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Aux confins de ce bout du monde que constitue la région de Komodo, la petite île de Nusa Kodé ressemble vaguement à une part de camembert qu’un géant facétieux se serait amusé à détacher de l’île de Rinca,  créant ainsi entre les deux un passage en forme quasi parfaite de fer à cheval, où la mer de Savu n’a pas tardé à s’engouffrer. Nous plongeons aujourd’hui sur la côte Est de Nusa Kodé, sur un site où tous les invertébrés du coin semble s’être donné rendez-vous: Crinoid canyon

Situé juste à l’embouchure de la baie du fer à cheval (Loh dasami), à quelques petites centaines de mètres au Nord de Rodéo où nous venons tout juste de plonger il y a quelques heures à peine (lire le post ICI), Crinoid canyon tire bien évidemment son nom des très nombreuses crinoides que l’on y rencontre, dans une invraisemblable variété de couleurs, allant du jaune au noir, en passant par le orange, ou adoptant une teinte plus bringée. Même si elles ressemblent franchement à des végétaux, les crinoides sont pourtant bel et bien des animaux, appartenant à la même famille biologique que les oursins, les étoiles de mer ou encore les holothuries. Pourvues d’un squelette calcaire, leur apparence générale les fait ressembler à une sorte de chevelure surmontant une tige terminée par un crampon. Cette « chevelure » est en fait constituée de longs bras articulés recouverts de petites ramifications  latérales (les « pinnules »), que les comatules utilisent pour se nourrir, déployant leurs bras en éventail afin de capter dans le courant le plancton que les pinnules vont ensuite acheminer vers la bouche située au centre de cette couronne tentaculaire. Le crampon quant-à lui sert aux crinoides à s’agripper sur leurs supports, comme ici sur ces éponges-barriques, mais joue également un rôle locomoteur en leur permettant de se déplacer en « rampant » sur le relief.

Plongée à Komodo : Éponge barrique et comatules à Crinoid canyon

Plongée à Komodo : Éponge barrique et comatules à Crinoid canyon

Au centre de l’animal on trouve une étrange structure de quelques dizaines de millimètres de diamètre, à la forme d’une grosse figue (voir photo ci-dessous). Il s’agit du calice, composé de plusieurs rangées de plaques calcaires et renfermant les organes vitaux. C’est également là que se trouvent la bouche et l’anus de la crinoïde, à la base des bras articulés qui y font converger la nourriture.

Les crinoides entretiennent une relation commensale avec bon nombre de petits invertébrés qu’elles abritent, principalement des galathées (voir photos dans l’article sur Kubu Monkey à Bali ici) ou des des crevettes, comme Periclimenes crinoidalis, presque invisible tant le mimétisme avec son hôte approche de la perfection puisqu’elle en adopte parfaitement la couleur, lui permettant ainsi de se dissimuler aux yeux de ses prédateurs, mais également aux nôtres, d’autant que sa taille minuscule (1 cm environ) la rend très difficile à repérer. Et si la relation entre ces deux là est décrite en tant que commensale, c’est que la crevette ne fait pas que se cacher dans les bras de son hôte, elle se nourrit également des détritus et du zooplancton de la comatule.

Plongée à Komodo : Crevette des comatules (Periclimenes crinoidalis) à Crinoid canyon

Plongée à Komodo : Crevette des comatules (Periclimenes crinoidalis) à Crinoid canyon

S’il se trouve pourtant à proximité immédiate de Rodéo où nous avions rencontré tant de courant plus tôt dans la matinée, Crinoid canyon dispose d’une situation beaucoup plus abritée, dans une petite crique le long du rivage. Le site est formé par une pente relativement douce partant de Nusa Kodé pour se diriger vers les profondeurs, pente sur laquelle on trouve une succession de gros blocs rocheux entre lesquels on plonge, en général sans dépasser les 25 mètres de profondeur. De grosses éponges barriques agrémentent également le paysage, servant de support aux nombreuses comatules du coin.

Plongée à Komodo : Éponge barrique et cPlongée à Komodo : Éponge barrique à Crinoid canyon

Plongée à Komodo : Éponge barrique à Crinoid canyon

Au niveau de la faune, crevettes et comatules ne sont bien évidemment pas les seuls habitants de Crinoid canyon, et l’on y rencontre également pas mal d’espèces différentes de nudibranches, comme ce magnifique Nembrotha purpureolineata à l’imposant panache branchial d’un très bel orange vif (voir photo de détail), posé sur une base cerclée de mauve, de la même couleur éclatante que ses rhinophores. A la différence de la crevette précédente, lui est plus facile à repérer puisqu’il mesure jusqu’à douze centimètres de long, faisant ainsi figure de géant chez les nudibranches dont la taille habituelle se situe plutôt entre deux et trois centimètres, parfois beaucoup moins….

Parmi les autres espèces de nudibranches que je croise à Crinoid canyon, je retrouve Chromodoris quadricolor, décidément omniprésent dans le parc de Komodo, ou encore Risbecia tryoni, ici en train de fricoter avec un Risbecia pulchella cinq fois plus petit (en bas à droite sur la première photo), mais aussi Phyllidia ocellata, apparaissant ici  dans deux livrées distinctes, l’une noire et l’autre blanche, sur laquelle on peut distinguer de minuscules crustacés amphipodes, les « lady’s bug »…

S’ils ressemblent beaucoup aux nudibranches, les plathelminthes font pourtant partie d’une famille biologique totalement différente, puisqu’ils ne sont pas des mollusques, mais des vers plats, et l’on en croise quelques uns ici à Crinoid Canyon, promenant leur magnifique manteau ourlé sur les rochers recouverts d’éponges et de cnidaires…

Plongée à Komodo : Ver plat (Pseudoceros sp.) à Crinoid canyon

Plongée à Komodo : Ver plat (Pseudoceros sp.) à Crinoid canyon

Chez les vertébrés par contre beaucoup moins de choix à Crinoid canyon

Quelques magnifiques raies pastenagues à tâches bleues glissent furtivement sur le sable, mais pour une raison que j’ignore, elles semblent ici bien plus craintives qu’à Cannibal Rock (voir le post ICI) pourtant situé à deux kilomètres à peine, prenant la fuite aussitôt qu’elles nous aperçoivent sans même me laisser le temps de leur tirer le portait…
Heureusement les murènes sont bien moins farouches, voire même curieuses, n’hésitant pas à sortir de leur tanière pour s’approcher de l’objectif. J’en croise deux espèces différentes: Gymnothorax thyrsoideus, la murène à œil blanc, et Gymnothorax javanicus, la murène de java à la taille bien plus imposante…

Plongée à Komodo : Murène à œil blanc (Gymnothorax thyrsoideus) à Crinoid canyon

Plongée à Komodo : Murène à œil blanc (Gymnothorax thyrsoideus) à Crinoid canyon

Nous regagnons la surface après un peu plus de cinquante minutes d’une belle plongée, que les amateurs de crinoides et autres invertébrés apprécieront plus particulièrement compte tenu des nombreuses espèces qu’ils y croiseront. Avec sa situation protégée des courants et sa profondeur relativement modérée, Crinoid Canyon constitue une plongée plutôt facile, que tous peuvent entreprendre (attention quand même à la houle de surface qui peut rendre la navigation désagréable), avec une préférence pour les plongées matinales puisque le site se trouve à l’Est de Nusa Kodé, bénéficiant ainsi d’une meilleure lumière à ce moment de la journée.

 

 

 

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Gilles Auroux

Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j’ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.


Ma plus belle plongée ? J’espère la prochaine…


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