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Situé au Nord-Est du fer à cheval que forme le passage entre Nusa Kodé et Rinca, Cannibal Rock fait sans conteste partie des plus belles plongées du parc de Komodo, mettant en scène une profusion de coraux multicolores qui servent de décor à une faune des plus exubérante… seul petit bémol: l’eau n’y dépasse généralement guère vingt trois petits degrés…

Le soleil a fait son apparition derrière les collines de Rinca, et ses rayons viennent percuter la surface de la baie de Padar en y faisant jaillir des étincelles de lumière. Un nouveau jour commence dans le parc de Komodo, et le Tidak Apa Apa s’éveille doucement, avant de lever l’ancre pour mettre le cap au Sud.
Après une première plongée peu intéressante du côté de Harrold’s Finger 1, nous poursuivons notre navigation en longeant l’île de Rinca par bâbord, avant d’atteindre son extrémité la plus septentrionale et de nous engager dans le canal en forme de fer à cheval qu’elle forme avec Nusa Kodé. Les grandioses paysages qui nous entourent offrent un contraste saisissant avec ceux auxquels nous sommes habitués depuis le début de cette croisière plongée à Komodo, puisque la végétation jusque là plutôt rabougrie, prend ici la dimension d’une véritable jungle, courant le long des collines pour aller se perdre dans leurs sommets cachés au milieu des nuages. Il n’y a pas âme qui vive à des lieux à la ronde, et avec les gros dragons à l’allure préhistorique qui arpentent les plages, on se croirait presque projetés quelques millions d’années en arrière, revenus à l’aube du monde, un peu comme le professeur Challenger entrant dans le monde perdu de Conan Doyle. Je crois que je ne serais même pas surpris d’entendre soudain, venant du plus profond de cette jungle, les cris rageurs du King-Kong local nous signifiant que nous venons de pénétrer sur son territoire. Une chose est certaine: Nous sommes désormais à l’extrême Sud du parc de Komodo

Plongée à Komodo : Paysage de surface de Cannibal Rock

Plongée à Komodo : Paysage de surface de Cannibal Rock

Le Tidak Apa Apa glisse tranquillement le long du canal de Loh Dasami, puis vient se mettre au mouillage au fond de la baie, un des rares mouillages existant dans cette région de Komodo. A quelques centaines de mètres à peine, Cannibal Rock dresse par delà la surface son monticule arrondi en pain de sucre, se signalant à notre attention comme pour nous rappeler avec insistance les merveilles qui nous attendent sous sa surface…
Notre navigation depuis Padar ayant pris plusieurs heures, ce n’est qu’en début d’après-midi que nous nous immergeons, utilisant l’annexe du Tidak Apa Apa pour nous approcher de Cannibal Rock. Nous effectuons à l’unisson notre désormais traditionnelle bascule arrière, et à peine ai-je touché l’eau que je ressens la morsure du froid. La température doit avoisiner les 23-24 degrés, et les 3 mn de néoprène de ma combinaison ne vont certainement pas suffire à m’en protéger efficacement, mais je n’ai pas d’autre choix que de serrer les dents et de poursuivre cette plongée…

En dehors du froid, la seconde chose qui frappe immédiatement ici à Cannibal Rock, c’est la couleur de l’eau. Elle prend une teinte verte qui semble envelopper les alentours, nimbant les coraux d’une étrange lueur verdâtre. On est loin de la visibilité rencontrée dans le Nord du parc de Komodo, mais cette lumière crée une atmosphère étrange qui est loin d’être désagréable…

Plongée à Komodo : Corail chaine de vélo (Tubastrea micrantha) à Cannibal Rock

Plongée à Komodo : Corail chaine de vélo (Tubastrea micrantha) à Cannibal Rock

Cannibal Rock se présente sous la forme d’une colline sous-marine, culminant à trois mètres environ de la surface et descendant jusqu’à une trentaine de mètres de profondeur. Nous commençons notre exploration par la zone la plus profonde, avant de remonter en serpentant le long de la pente pour regagner la surface.
Sous l’eau un véritable tableau nous accueille dans une formidable explosion de couleurs, où toutes sortes de coraux mous jettent leurs éclats alentours, disputant la vedette aux crinoides déclinant elles-aussi leur palette aux nuances infinies… Partout apparaissent des tâches de jaune, de orange, de rouge, de brun, de vert… formant un spectacle magnifique, digne des plus ferventes Holi, ces fêtes indiennes  célébrant la couleur à chaque équinoxe de printemps, et où les participants vêtus de blancs se jettent au visage des pigments de couleur à la signification précise: le orange pour l’optimisme, le rouge pour la joie, le vert pour l’harmonie etc.

