KOMODO: KARANG MAKASSAR, L’AUTOROUTE A MANTA…

Plongée à Komodo : Raie manta de récif (Manta alfredi) à Karang Makassar
Share

Au Nord-Est de l’ile de Komodo, en plein milieu du détroit de Lintah et de ses tumultueux courants, le récif de Makassar (Karang Makassar en Indonésien) semble être le point de rendez vous privilégié de toutes les mantas des environs. Récit d’une longue plongée dérivante

En ce milieu d’après midi, nous embarquons dans la petite annexe du Tidak Apa Apa qui affronte une nouvelle fois les eaux turbulentes du détroit de Lintah pour nous amener presque au niveau de l’ile de Komodo, juste au dessus du récif de Makassar. Nous nous trouvons en plein nulle part, la terre la plus proche, la petite ile de Pulau Makassar, se situant encore à plus d’un kilomètre de notre embarcation… C’est par conséquent en plein jus que nous effectuons notre bascule arrière, pour une entrée négative qui nous conduit directement jusqu’au fond, à une quinzaine de mètres de profondeur, où notre palanquée se reforme…
J’y découvre un paysage totalement lunaire, jonché d’un substrat de sable, de gros cailloux et de débris de coraux brisés, sans aucune vie apparente aux alentours. Quel contraste avec les magnifiques sites de Batu Bolong ou de Tatawa Kecil que nous avons explorés dans la matinée et qui ressemblaient à des aquariums grandeur nature tant ils regorgeaient d’une vie presque trop exubérante!
Sur l’étrange planète de Karang Makassar, les premiers signes de vie à se manifester se présentent sous la forme de quelques grosses raies pastenagues qui prennent leur envol à notre approche, s’ébrouant du sable qui les recouvre pour aller se poser un peu plus loin et reprendre leur sieste un instant interrompue…

Plongée à Komodo : Raie pastenague à Karang Makassar
Plongée à Komodo : Raie pastenague à Karang Makassar

Le site de Karang Makassar me donne un peu l’impression d’un long ruban d’autoroute: on saute dans le courant, et aussitôt il nous emporte à vitesse plus ou moins grande, pour un tronçon monotone et sans bretelle de sortie puisque cette plongée dérivante courre sur à peu près deux kilomètres de distance ! Nous nous élançons donc bientôt dans le flux, adoptant une formation en V, histoire de couvrir le maximum de champ visuel possible et tenter d’apercevoir les mantas.
Je flotte à environ un mètre du fond, regardant le sol défiler sous mon masque et jetant fréquemment un œil dans le bleu pour tenter d’y apercevoir l’objet de notre quête. Les quelques créatures que nous croisons à Karang Makassar se laissent survoler sans appréhension apparente. Elles savent probablement que dans quelques secondes à peine nous aurons totalement disparu de leur univers, poussés plus loin par le courant…
Parmi ces créatures figurent en assez grand nombre les labres-rasoirs masqués (Novaculichthys taeniourus), que les anglos-saxons appellent plus justement des « rock-mover wrasse » en raison de leur faculté à bouger les cailloux pour y dénicher quelque succulent invertébré qui s’y cacherait, travaillant parfois de concert comme des ouvriers sur un chantier de construction. Compte tenu de la densité de pierres dans le paysage, pas étonnant qu’ils soient surreprésentés ici: ils ne risquent pas de manquer de boulot…

Mais le sol caillouteux de Karang Makassar héberge également bon nombre d’oursins, dont cet étonnant oursin-mitre (Tripneustes gratilla) que je remarque pour la première fois, garni de piquants blancs ou oranges selon leur implantation. Son alternance de quartiers blancs et bleu me fait un peu penser à une version totalement ébouriffée de l’oursin smoking (Mespilia globulus), comme s’il y avait la tenue élégante du début de soirée, et celle, nettement plus dépenaillée du réveil de cuite le lendemain matin…

