un poisson-lapin tacheté (Siganus corallinus) et d’un poisson-trompette (Aulostomus chinensis), tous deux du même jaune vif, mais tellement opposés dans leur forme que je baptiserai aussitôt ces deux inséparables compères Laurel et Hardy…

Plongée Japon - Laurel et Hardy... (Poisson lapin et poisson trompette jaunes à Dream Hole)
Laurel et Hardy… (Poisson lapin et poisson trompette jaunes à Dream Hole)

Pour l’anecdote, cette association n’est pas aussi improbable qu’il n’y parait de prime abord, puisqu’elle correspond en fait à l’une des techniques de chasse préférées du poisson-trompette. Ce dernier, vu son physique, ne peut pas vraiment compter sur ses capacités de nageur pour capturer ses proies (petits poissons ou crustacés), et il a donc développé une technique particulière qui consiste à se mêler à d’autres poissons, plus gros et idéalement inoffensifs (herbivores) pour ses propres cibles, afin de les approcher le plus discrètement possible et de les surprendre. Le poisson lapin tacheté, de même couleur que lui dans cette région du globe qu’est la mer de Chine, constitue l’un de ses acolytes favoris…

Aux alentour de la faille du Dream hole dans laquelle je me suis glissé au début de cette plongée, tout plein de petites colonnes de bulles d’air émergent du sol. Il s’agit probablement de l’air que nous avons rejeté lorsque nous étions dans la grotte, et qui petit à petit est parvenu à se glisser par des micro fissures jusqu’au dessus du plateau, avant de filer vers la surface. Toujours est il que certains poissons semblent apprécier, et se vautrent juste dans ces colonnes de bulles. Qui a dit que le jacuzzi était réservé aux humains?

Plongée Japon - Poisson papillon pyramide au jacuzzi (Dream Hole)
Poisson papillon pyramide au jacuzzi (Dream Hole)

Je remonte finalement à la surface après 44 minutes d’une très belle plongée sur ce spot de Dream Hole, agréable mais également extrêmement complète puisqu’elle permet d’enchaîner dans une même immersion l’adrénaline d’une descente de cheminée, la beauté jamais lassante du clair-obscur d’une grotte sous-marine, le vertige d’un magnifique tombant de 50 mètres, et enfin l’exploration d’un plateau corallien extrêmement riche en couleurs et en faune de toute sorte.

Poissons papillons cochers à Dream Hole-Gilles Auroux
Poissons papillons cochers à Dream Hole
plongée Japon-Poissons-clowns dans leur anémone à Okinawa dream hole
Poissons-clowns dans leur anémone à Okinawa dream hole
  1. Note pour les non plongeurs: l’air ambiant est composé grossi modo à 21% d’oxygène et 78% d’azote. Le nitrox est un mélange enrichi en oxygène, dans mon cas a 32%, ce qui évite à trop d’azote de se diluer dans le sang et permet donc de faciliter la récupération. L’inconvénient de tels mélanges est que l’oxygène devient toxique au delà d’une certaine concentration (en plongée la limite est fixée à 1,6 bar de pression partielle), ce qui interdit de dépasser certaines profondeurs pour ne pas se retrouver dans ce cas de figure. Voir pour plus de précisions les lois chimiques qui régissent ce phénomène.
  2. note pour les non plongeurs: en raison d’un phénomène lié à l’absorption et la diffraction des rayons lumineux par l’eau, l’intégralité du spectre n’arrive pas à toutes les profondeurs, et certaines couleurs disparaissent: d’abord le rouge des 5-7m, puis le orange vers 12m, le jaune vers 20m etc… Jusqu’à ce qu’il ne reste rapidement plus que du bleu et du vert, puis uniquement du bleu à partir de 60m, et au delà de 400m vient le noir absolu.

Articles dans cette catégorie

Share
Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées.

Ma plus belle plongée ? J'espère bien la prochaine...

Et si vous laissiez un commentaire ? (votre adresse mail ne sera pas publiée)