Et puis, pour compléter ce tableau de Cannibal Rock, on y rencontre à profusion ces étranges holothuries pomme de mer (Pseudocolochirus violaceus) que nous avions déjà croisées lors de nos plongées précédentes à Three Sisters (lire ICI), mais cette fois tentacules largement déployés dans le courant. Ces derniers forment un impressionnant panache, comme un bouquet de fleurs émergeant d’un improbable vase biscornu et coloré. Ces animaux sont décidément magnifiques, et tellement différent des holothuries que l’on rencontre habituellement lors de nos plongées! A leurs cotés les minuscules holothuries jaunes que l’on retrouve également en grand nombre à Cannibal Rock, font plutôt pâle figure, de même que les oursins de feu (Asthenosoma varium) aux couleurs pourtant plutôt vives…

Plongée à Komodo : Holothurie pomme de mer (Pseudocolochirus violaceus) à Cannibal Rock

Plongée à Komodo : Holothurie pomme de mer (Pseudocolochirus violaceus) à Cannibal Rock

Du fond sableux, généralement cachées sous un rocher en surplomb, émerge parfois un gros œil jaune entouré de points bleu vif. Il s’agit de raies pastenagues à tâches bleues (Taeniura lymma) qui déguerpissent à mon approche, s’ébrouant prestement à grand coups d’ailes du sable qui les recouvre avant de disparaître majestueusement dans l’obscurité. D’autres fois ce sont des tortues vertes (Chelonia mydas) que l’on découvre assoupies sous ces surplombs. Beaucoup moins sauvages que les raies, elles nous accompagnent parfois un moment avant de s’éloigner nonchalamment pour aller vaquer à leurs occupations.

Mais si l’on rencontre du « gros » à Cannibal Rock, le petit n’est pas en reste, et chaque corail ou anémone recèle potentiellement un petit trésor, et très rapidement je ne sais plus où donner de l’objectif… Le corail-bulles abrite quelques crabes orang-outan ou bien encore ces crevettes symbiotiques (Vir philippinensis) à l’étonnante transparence qui laisse apercevoir les organes et les œufs, mais surtout qui dégage une étrange luminosité, comme s’il était illuminé de l’intérieur…
Les gorgonocéphales (Astroboa nuda), ces étranges ophiures recroquevillées pendant la journée en une forme guère plus grosse que le poing, s’épanouissent une fois la nuit venue, déployant leurs immenses bras dans le courant. Si l’on en croise parfois quelques spécimen en Méditerranée, celles de Cannibal Rock sont véritablement énormes, mesurant plus de deux mètres d’envergure, et c’est bien la première fois que je regrette de ne pas avoir pris une lentille grand angle lors d’une plongée de nuit, aussi incongru ce choix peut-il paraître… Mais en regardant de plus près entre leurs bras entremêlés, on y distingue parfois la présence de minuscules crevettes rouges (Periclimenes lanipes) symbiotiques…

Mais si la beauté des lieux a quelque peu réussi à me faire oublier la morsure du froid, après quasiment une heure de plongée, ce dernier commence vraiment à se rappeler à mon bon souvenir, et c’est en grelottant que je regagne la surface, frigorifié mais ravi…
Nous ferons au total trois plongées à Cannibal Rock, l’une en matinée, l’autre en après-midi et la dernière de nuit, à chaque fois émerveillés par la beauté et la magie de ce site incroyable, qui mérite définitivement sa réputation et figure sans conteste parmi nos plus belles plongées à Komodo.  Relativement bien protégé du courant (attention quand même à ne pas trop s’éloigner du monticule), Cannibal rock se révèle une plongée assez facile, que tous les plongeurs peuvent entreprendre quel que soit leur niveau, en respectant toutefois leurs prérogatives en matière de profondeur. Très éloigné de Labuan Bajo, Cannibal Rock, et plus généralement le Sud du parc de Komodo, ne se visitent quasiment qu’en croisière plongée de plusieurs jours, ce qui limite grandement la fréquentation de ces lieux où il n’est pas rare de se trouver absolument seuls, ne croisant que de très rares bateaux au cours de la journée. Ce mode de voyage plongée permet également de profiter pleinement de la nature sauvage que l’on y rencontre, associant au plaisir de la plongée (il y a également pas mal d’autres sites intéressants dans les parages 😉 ) celui de passer quelques nuits sous la lune de la magnifique baie de Loh Dasami, loin de tout et dans une véritable impression de bout du monde…

Plongée à Komodo : Etoile de mer (Nardoa tuberculata) à Cannibal Rock

Plongée à Komodo : Etoile de mer (Periclimenes perryae) à Cannibal Rock

  1. Pour rappel le détail et la carte de cette croisière plongée à Komodo se trouvent ICI

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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