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Plonger à Batu Bolong revient a peu près à tremper ses palmes dans un aquarium géant, tellement riche qu’il faut parfois écarter les nuages de petits poissons pour arriver à apercevoir les plus gros spécimen qui se promènent dans le bleu…

Situé au beau milieu du détroit de Lintah, entre l’île de Komodo à l’Ouest et celle de Tatawa Kecil à l’Est, Batu Bolong, le rocher percé en Indonésien, ne paye pas vraiment de mine. Il apparaît sous la forme d’un simple monticule perdu au milieu des courants de Komodo, dont le sommet dépasse de quelques petits mètres à peine au-dessus de la surface.

Plongée à Komodo : Paysage de surface de Batu Bolong

Plongée à Komodo : Paysage de surface de Batu Bolong

Au-dessous par contre c’est une toute autre histoire, puisque les pentes de ce petit îlot regorgent de vie, ce qui en fait probablement l’une des plus belles plongées de Komodo, et à peine avons-nous mis le nez sous la surface, que nous nous trouvons comme en plein milieu d’un aquarium géant rempli de poissons multicolores: Nuages d’anthias, couples de zanclus, bancs de sergents-majors, groupes de girelles… il y en a de toutes les formes et de toutes les couleurs ! Et la faune fixée n’est pas en reste puisque à perte de vue se déroule sous nos palmes un tapis de coraux mous et durs, déclinant une palette infinie de teintes, de textures et de formes, un peu à la manière des mixed border des jardins anglais. Le spectacle est tout simplement grandiose !

Après la dérivante à grande vitesse de Siaba Kecil (Lire le post ICI), nous pensions tout savoir des courants à Komodo, pourtant ce n’est pas pour rien que l’on surnomme Batu Bolong « Current city »…
En fait, Batu Bolong illustre parfaitement la configuration classique de la plupart des plongées à Komodo. Il s’agit en effet d’un petit îlot percuté de plein fouet sur l’une de ses faces par un courant violent qui se trouve ainsi divisé en deux flux s’écoulant sur chacun de ses côtés (le « current split »), et créant ainsi une face protégée (la face opposée au courant) sur laquelle on peut plonger à moindre risque. Il suffit alors de descendre tout droit le long de la pente, jusqu’à atteindre la profondeur maximale, puis de se mettre à remonter en serpentant le long de cette face protégée (voir le plan de plongée). Et pour savoir à quel moment terminer la boucle de chacun des lacets et faire demi-tour, il suffit de sentir le courant. Dès qu’il se met à forcir, c’est que l’on commence à aborder l’un des flancs sujet au current split, et il devient alors très dangereux d’insister dans cette direction, avec le risque de se trouver emporté, généralement vers le bas, masque, palmes et détendeur pouvant être arrachés, et sans qu’aucun coéquipier ne puisse vous venir en aide au risque de se trouver dans la même situation. Comme souvent, le plus simple reste encore de suivre votre guide sans essayer de faire le malin, et surtout de rester le plus possible collé contre le fond …

Plongée à Komodo : Paysage sous-marin de Batu Bolong

Plongée à Komodo : Paysage sous-marin de Batu Bolong

Après quelques trop brèves secondes passées à admirer le paysage depuis la surface, nous piquons tout droit vers les profondeurs de Batu Bolong en suivant la pente, à laquelle nous restons collés le plus possible. Notre objectif est un gros rocher situé à 35 mètres de profondeur qui sert généralement d’abri à de gros bestiaux 🙂
Nous ne serons pas déçus puisqu’il accueille aujourd’hui un splendide requin tapis, le fameux wobbegong… Mais comme souvent ce gros paresseux fait la sieste, nous tournant ostensiblement le dos, visiblement indifférent à notre présence, et nous n’allons bien sûr pas le réveiller. Tant pis pour les photos…

Plongée à Komodo : Requin tapis orné (Orectolobus ornatus) ou Wobbegong à Batu Bolong

Plongée à Komodo : Requin tapis orné (Orectolobus ornatus) ou Wobbegong à Batu Bolong

Bien sûr à cette profondeur nos réserves d’air s’épuisent rapidement, aussi pas question de traîner trop longtemps et nous amorçons notre lente remontée, serpentant le long de la pente de Batu Bolong comme le peloton du tour de France le jour de l’étape de l’Alpe d’Huez… Bon d’accord notre file indienne est loin d’être parfaite, mais il y a tellement de choses à voir qu’il n’est pas facile de rester grouper…

En regardant bien entre les coraux qui tapissent la pente, on déniche une multitude de vers plats et de nudibranches, mais aussi cet étrange mollusque noirs aux magnifiques reflets irisés de bleu: Coriocella nigra. On sait encore peu de chose sur ce gastéropode d’une dizaine de centimètres, et il passe probablement inaperçu auprès de bon nombres de plongeurs tant il ressemble à une éponge…

