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The « Cauldron » se révèle probablement la plongée à Komodo la plus célèbre parmi les amateurs de sensations fortes, puisque elle s’achève par un petit goulet que l’on surnomme aussi « Superman » ou encore « the Shotgun », par analogie avec la balle éjectée du canon du revolver… Récit d’une plongée où  l’adrénaline coule à flot…

Avant nos superbes plongées du matin sur Castle Rock et Crystal Rock, nous avions terminé la veille notre journée de croisière 1 par la traversée du Golden passage (Lire le post ICI), le détroit qui sépare le Nord de l’île de Komodo et l’île de Lawa Darat. Nous nous trouvons désormais au Nord de cette même île, séparée de de sa voisine  Lawat Laut par un passage encore plus étroit, et par conséquent, encore plus tumultueux que le Golden passage…

En fin de matinée le Tidak Apa Apa navigue plein Sud, doublant par l’Ouest l’île de Lawat Laut, puis une bonne partie de Lawa Darat avant de venir se mettre au mouillage dans une baie tranquille et protégée située sur sa cote Sud. De là il ne reste que quelques petites centaines de mètres à parcourir dans notre annexe en alu pour rejoindre le mythique passage de Cauldron, et c’est en milieu d’après midi, après notre désormais traditionnel déjeuner sur le pont suivi d’une courte sieste réparatrice, que nous nous trouvons à pied d’oeuvre, prêts à nous immerger.

Puisque le courant va nous entraîner dans le sens Ouest-Est, nous nous mettons à l’eau un peu en amont de Cauldron, au Nord-Ouest de ce dernier, le long d’une pente agréablement parsemée de coraux multicolores qui nous amène vers 20-25 mètres de profondeur.

J’y retrouve pas mal d’espèces de l’indo-pacifique, avec notamment plusieurs variétés de poissons-anges, dont le toujours très photogénique ange à tête bleue (Pomacanthus xanthometopon), mais également le petit labre pintade (Anampses melanurus) à la curieuse robe noire à pois blancs, et puis bien sûr les nudibranches, omniprésents sur ces plongées (ici Hypselodoris tryoni)

Plongée à Komodo : Poisson-ange à tête bleue (Pomacanthus xanthometopon) à Cauldron

Plongée à Komodo : Poisson-ange à tête bleue (Pomacanthus xanthometopon) à Cauldron

Le courant à cet endroit reste très modéré ce qui nous permet d’explorer à loisir le paysage, pourtant il nous conduit gentiment, mais néanmoins inexorablement, en direction du  passage…
Nous quittons bientôt cette zone protégée pour nous diriger vers le centre du détroit. Le sol devient sableux, et les premiers champs d’anguilles jardinières (Heteroconger hassiapparaissent bientôt. A moitié dressées hors du sable, elles restent toujours aussi difficiles à photographier sans un zoom puissants, puisqu’elles s’enfouissent au moindre mouvement…

Plongée à Komodo : Anguilles jardinières à Cauldron

Plongée à Komodo : Anguilles jardinières à Cauldron

On y trouve également de drôles d’holothuries, comme cette Neothyonidium magnum qui fait partie de celles que l’on surnomme les « lèche-doigts ». Elle possède en effet l’apparence d’un gros concombre enfoncé dans le sable dont seuls dépassent les tentacules buccaux. Ces tentacules sont utilisés pour filtrer le plancton véhiculé par le courant, et, dans un étrange et régulier manège, elle les replie successivement jusqu’à sa bouche située au centre du disque tentaculaire pour y amener la nourriture, un peu comme un enfant qui se lèche les doigts après sa visite dans le pot de Nutella…

Plongée à Komodo : Holothurie lêche doigts (Neothyonidium magnum) à Cauldron

Plongée à Komodo : Holothurie lêche doigts (Neothyonidium magnum) à Cauldron

Et comme souvent lorsqu’il y a un peu de courant, les requins ne se trouvent pas bien loin…

Plongée à Komodo : Requin à Cauldron

Plongée à Komodo : Requin à Cauldron

Au fil des minutes la profondeur diminue, et cette élévation du relief, ainsi que l’étroitesse du détroit provoquent une forte augmentation du débit de l’eau, encore aggravée par le flux de la marée. Il n’est désormais plus possible de lui résister, et emportés par le flot, nous n’avons d’autre choix que de suivre le relief en remontant rapidement, au grand dam de nos ordinateurs de plongées qui s’affolent en chœur…
Arrivés à 12 mètres de profondeur, quasiment au milieu du détroit, la topographie change radicalement puisque le fond se trouve creusé par une énorme dépression en forme de cratère presque parfaitement circulaire, mesurant à vue d’œil une bonne cinquantaine de mètres de diamètre. Nous y plongeons aussitôt, redescendant jusqu’à 22 mètres de profondeur et échappant ainsi au courant qui continue de fuser au-dessus de nos tête.
Nous voici donc au cœur du fameux Cauldron, le « chaudron » dont la forme aux parois abruptes rappelle effectivement sans équivoque une sorte de marmite géante au fond recouvert de sable. Situés dans sa partie Ouest, nous sommes pour le moment protégé du courant par sa paroi, et nous en commençons une rapide exploration tout en poursuivant notre progression le long de son mur Sud.

