KOMODO: PLONGEE CREPUSCULAIRE A BLACK ROCK

Plongée à Komodo : Crevette impériale (Zenopontonia rex) sur son holothurie à Black Rock
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Au Nord de la baie de Padar, le site de plongée de Black Rock ne figure que très rarement sur les itinéraires des opérateurs locaux qui préfèrent plutôt privilégier Three Sisters ou Pillarsteen au Sud de cette même baie. Et tant mieux puisqu’il y a toujours une excitation un peu particulière à l’idée de découvrir ce genre de site très peu plongé, où l’on s’attend à trouver une faune particulière, peut-être plus préservée ou moins craintive que sur les lieux plus fréquentés par les autres plongeurs. J’ai hâte de voir cela de plus près…

Après nos deux plongées de la journée sur Three Sisters, dont la première dans un violent courant, (Lire le post ICI), nous nous remettons de nos émotions en lézardant sur le pont du Tidak Apa Apa, au mouillage dans la baie de Padar où nous allons passer la nuit avant de reprendre, dès l’aurore, notre périple en direction du Sud du parc de Komodo 1. Les ombres s’allongent peu à peu sur les collines environnantes, et l’après-midi touche à sa fin lorsque nous préparons notre équipement pour embarquer dans l’annexe et couvrir les quelques centaines de mètres qui nous séparent du petit îlot de Black Rock, au Nord de la baie. Depuis la surface, Black Rock se présente comme un gros monticule arrondi, plutôt pelé puisque seuls deux ou trois arbustes à l’allure maigrichonne semblent y pousser. Ses parois plongent verticalement sous la surface, laissant augurer une plongée le long de magnifiques tombants, mais il s’agit d’une impression trompeuse, puisque Black Rock, du coté Nord / Nord-Ouest où nous allons plonger, s’apparente plutôt à une muck dive le long d’une pente de sable comme nous allons bientôt le découvrir…

Plongée à Komodo : Paysage de surface à Black Rock
Plongée à Komodo : Paysage de surface à Black Rock

Il est environ 17h lorsque nous nous immergeons, descendant tranquillement le long de la pente de sable. Le soleil brille encore au-dessus de l’horizon, et ses rayons procurent toujours une lumière suffisante pour nous permettre de partir sans lampes à la recherche des créatures sous-marines inhabituelles dont nous raffolons. Et je suis vite récompensé par la rencontre d’un minuscule crabe décorateur, perché sur la longue tige d’un corail-fouet, parfaitement immobile comme s’il pensait que cela suffise à le dissimuler à mon regard. Seul son minuscule œil jaune trahit son inquiétude, braqué sur moi en permanence et pivotant pour suivre chacun de mes mouvements. Le terme générique de « crabe-décorateur » regroupe plusieurs familles de crustacés, qui toutes ont pour point commun d’utiliser d’autres organismes vivants, algues, éponges, ou coraux, pour orner leur carapace ou leur pattes, et ainsi adopter un meilleur camouflage ou bénéficier des mécanismes de défense de leurs passagers forcés. L’individu qui se tient ainsi devant moi est probablement une petite araignée, un « spider crab » comme disent les anglo-saxons: Achaeus spinosus. De même couleur que le corail-fouet sur lequel il se tient, il a recouvert entièrement sa carapace et ses pattes démesurées d’une multitude de minuscules hydraires, probablement passablement urticants. Seul problème de cette technique astucieuse: la mue. Lorsqu’il grandissent les crustacés doivent générer une nouvelle carapace à leur nouvelle taille, ce qui nécessite donc le déménagement de leurs petits commensaux. Celui-ci risque d’en avoir pour un bon bout de temps 🙂

Plongée à Komodo : Crabe décorateur et anémones (Achaeus spinosus) à Black Rock
Plongée à Komodo : Crabe décorateur et anémones (Achaeus spinosus) à Black Rock

Plus loin une crevette mante paon (Odontodactylus scyllarus) m’observe depuis l’entrée de sa tanière, avant de soudain déguerpir à mon approche. Il s’agit d’un comportement pour le moins inhabituel puisque la squille se contente généralement de s’enfoncer plus profondément dans son abri en cas de danger, ce qui lui permet d’affronter frontalement son adversaire à l’aide de ses puissantes pattes avant (capables de briser un pouce !) plutôt que de prendre le risque d’être surprise en pleine eau où elle apparait plus vulnérable… étrange donc, mais cela me permet de la suivre un court moment, profitant de l’occasion plutôt rare de la voir ainsi évoluer, et le moins que l’on puisse dire est que le bestiau sait faire preuve d’une célérité que l’on ne soupçonnerait pas, se mouvant en courant à même le sol ou en donnant parfois de grands coups de sa queue en éventail qui la propulse soudainement en avant.

