OKINAWA – LE TOMBANT DE HORSESHOE…

plongée au Japon: Poulpe caché dans un rocher sur le site de plongée sous-marine de Horseshoe, à Okinawa
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Horseshoe (le fer à cheval) est un petit bout de côte sauvage situé sur la côte Ouest d’Okinawa au Japon, et mon excitation est à son comble puisque ce site de plongée sous-marine est réputé pour la présence de requins, et cela commence a faire pas mal de temps que je n’ai pas croisé mes copains, plus exactement depuis l’automne dernier et mes plongées à l’ile Maurice (voir l’article « dans l’arène aux requins « ), en dehors des quelques requins-nourrices plutôt indolents aperçus cet été au Mexique

Horseshoe se trouve sur le cap de Manzamo, juste au dessus de la petite ville d’Onna, et on peut accéder au site directement depuis le rivage (depuis Manzamo point, il y a une petite route qui mène au parking de Toilet Bowl – j’adore la « poésie » des marines américains – puis un petit chemin qui conduit à la plage d’Horseshoe. Pour les anglophones, voici le lien sur le site de l’US Marine Corp). On peut également y accéder en bateau, avec deux variantes possibles : une plongée d’exploration classique ou une plongée dérivante.

Carte de Horseshoe
Carte de Horseshoe

Plongée dérivante à Horseshoe

A cet endroit d’Okinawa la côte dessine un petit cap qui s’enfonce dans la mer de Chine, et le rivage tourmenté témoigne des assauts répétés des vagues. La falaise, haute de 5 à 10 mètres, semble complètement rongée a sa base et forme comme un surplomb qui courre tout le long du cap de Manzamo. Depuis le haut de cette falaise, recouverte d’une pelouse naturelle qui contraste avec le bleu de la mer, on peut admirer l’océan qui s’étend à perte de vue. Le panorama est splendide, et fait de ce lieu une étape incontournable lors d’une visite de l’île.

Horseshoe, près du cap de Manzamo (plongée japon)
Horseshoe, près du cap de Manzamo

L’endroit est déjà magnifique et sauvage lorsqu’on l’approche par la mer, mais il l’est encore plus sous la surface, puisque la falaise se prolonge en un long tombant vertical qui descend jusqu’à une profondeur d’un peu plus de 40 mètres. C’est ce mur que je vais explorer aujourd’hui.

A peine le bateau a t’il quitté la marina d’Onna que Mike (mon guide du jour) et moi commençons à nous équiper en vitesse. Quelques petites minutes de navigation plus tard nous arrivons en effet devant Toilet bowl, où le bateau marque une courte pause à une dizaine de mètres du rivage, juste le temps de nous larguer en mode commando avant de poursuivre sa route. Il ira s’ancrer un peu plus loin, de l’autre côté de la pointe, pour nous attendre. Le courant est assez violent à cet endroit, et il commence déjà à nous entrainer, aussi nous immergeons nous rapidement pour descendre jusque vers 18-20 mètres.

Nous longeons le mur à main gauche tandis qu’à notre droite c’est le bleu profond, d’où nous nous attendons à voir surgir à tout instant les requins. La visibilité n’est pas exceptionnelle, aussi ne devrions nous les apercevoir qu’au tout dernier moment. En attendant je laisse Mike faire le guet vers le large, tandis que je m’intéresse aux anfractuosités du tombant. Après tout c’est son boulot de guide, et il me préviendra lorsque les requins seront là…
Et je me régale tant le mur regorge de nudibranches de couleurs et de formes différentes…

Au beau milieu du parcours, nous arrivons à un endroit où le mur, à mi profondeur (environ 20 mètres donc), présente un large surplomb. Nous sommes juste sous la pointe, à l’endroit où sont censés se trouver les requins, et ce surplomb est l’endroit idéal pour les attendre à l’abri du courant. Nous poireauterons ainsi 5 bonnes minutes sans qu’ils ne se montrent, avant de nous décider à reprendre notre exploration. Bien nous en prend puisque quelques mètres plus loin, nous tombons sur un énorme poulpe. Peureux, il tente de se cacher dans les rochers, mais nous restons un long moment à l’observer avant de repartir.

Poulpe caché dans un rocher à Horseshoe (plongée japon)
Poulpe caché dans un rocher à Horseshoe

Nous commençons à remonter et arrivons bientôt sur un petit plateau corallien situé à 6 mètres de profondeur. Nous y passerons quasiment dix bonnes minutes, ce qui nous permet d’effectuer notre palier de sécurité de très agréable manière, tout en poursuivant notre exploration. Je découvre ainsi ces drôles d’étoiles de mer : l’une totalement ronde comme une boule (une étoile coussin, probablement Culcita novaguinae ?) et l’autre plutôt dodue (Choriaster granulatus ?) dont les bras ressemblent à de gros boudins blancs (voir d’autres photos de ce type dans la galerie créative).  Si un spécialiste des astéridés passe par là, merci de laisser un petit commentaire pour nous éclairer….

