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Assez bizarrement, le site de Sunashi me fait immédiatement penser à New-York…
Pour un peu on se croirait à une séance de lèche-vitrines sur la 5ème avenue, la foule et les voitures en moins puisque l’endroit est quasiment désert… Le site se présente sous la forme d’une vaste plaine sablonneuse, jalonnée de grands murs de corail presque parallèles, qui tracent comme des avenues à travers lesquelles je déambule, m’arrêtant à chaque « bloc » pour observer et photographier la faune qui niche dans les anfractuosités.
Sunashi se situe non loin de Nakayukui, où j’avais fait quelques jours auparavant une très belle plongée pleine de créatures surprenantes (voir l’article), et les topographies des deux sites partagent pas mal de similitudes, notamment cette plaine sablonneuse qui courre vers le large, entrecoupée d’arêtes de corail qui viennent en rompre la monotonie, et qui sont disposées de manière beaucoup plus régulière ici à Sunashi. Une telle symétrie est d’ailleurs étonnante de la part de la nature qui nous a habitué à des formes plus incongrues…

Carte de Sunashi

Carte de Sunashi

Les nudibranches de Sunashi

Après quelques petites minutes de navigation depuis la marina d’Onna, me voici donc sur place pour cette dernière plongée au Japon, et je m’immerge rapidement pour gagner immédiatement le fond de sable vers 9 mètres de profondeur. Avec Maggie, mon guide, nous nous engageons dans la première artère en face de nous, délimitée de chaque côté par ces grands murs de coraux, et nous commençons notre exploration en direction du Nord.

Sunashi regorge de nudibranches (de la même manière qu’à Horseshoe, est-ce le temps pluvieux qui les fait sortir comme leurs cousins terrestres ?) et je ne sais plus où donner de l’objectif…

En voici quelques exemples, dont ce Chromodoris pallida que je n’avais encore jamais eu l’occasion de rencontrer. Il est de toute beauté dans sa robe d’un blanc immaculé, bordée d’un fin liseré jaune qui souligne sa silhouette. Les circonvolutions de ce liseré me font tout à fait penser à une robe de feria andalouse…

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plongée japon - Nudibranche blanc à Sunashi

Nudibranche (Chromodoris pallida) à Sunashi

Nettement moins sexy que ma belle gitane précédente avec ses boursouflures qui ressemblent à de grosses verrues, voici une Phyllidie pourtant qualifiée d’élégante par les biologistes (Phyllidia elegans)… comme quoi la notion d’élégance est totalement subjective, ou alors les biologistes (en l’occurrence le très austère Rudolph Bergh en 1869) ont un sens de l’humour que je ne soupçonnais pas jusqu’à présent…

plongée japon-Nudibranche (Phyllidia elegans) à Sunashi

Nudibranche (Phyllidia elegans) à Sunashi

Et vient enfin cette Phyllidie céleste (Phyllidia coelestis), dont la texture en gros plan ferait presque penser à une improbable barbe à papa toute bleue. Est-ce cette apparente légèreté, comme celle d’un nuage, qui lui a valu son nom ?

plongée japon-Nudibranche (Phyllidia coelestis) à Sunashi

Nudibranche (Phyllidia coelestis) à Sunashi

Au fur et à mesure de ma progression, le plateau sableux du site de Sunashi continue de s’enfoncer doucement en direction du large: 13 mètres de profondeur, puis bientôt 16 lorsque nous atteignons l’extrémité de notre arête corallienne. Nous nous engageons dans la suivante, cette fois dans le sens du retour.
De temps en temps un serpent marin plonge de la surface où il était parti respirer quelques instants, avant de regagner le fond à la recherche de quelque proie. Leur spectacle est toujours impressionnant, et j’en profite pour observer leur style natatoire. A la différence de leurs cousins terriens, l’extrémité de leur queue est dotée d’un appendice vertical et plat qu’ils utilisent à la manière d’une godille, et ce style de propulsion est plutôt efficace vu la rapidité avec laquelle ils avancent…

plongée japon-Serpent marin à Sunashi

Serpent marin à Sunashi

Les découvertes de Sunashi

Un peu plus loin, sous un surplomb, je découvre un étrange assemblage… Cela ressemble à des gros œufs tout blancs, presque translucides, agglomérés les uns aux autres pour former une sphère d’une bonne soixantaine de centimètres de diamètre…

plongée japon-Corail bulles à Sunashi

Corail bulle à Sunashi

Aussi improbable que cela puisse paraitre, il s’agit d’une espèce de corail, et qui plus est d’un corail dur : le corail-bulles (Plerogyra sinuosa)
Pendant la journée les vésicules se remplissent de gaz qui les font grossir avec cette forme ovoïde. Ces mêmes vésicules contiennent de petites algues, les zooxanthelles, avec lesquelles le corail-bulle vit en symbiose, et qui, par le mécanisme de la photosynthèse, produisent la matière organique dont il se nourrit. La nuit, lorsqu’il n’y a plus de lumière, et donc plus de photosynthèse possible, les vésicules se dégonflent et se sont alors les polypes du corail, munis de cellules venimeuses, les cnidocytes, qui entrent en action pour capturer des micro-organismes planctoniques.
Nous sommes donc en présence d’un animal qui se nourrit à la fois par photosynthèse, comme les plantes, mais aussi capable de chasser les proies qui passent à sa porté !
Une nouvelle fois je reste fasciné par les merveilles de ce monde sous-marin, et par l’ingéniosité de la nature lorsqu’il s’agit d’imaginer des dispositifs capables de permettre la vie dans les endroits les plus hostiles…

Et bien sûr cette plongée à Sunashi n’aurait pas été complète sans son poisson-clown, ici probablement un Amphiprion clarkii dans son anémone cuir (Heteractis crispa), mais elle regorge également d’autres belles rencontres, comme une énorme murène léopard croisée à l’entrée de son trou, ou encore ce happeur à deux lignes (Scolopsis bilineata) qui constitue pour moi une autre première (et donc avec le corail-bulles et le Chormodoris pallida, la troisième nouveauté de cette plongée !) .

plongée japon-Poisson-clown à Sunashi

Poisson-clown à Sunashi

plongée japon-Happeur à deux lignes à Sunashi

Happeur à deux lignes à Sunashi

Mais je suis bientôt revenu dans les parages du bateau, et je continue à explorer les alentours sur 5-6 mètres de fond, histoire de décompresser agréablement. Comme toujours lorsqu’il s’agit de ma dernière plongée quelque part, je traine des pieds pour sortir de l’eau, comme si je voulais m’imprégner au maximum d’un endroit que je ne reverrais peut-être jamais, et il est vrai que l’on a pas tous les jours l’occasion de venir plonger au Japon… Je laisse donc tourner le compteur de mon manomètre jusqu’à atteindre la réserve de 50 bars, puis je me résous à regagner la surface après 49 minutes d’une nouvelle belle plongée, certes peu spectaculaire par ses paysages, mais pleine d’une faune surprenante et pour ce qui me concerne riche de nouvelles découvertes…

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Gilles Auroux

Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j’ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.


Ma plus belle plongée ? J’espère la prochaine…


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