En un clin d’œil elle a disparu, et je reprends ma progression vers les profondeurs, un instant interrompue par cet épisode. Dans un hydraire voisin, un poisson-fantôme arlequin tente en vain de passer inaperçu, et il y parvient presque… Il faut dire que tête en bas, son corps longiligne recouvert d’appendices cutanés pourrait presque passer pour une tige tandis que ses nageoires et sa queue en éventail ressemblent fortement à des pinnules… Doté d’une apparence physique à mi chemin entre l’hippocampe et le syngnathe, c’est toujours un plaisir de découvrir ce drôle de poisson, pas toujours facile à dénicher, et dont on ignore encore beaucoup de choses, comme par exemple sa longévité. Certains biologistes l’estiment à une année à peine…

Plongée à Komodo : Poisson fantôme arlequin (Solenostomus paradoxus) à Black Rock
Plongée à Komodo : Poisson fantôme arlequin (Solenostomus paradoxus) à Black Rock

Nous atteignons bientôt la zone des 25 mètres, et est-ce un effet de la profondeur, ou bien le soleil loin au dessus de nos tête s’est-il finalement résolu à aller se coucher, mais toujours est-il que la luminosité faiblit considérablement, et que nous devons désormais progresser à la lumière de nos torches.

Ludo, notre guide, me fait signe de le rejoindre. Il tient entre ses mains une grosse holothurie, sur laquelle je distingue à grand peine la minuscule forme d’une crevette impératrice (Zenopontonia rex). Cette crevette de petite taille (elle ne mesure guère plus de 2 ou 3 centimètres) se complaît ainsi à chevaucher ses hôtes, généralement des holothuries ou de gros nudibranches, pour lesquels elle joue le rôle de nettoyeur (ce qui lui permet de s’alimenter), bénéficiant en contrepartie de leur protection.

Plongée à Komodo : Crevette impériale (Zenopontonia rex) sur son holothurie à Black Rock
Plongée à Komodo : Crevette impériale (Zenopontonia rex) sur son holothurie à Black Rock

Après une dizaine de minutes à cette profondeur, nous remontons ensuite lentement le long de la pente de Black Rock, pour atteindre, à quelques mètres seulement de la surface, un plateau sableux dans lequel nous évoluons, nous permettant ainsi d’effectuer notre palier de sécurité tout en poursuivant notre exploration des lieux. Les rayons de nos torches font jaillir sur la plaine sableuse les ombres des nombreux organismes ancrés dans le substrat, un peu comme des arbres en miniature dont la présence donne un peu de relief à un paysage sans cela plat et monotone. Comme dans une véritable forêt, j’y reconnais différentes espèces dont ces magnifiques plumes de mer ou pennatules. Appartenant à la famille des cnidaires, comme les coraux, les pennatules sont munies d’un hydrosquelette qui leur permet, par contraction, de se déplacer, de creuser le sable pour s’y ancrer, ou bien encore de s’orienter afin que leurs polypes (ils n’en sont munis que sur une seule de leur face) se trouvent en position de pouvoir capter dans le courant les micro-particules dont elles se nourrissent.
Plus loin un corail mou (probablement un Dendronephthya) étale sa forme trapue, au tronc massif surmonté de grosses branches terminées par de délicats polypes d’un jaune quasi translucide. Rien à voir avec la forme élancée et délicate de cette magnifique ascidie pompon (Eudistoma caeruleum), qui ressemble à une improbable sucette dont le cœur bleu serait recouvert d’une couche protectrice de sucre glacé translucide…

Quant-aux cérianthes, ces proches cousins des anémones qui se construisent des tubes protecteurs en mucus dans lesquels ils peuvent se rétracter, ils m’impressionnent toujours par leurs couleurs fluorescentes, du plus bel effet. Après l’individu orange croisé la veille lors de notre plongée à Wainilu (lire ICI), en voici un qui déploie dans le courant des tentacules d’un violet profond. Magnifique !

Plongée à Komodo : Cérianthe violet à Black Rock
Plongée à Komodo : Cérianthe violet à Black Rock

Mais après presque une heure sous la surface de Black Rock, il est temps pour nous de regagner le Tidak Apa Apa, laissant les ténèbres prendre possession des lieux, désormais privés de nos lumières intempestives, et permettant à la cohorte des créatures nocturnes de reprendre leurs activités. Nous nous consolerons quant-à nous de quitter cette très belle plongée par un autre spectacle de la nature, terrestre celui-ci, avec les dernières lueurs jetées depuis l’horizon par un soleil moribond illuminant la baie de Padar.

Plongée à Komodo : Coucher de soleil à Black Rock
Plongée à Komodo : Coucher de soleil à Black Rock
  1. Pour rappel le détail et la carte de cette croisière plongée à Komodo se trouvent ICI

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées.

Ma plus belle plongée ? J'espère bien la prochaine...

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