Je n’oublie pas de jeter de temps à autre un coup d’œil dans le bleu puisque viennent souvent y croiser de plus gros prédateurs, attirés par cette abondance de nourriture. Au loin passe l’ombre fugitive d’un requin, mais aujourd’hui ce sont plutôt les carangues qui sont de la fête, comme cette grosse carangue bleue (Caranx melampygus) qui m’escorte un moment, puis plus tard un gros Napoléon…

Plongée à Komodo : Carangue bleue (Caranx melampygus) à Batu Bolong

Plongée à Komodo : Carangue bleue (Caranx melampygus) à Batu Bolong

Les poissons tropicaux traditionnels sont présents en grand nombre ici à Batu Bolong, mais j’y trouve également quelques espèces que je n’avais encore jamais rencontrées, comme par exemple ce très beau poisson-faucon de Forster (Paracirrhites forsteri) qui me regarde en coin se demandant s’il ne vaudrait pas mieux déguerpir… Je le trouve très racé avec sa livrée noire rayée de deux grosses bandes jaunes… Le poisson-pincette à long nez (Forcipiger longirostris) ressemble quant-à lui à un classique poisson-papillon, et pourtant son appendice nasal, à faire pâlir de jalousie Cyrano de Bergerac, ne saurait souffrir aucune confusion. Cet ustensile lui permet de dénicher au plus profond des branches de corail ou des anfractuosités de la roche les petits invertébrés dont il se nourrit. Revers de la médaille, sa bouche minuscule ne lui autorise la capture que de très petites proies…

Et puis on trouve toujours à Batu Bolong quelques poissons-scorpions qui traînent, avec notamment le poisson-scorpion feuille, comme d’habitude très photogénique lorsqu’il prend la pose au milieu des éponges tubulaires mauves. De profil on dirait presque un hiéroglyphe égyptien..

Plongée à Komodo : Poisson-scorpion feuille (Taenianotus triacanthus) à Batu Bolong

Plongée à Komodo : Poisson-scorpion feuille (Taenianotus triacanthus) à Batu Bolong

Nous poursuivons tranquillement notre remontée de Batu Bolong, faisant bien attention à faire demi tour au bon moment, et croisant à chaque lacet des paysages différents, mais aussi des espèces différentes en fonction de notre profondeur. Les murènes quant-à elles s’étagent tout au long de la pente de Batu Bolong, apparaissant dans différentes formes et livrées…

Un peu avant d’atteindre la surface, vers une dizaine de mètres de profondeur, nous découvrons l’étrange spectacle de deux requins pointe blanche juvéniles, s’abritant tant bien que mal sous un rocher. Là aussi photos sous-marines impossibles sans les déranger, mais je reste un long moment à les regarder se blottir l’un contre l’autre, avant de m’éloigner en leur souhaitant mentalement bonne chance pour que leurs ailerons ne finissent pas trop vite dans la soupe d’un quelconque chinois…

Plongée à Komodo : Requins point blanche juvéniles à Batu Bolong

Plongée à Komodo : Requins point blanche juvéniles à Batu Bolong

Mais le rocher a 35 mètres de profondeur à bien entamé nos réserves, et il est déjà presque temps de regagner la surface. Nous continuons à tourner dans la zone des 5 mètres, admirant ainsi une dernière fois les somptueux paysages de Batu Bolong tout en effectuant notre palier de sécurité, et prolongeant le plaisir de ce magnifique spectacle jusqu’à la dernière goulée d’air…

Plongée à Komodo : Paysage sous-marin de Batu Bolong

Plongée à Komodo : Paysage sous-marin de Batu Bolong

Nous avons tellement adoré cette plongée à Batu Bolong, que nous déciderons d’y revenir le lendemain, toujours avec autant de plaisir, et cette fois à marée parfaitement étale, ce qui nous donnera l’occasion de pouvoir en faire quasiment  le tour complet, puisque à ce moment particulier de la journée où la marée s’inverse, le courant décide à son tour de marquer une courte pause avant de se remettre à pousser de plus belle.
Si le versant sur lequel nous avons effectué notre première plongée à Batu Balong (le versant Sud) s’enfonçait avec une pente de  45° environ, le versant Nord est beaucoup plus abrupte, mais aussi plus sauvage (et plus rarement plongé aussi).

L’exercice se révèle plutôt ardu  d’élire la plus belle des plongées à Komodo tant le parc recèle de sites tous plus magnifiques les uns que les autres, mais sans conteste Batu Bolong mérite de faire partie du top 3, notamment par la richesse et la diversité de la faune que l’on y croise, depuis les plus petits que sont les nudibranches jusqu’aux plus gros  avec carangues, requins ou tortues…

Et puisque les images parlent bien mieux que les mots, je vous laisse rêver un peu avec cette vidéo filmée et montée par Bernard Cortier lors de ces plongées à Batu Bolong

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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