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Pour cette nouvelle plongée au Japon, je suis sur le site de Nakayukui qui se trouve à quelques minutes à peine de navigation de la petite marina d’Onna, sur la côte Ouest d’Okinawa, et pas très loin du rivage. Il s’agit donc d’une plongée sous-marine peu profonde, sur une vaste étendue d’un sable étincelant, parsemée de longues arêtes de corail de 4 à 5 mètres de haut, dans lesquelles vit une faune assez abondante…
Avec Mike, mon guide américain (il y a beaucoup de marines US installés à Okinawa), nous nous immergeons et gagnons rapidement le fond, vers 8 mètres, avant de nous éloigner en direction du Nord-Ouest. A cet endroit il n’y a pas le moindre relief, et l’immense plateau sableux se contente de descendre lentement en direction du large.

Carte de Nakayukui

Carte de Nakayukui

Les holothuries de Nakayukui

Bien évidemment cet endroit de Nakayukui est quasiment déserte, en dehors des quelques holothuries que je croise et qui rampent sur le sable. Mais ces bestiaux sont impressionnants. Jamais je n’en ai encore rencontré d’aussi énormes: quasiment 1 mètre de long pour les plus grosses! Il s’agit d’holothuries royales (Thelenota anax), parfaitement reconnaissables à leur taille et à leur forme quadrangulaire. Il est cependant difficile de s’imaginer qu’ils appartiennent à la même famille que leurs cousins auxquels nous sommes habitués et que l’on nomme vulgairement les « les concombres de mer » (contrairement à ces derniers, l’holothurie royale n’émet cependant pas de tubes de cuvier) tant leur aspect donne plutôt l’impression qu’un savant fou aurait eu l’idée saugrenue de croiser une chenille avec un parpaing …

plongée au Japon: Holothurie royale (Thelenota anax) sur le site de plongée sous-marine de Nakayukui, à Okinawa

Holothurie royale (Thelenota anax) de près de 90cm à Nakayukui

Je continue de descendre lentement en suivant le relief, et j’atteins bientôt les 25m de profondeur, à proximité de ce qui constitue surement les vestiges d’un vieux système de pêche: plusieurs pieux fichés dans le sol auxquels sont accrochés des cordages et des restes de bouées, le tout formant comme une petite oasis au beau milieu de ce désert de sable. Ce petit écosystème sert visiblement de refuge à pas mal de monde, dans un de ces curieux paradoxes dont la nature à le secret, puisque ces mêmes instruments qui jadis servaient à capturer les poissons assurent aujourd’hui leur protection. J’y croise notamment plusieurs diodons, visiblement peu farouches puisqu’ils semblent prendre plaisir à poser pour mon objectif (voir photo à la une).

Plongeur devant un filet de pêche immergé à Nakanayuki (plongée japon)

Plongeur devant un filet de pêche immergé à Nakayukui

Les barres de corail de Nakayukui

Nous rebroussons bientôt chemin pour revenir en direction du rivage, cette fois en passant par les arêtes de corail que j’explore avec attention. Sans être extrêmement dense, la faune à cet endroit du site de Nakayukui y est intéressante, comme par exemple ce poisson clown à collier, caché dans l’anémone qui lui sert d’abri, et de couleur bien plus pâle que son célèbre cousin Némo, la superstar des films de Disney…

Poisson clown à collier (Amphiprion perideraion) dans son anémone

Poisson clown à collier (Amphiprion perideraion) dans son anémone

Et bien sûr, comme dans à peu près toutes les mers du monde, en cherchant un peu on finit par dénicher quelques nudibranches. Ici probablement une Phylidia varicosa en ballade …

Phyllidia varisosa ? à Nakanayuki (plongée japon)

Phyllidia (varicosa ?) à Nakayukui

Et puis il y a aussi cette magnifique sabelle. Devant tant de grâce et de légèreté, difficile pour les terriens d’imaginer qu’il s’agit en fait d’un ver… Je reste pour ma part a chaque fois subjugué par la beauté de ces animaux, dont la couronne branchiale flotte dans le courant comme des plumes dans le vent, laissant jouer la lumière au travers pour venir poser une ombre délicate sur le corail qui lui sert de support.