Étoile coussin granuleuse (Choriaster granulatus) à Horseshoe (plongée japon)
Étoile coussin granuleuse (Choriaster granulatus) à Horseshoe
Étoile coussin (Culcita novaeguineae) à Horseshoe (plongée japon)
Étoile coussin (Culcita novaeguineae) à Horseshoe

Plongée classique à Horseshoe

Pour cette nouvelle plongée sur Horseshoe, 2 jours après la précédente, je suis avec Magie, ma guide, et Jack, un autre client du dive shop. Cette fois nous nous mettons à l’eau depuis le mouillage (le bateau a jeté l’ancre au niveau de la « plage » de Horseshoe, juste au dessus d’un plateau corallien situé à 6 mètres de profondeur).
Nous allons rapidement jusqu’au bord du plateau, et basculons immédiatement sur le tombant pour descendre à mi-hauteur du mur (vers 20 mètres), et commencer à le longer à main droite en direction du petit cap déjà évoqué plus haut, et où cette fois j’espère bien rencontrer les requins.
A la surface, c’est un jour de pluie tropicale, apparemment assez courant à Okinawa, et je me dis que ces trombes d’eau vont peut être favoriser l’apparition de mes copains aux grandes dents. « Jour pluvieux, Requin heureux » ? on serait prêt à inventer n’importe quel proverbe, histoire d’accrocher nos espoirs à quelque chose…

En attendant se sont surtout les nudibranches qui s’en donnent à cœur joie ! Il y en a encore plus que lors de ma précédente plongée deux jours plus tôt ! c’est une explosion de couleurs et de formes: des éolidiens, des doridiens, rouges, bleus, jaunes, bariolés, et même ce magnifique Halgerda à l’immense panache branchial… Je ne sais plus où donner de la tête…
Si la pluie ne fait pas sortir les requins, il faut bien admettre qu’elle à l’air d’avoir un impact sur les nudibranches. Finalement ces limaces de mer sont bien comme leur cousines de la surface: Quelques gouttes de pluie et tout le monde est dehors…

Nudibranches à Horseshoe (plongée japon)
Nudibranches à Horseshoe (Halgerda carlsoni / Chromodoris pyjama / Chromodoris reticulata / Phyllidia varicosa / Phyllidia coelestis)

Par contre le courant est assez intense, et le tombant n’offre que peu de protection, ce qui rend les mises au point macro assez acrobatiques, sans parler de l’effort de palmage qu’il faut fournir pour avancer. Même si le retour devrait être moins fatiguant, je me dis que finalement il est peut être préférable d’effectuer cette plongée entièrement en dérivante…

Soudain je sens quelque chose me frôler dans le dos. A peine le temps de tourner la tête que je vois un long serpent effilé me passer sous le nez pour aller se poser un peu plus loin sur le rocher. J’ignorais qu’il y avait ce genre de bestiau dans les parages, et à la différence des requins, ceux là je ne les aime pas beaucoup… A ce moment là j’ignore encore à quelle espèce il appartient (il mesure environ un mètre de long et est plutôt de couleur crème avec des anneaux noirs sur tout le corps, un peu comme le célèbre tricot rayé), mais je sais que les serpents marins font régulièrement partie sur les articles Internet du top 10 des animaux marins les plus dangereux

Serpent main à tête de tortue (Horseshoe) (plongée japon)
Serpent main à tête de tortue (Horseshoe)

Une fois revenu à la surface, j’apprendrais qu’il s’agit d’un Emydocephalus annulatus, le serpent à tête de tortue, et que l’espèce, si elle est effectivement très venimeuse, n’est heureusement pas agressive vis à vis de l’homme. Magie me racontera que le seul cas d’attaque dont elle ait eu connaissance était sur un plongeur photographe muni d’un énorme dôme, dans lequel le serpent a probablement vu son reflet et a décidé d’attaquer… Pour le coup avec mon petit compact, je ne risque pas grand chose, et je laisse les serpents s’en prendre à mes amis japonais (lire l’article concernant le Dream Hole de Manza pour comprendre)

Nous arrivons bientôt au niveau du large surplomb rocheux qui marque l’emplacement de la pointe. Hélas toujours pas de requins à l’horizon… Nous les attendrons cinq bonnes minutes, en vain, avant de nous résoudre à faire demi tour… Tant pis ce sera pour une autre fois…
Je me console avec l’observation d’espèces jusqu’alors totalement inconnues pour moi, comme ce magnifique corail qui a l’air de sortir tout droit d’un jardin botanique plutôt que du fond de la mer… Avec sa forme sphérique parfaite et ses colonies de polypes qui ressemblent à des fleurs, on croirait que la nature a voulu jouer les fleuriste en confectionnant un parfait bouquet rond. Quelle merveille !

Magnifique Gonipora (variété de corail) à Horseshoe (plongée japon)
Magnifique Gonipora (variété de corail) à Horseshoe

Je pencherais pour un Goniopora, mais sans aucune certitude… Là aussi, si un spécialiste des coraux passe par là…

Après 10 minutes à suivre le tombant, cette fois à main gauche et en remontant vers les 10 mètres, nous revenons sur le plateau corallien situé sous le bateau, ou nous poursuivons notre exploration en décompressant tranquillement, ce qui me permet d’observer un diodon peu farouche.

Diodon à Horsehoe (plongée japon)
Diodon (Horsehoe)

Au final, une fois passée la légère déception de ne pas avoir aperçu les requins malgré deux plongées à cet endroit pourtant réputé pour leur présence, je repars avec le souvenir d’un magnifique tombant de plus de 40 mètres de haut, riche d’une formidable faune où se seront enchainées les découvertes d’espèces qui m’étaient jusqu’alors totalement inconnues. Une bien belle plongée donc que ce site de Horseshoe…

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées.

Ma plus belle plongée ? J'espère bien la prochaine...

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