Plongée à Komodo : Oursin mitre (Tripneustes gratilla) à Karang Makassar
Plongée à Komodo : Oursin mitre (Tripneustes gratilla) à Karang Makassar

Parfois nous croisons également quelques créatures plus imposantes, comme ce requin pointe blanche posé sur le fond, ou encore ces tortues qui s’en donnent à cœur joie à farfouiller dans le corail à la recherche d’une quelconque friandise…

Mais les manta dans tout ça ? Elles sont bien là, rassurez vous 🙂 Certes pas les cinquante individus que certains divecenters locaux revendiquent sur leur site Web, mais plutôt quelques spécimens isolés, posés sur le fond pour un déparasitage en règle par les labres du coin, ou bien en train de se nourrir à proximité de la surface…
Notre dérivante est moyennement rapide (en tous les cas par rapport à notre plongée de la veille sur Siaba Kecil) dans la mesure où le courant est suffisamment violent pour nous empêcher de faire demi tour et de nager contre lui, mais tout de même pas assez fort pour que nous ne puissions nous arrêter si nous le souhaitons, même si la chose n’est guère aisée dans ce paysage uniformément plat et qui manque résolument de relief derrière lequel s’abriter. Nous nous posons tout de même tant bien que mal sur le fond pour observer les manta à loisir. Heureusement quelques cuvettes procurent de temps à autre un abri tout relatif, formant comme des cratères qui renforcent encore cette impression de paysage lunaire. Le muck stick que j’utilise habituellement pour certaines plongées me permet également de me cramponner en le plantant dans le sol… Aucun risque ici d’endommager quoi que se soit, puisqu’il n’y a rien que des cailloux… Contrairement à l’habitude, un petit surlestage peut également s’avérer utile à Karang Makassar, permettant de se maintenir plus facilement sur le fond et éviter d’être emporté, mais les crochets se révèlent par contre totalement inutiles faute d’endroit pour les y accrocher.

Au bout de deux kilomètres de dérivante, la plongée de Karang Makassar effectuée dans le sens Nord-Sud se termine par un petit jardin de corail un peu plus accueillant, et où l’on retrouve la faune habituelle de l’indo-pacifique, et où je remarque une présence importantes de magnifiques balistes à rides bleues (Pseudobalistes fuscus), dont le corps à dominante orangé semble recouvert d’une fine réticule de lignes bleues qui forment comme un labyrinthe dessiné et que l’on pourrait s’amuser à suivre du doigt jusqu’à trouver une issue…

Plongée à Komodo : Baliste à rides bleues (Pseudobalistes fuscus) à Karang Makassar
Plongée à Komodo : Baliste à rides bleues (Pseudobalistes fuscus) à Karang Makassar

Nous referons la même plongée le lendemain, cette fois avec un plus grand nombre de manta, mais je reste globalement déçu par ces plongées à Karang Makassar. Certes j’apprécie toujours de pouvoir plonger en compagnie des manta et d’observer leur vol si gracieux, mais l’âpreté de ce paysage sans vie, également la force du courant qui ne permet pas une observation dans des conditions optimales, et puis aussi le grand nombre de plongeurs qui se regroupent derrière les manta (le site est l’un des plus prisés des plongeurs à la journée depuis Labuan Bajo, et il n’est pas rare d’avoir 2 ou 3 palanquées derrière une manta) ne me laisseront définitivement pas un souvenir inoubliable de cette plongée à Karang Makassar. Il y a tant de magnifiques sites de plongée à Komodo, et en même temps tant d’autres endroits dans le monde pour observer les manta dans de meilleures conditions 1


Vidéo filmée et montée par Bernard Cortier

  1. par exemple Nusa Penida à Bali, Koh Tachai en Thaïlande etc.

Articles dans cette catégorie

Share
Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées.

Ma plus belle plongée ? J'espère bien la prochaine...

One thought on “KOMODO: KARANG MAKASSAR, L’AUTOROUTE A MANTA…

Et si vous laissiez un commentaire ? (votre adresse mail ne sera pas publiée)