Un sweetlips géant (Plectorhinchus albovittatus) apparemment curieux vient nous rendre une petite visite, sa drôle de tête quasiment collée sur l’objectif de mon appareil. Sous cet angle, avec sa bouche à la moue boudeuse et son nez patatoïde surmonté de deux gros yeux, on lui trouverait presque une apparence humaine…

Plongée à Komodo : Gaterin géant (Plectorhinchus albovittatus) à Cauldron

Plongée à Komodo : Gaterin géant (Plectorhinchus albovittatus) à Cauldron

Mais notre objectif, un étroit goulet qui permet de sortir du chaudron, se trouve à l’opposé, au Nord-Est du cratère qu’il nous faut par conséquent traverser… Or si à l’Ouest le courant, emporté par son élan,  était propulsé au-dessus de la dépression, il se reprend rapidement et ne tarde pas à sévir de nouveau en plein milieu du chaudron, d’autant qu’il n’y a plus aucune paroi pour nous protéger…
Nous progressons tant bien que mal, essayant le plus possible de rester plaqués contre le fond pour offrir le moins de prise et éviter d’être emportés, mais la tâche s’avère plutôt ardue, d’autant que le sol de sable désespérément vierge n’offre aucune aspérité à laquelle se raccrocher. Heureusement, mon muck stick me fournit un appui précieux…

C’est justement ce moment que choisit une manta pour venir planer au-dessus de nos têtes, chassant sans doute quelque nourriture du côté de la surface. Pas le temps de l’admirer, mais juste de lui arracher une photo aux réglages plus qu’approximatifs…

Plongée à Komodo : Raie manta à Cauldron

Plongée à Komodo : Raie manta à Cauldron

Après quelques minutes d’un crapahutage périlleux, nous nous retrouvons de l’autre côté du cratère, dans un étroit canyon protégé du courant et qui nous permet de souffler quelque peu. Nous allons en avoir bien besoin puisqu’il marque également le début du Shotgun, et mon mano m’indique seulement 40 bars de réserve…
Je ne sais pas quelle sensation peut bien éprouver une balle de revolver éjectée de son canon à grande vitesse, mais si elle s’avère semblable à celle provoquée par le plus vertigineux des roller-coasters, alors on peut dire que le shotgun mérite amplement son appellation…
Nous reprenons notre progression, sortant bientôt de l’étroit canyon protecteur, et sommes aussitôt happés par un courant qui nous entraîne à une allure vertigineuse. Bien sûr, il’est hors de question de prétendre prendre la moindre photo, mais plutôt de protéger autant que possible les appareils d’une quelconque collision. Le sol, les rochers, tout semble défiler autour de nous comme si nous étions embarqués dans une fusée en train de quitter son pas de tir pour la stratosphère… Nous qui avions trouvé notre dérivante sur Siaba Kecil un peu rapide (lire le post ICI), ce n’était finalement que de la rigolade en comparaison de ce passage du Shotgun…

Pour compliquer encore l’aventure, de l’autre côté de Cauldron le relief reprend naturellement ses droits, et la « côte » qui nous avait fait remonter jusqu’à 12 mètres de profondeur s’y transforme en pente que le courant s’empresse aussitôt de dévaler, générant de dangereux courants descendants. Il nous faut impérativement nous extraire du flux avant d’arriver à cet endroit, surtout que ma faible autonomie en air ne me permettrait pas d’affronter un courant descendant. Aucun droit à l’erreur pour moi ici..

Juste à la sortie du détroit je parviens heureusement à négocier vers la gauche un virage à angle droit qui me propulse hors du courant en direction du Nord, pour m’amener juste à l’entrée de la baie Sud-Est de Gili Larat Laut. Comme par enchantement tout s’apaise et redevient d’un seul coup extrêmement calme, et je me retrouve dans un magnifique jardin de corail, où les poissons que je n’avais plus aperçus depuis de longues minutes, ont refait leur apparition. Mais l’air ne parvient déjà plus qu’à grand peine jusqu’à ma bouche, comme si je devais exercer un énorme effort de succion pour racler ce qui reste au fond de mon bloc. Tant pis pour la visite de ce jardin de corail, ce sera pour une autre fois, et tant pis également, une fois n’est pas coutume, pour le palier de sécurité. Il est plus que temps de refaire surface…

A l’image du site voisin de Golden passage que nous avons exploré la veille, Cauldron constitue une très belle plongée, on ne peut plus complète puisque l’on y trouve une grande diversité d’ambiances et de paysages: mur de coraux, plaine de sable ou encore jardin de corail (pour ceux qui parviennent à économiser leur air 🙁 ). Comme dans la plupart des endroits à fort courant, la faune pélagique s’y trouve présente en nombre, permettant d’admirer requins de récifs, carangues ou mantas. Les amateurs de sensations fortes  trouveront également largement leur compte à Cauldron, surtout les jours de fortes marées. Pour ceux qui préféreraient une plongée plus tranquille, il est également possible de plonger ici à marée étale, mais d’une manière générale, le site doit plutôt être réservé à des plongeurs expérimentés, en raison des courants peuvent s’y montrer particulièrement violents, surtout dans le passage du Shotgun…

Plongée à Komodo : Murène à Cauldron

Plongée à Komodo : Murène à Cauldron

Pour finir, voici une vidéo de cette plongée adrénaline à Komodo

Vidéo filmée et montée par Bernard Cortier

  1. Pour rappel le parcours complet de cette croisière plongée à Komodo se trouve ICI

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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2 Commentaires sur "KOMODO: PLONGÉE ADRÉNALINE A CAULDRON…"

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chretien
Invité

impressionnant… et toujours aussi passionnant. Merci

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