Sabelle paon (Sabella pavonina) à Nakanayuki (plongée japon)

Sabelle paon (Sabella pavonina) à Nakayukui

La crevette-Mante de Nakayukui

Et enfin je vais croiser la star de cette plongée à Nakayukui: la crevette-mante (Odontodactylus scyllarus), également appelée « squille ». Il s’agit de ma première rencontre avec ce petit monstre (son agressivité ferait passer les plus grands prédateurs de la planète pour de gentils Bisounours…), mais je dois avouer que je suis tombé sous le charme d’une telle perfection de la nature…

Comme son nom le laisse aisément supposer, son apparence physique générale ressemble parfaitement à l’idée que l’on pourrait se faire du résultat de l’accouplement d’une mante religieuse avec une grosse crevette, ou plutôt avec une langouste !
L’animal n’est pas bien gros donc, de 15 à 20 centimètres environ, mais c’est pourtant un prédateur fabuleux, doté à la fois d’une vision exceptionnelle et d’une rapidité foudroyante…
Les yeux de la squille tout d’abord, sont probablement les plus perfectionnés de tout le règne animal. Indépendants l’un de l’autre, ils lui confèrent une vision à 360°, et surtout chaque œil permet de trianguler les objets pour en donner une représentation en relief qui lui donne une précision redoutable lors de ses attaques.

Mantis shrimp, le croisement de la crevette et de la mante religieuse (Nakayukui)

Mantis shrimp, le croisement de la crevette et de la mante religieuse (Nakayukui)

Mais ces yeux lui apportent également une phénoménale capacité à voir les couleurs (jusqu’à l’ultraviolet) puisqu’ils possèdent de 12 à 16 photopigments selon les espèces, là où l’œil humain en dispose seulement de 3 !
Quant-a leur frappe, elle est tout simplement la plus rapide qui puisse exister (proche de l’accélération d’une balle de revolver) et délivre une force capable de briser aisément les coquilles les plus dures. Sa puissance est telle qu’elle en fait bouillir l’eau par un phénomène de cavitation 1 et va jusqu’à provoquer un flash de chaleur et de lumière, ainsi qu’une terrible onde de choc…
Bref, un véritable concentré de technologie qui fait de la crevette-mante un prédateur aussi élaboré, sinon plus, que le requin !
On ne peut donc que remercier la nature d’avoir conçu la crevette-mante dans un modèle aussi réduit, parceque je n’ose pas imaginer de quoi l’animal serait capable s’il mesurait quelques mètres de plus… D’ailleurs l’un de ses noms anglais « thumb splitters » laisse parfaitement imaginer de quoi il est déjà capable malgré sa taille vis à vis des plongeurs imprudents qui lui tendraient la main…

Quoi qu’il en soit j’invite fortement ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur cet animal fascinant à bien des points de vue, à visionner le Ted talk de la biologiste Sheila Patek (en français) qui a fait une étude remarquable sur le sujet et explique de manière très détaillée les différents mécanismes anatomiques mis en œuvre. C’est passionnant…

Qui a dit qu’il était nécessaire de plonger profond pour voir des merveilles ?

Mike et moi continuons ainsi à déambuler tranquillement sur le site de Nakayukui, navigant de barre rocheuse en barre rocheuse, à faible profondeur (entre 6 et 8 m) ce qui nous permet de désaturer tranquillement tout en poursuivant notre exploration. J’aurais la chance de croiser une seconde crevette-mante, ainsi que de nombreux poissons-clowns, avant de retourner bien à regret vers la surface au bout d’une belle plongée de 46 minutes.
Au final Nakayukui est un site qui a première vue ne paye pas de mine (une grande étendue de sable parsemée de quelques barres de corail pas forcément jolies), mais qui pourtant recèle bien des trésors pour celui qui se donne la peine de les chercher. Il restera surtout pour moi celui de ma première rencontre avec la fascinante crevette-mante…

  1. Le phénomène de cavitation se produit lorsqu’un liquide est accéléré à grande vitesse, faisant ainsi baisser sa pression (Principe de Bernoulli). Quand cette pression chute au-dessous de la pression de vaporisation du liquide, il se vaporise et forme de petites bulles de vapeur d’eau

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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