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Pendant que la lune illumine de son gros œil rond la surface du parc de Komodo, dans l’obscurité sous-marine de nouvelles créatures entrent en scène, et ici, à Gili Lawa Darat, ce sont les danseuses espagnoles qui tiennent la vedette…

 

Cette magnifique journée de croisière plongée sous-marine dans le Nord de Komodo touche désormais à sa fin, et l’on peut dire que nous avons été gâtés avec de très belles plongées sur les pinacles de Castle Rock, puis les eaux limpides de Crystal Rock et ses requins, et enfin une grosse montée d’adrénaline dans les courants de Cauldron. Pourtant la journée n’est pas encore tout à fait terminée, puisque nous attend une nouvelle plongée, nocturne celle-ci, à la découverte de la petite baie dans laquelle  notre bateau, le Tidak apa apa, a mouillé pour la nuit.

Plongée à Komodo : Coucher de soleil à Gili Lawa Darat

Plongée à Komodo : Coucher de soleil à Gili Lawa Darat

En attendant la fin de notre intervalle de surface et en nous reposant de nos efforts sur le pont du Tidak, nous assistons à un somptueux coucher du soleil sur la mer de Flores, comme si le soleil avait décidé de descendre tout droit dans le cratère du volcan Sangeang, encore tout fumant dans le lointain. Nous profitons de ses dernières lueurs pour préparer notre équipement, et nos ordis marquent approximativement 19h lorsque enfin l’obscurité devient totale et que nous nous mettons à l’eau, une fois n’est pas coutume, en sautant directement depuis le pont et sans utiliser l’annexe.

Ici pas besoin de plan de plongée, nous suivons simplement à main droite le rivage, direction plein Nord et le bout de la baie, à une profondeur de 16-18 mètres, puis demi tour pour revenir au bateau par le même chemin, cette fois un peu plus près du rivage, puisque nous visons une profondeur de 8-10 mètres.

Une plaine sableuse constitue le fond, parsemée de gros rochers qui abritent l’essentiel de la faune locale. Une bonne partie des poissons que nous rencontrons sont déjà assoupis, directement à même le sable, ou bien cachés dans une quelconque anfractuosité, comme ce poisson-perroquet aux reflets verts, ou cet étrange poisson-lapin qui vient s’étendre sur le sable juste sous mon nez…

Les poissons qui ne sont pas encore couchés ont quant-à eux revêtu leur tenue nocturne, souvent plus sombre que celle qu’ils arborent dans la journée, et la différence peut parfois être assez frappante, comme chez ce poisson-papillon pointillé (Chaetodon semeion) par exemple, ou encore chez le fusilier tricolore (Pterocaesio Tile) dont le ventre devient franchement rouge vif une fois la nuit tombée. Chez le nason zebré (Naso vlamingii) la différence est en revanche moins perceptible puisqu’il adopte simplement une robe un peu plus marbrée…

Les prédateurs n’ont quant-à eux pas besoin de camouflage particulier pour se mettre en chasse, et ici à Lawa Darat, ce sont surtout les pterois qui dominent, avec la présence de plusieurs espèces comme le Pterois antennata, reconnaissable aux deux grandes antennes qui surmontent ses yeux et auxquelles il doit son nom, mais également le pterois zebré (Dendrochirus zebra), aux « ailes  » entièrement couvertes d’une membrane plus ou moins translucide…

Et puis il y a aussi les insouciants, qui au mépris du danger, s’amusent à danser la sarabande sans se préoccuper d’un éventuel danger. Probablement l’inconscience de la jeunesse, puisqu’il s’agit d’un juvénile de vivaneau noir et blanc (Macolor niger), promenant entre les coraux la voyante livrée dont il tire son nom, même si une fois devenu adulte il deviendra entièrement gris et n’aura plus grand chose en commun avec son aspect actuel.

Mais durant cette plongée de nuit à Lawa Darat, je croise également quelques espèces que je n’avais encore jamais rencontrées, comme cette petite murène ruban blanc (Pseudechidna brummeri) qui ondule sur le sable devant moi. Les anglo-saxons la surnomment parfois « ghost eel », et ça lui va plutôt bien avec son teint blafard qui la fait ressembler à un fantôme déambulant dans l’obscurité.

Plongée à Komodo : Murène ruban blanc (Pseudechidna-brummeri) à Gili Lawa Darat

Plongée à Komodo : Murène ruban blanc (Pseudechidna-brummeri) à Gili Lawa Darat

Je n’avais également encore jamais rencontré ce drôle de poisson-chirurgien, Zebrasoma veliferum, aux imposantes nageoires dorsale et anale, dressées comme des voiles lorsqu’il se trouve en plein déparasitage par les labres du coin, ou bien lorsqu’il décide de se montrer intimidant vis a vis d’un concurrent de la même espèce ou bien face à un agresseur potentiel. Lorsqu’il nage, ces « voiles » sont par contre entièrement repliées. A noter également qu’à la différence des autres chirurgiens, les deux scalpels situés à la base de sa caudale ne sont pas empoisonnés.

Plongée à Komodo : Poisson-chirurgien voilé (Zebrasoma veliferum) à Gili Lawa Darat

Plongée à Komodo : Poisson-chirurgien voilé (Zebrasoma veliferum) à Gili Lawa Darat

Mais ce qui frappe le plus à Gili Lawa Darat, c’est la présence des danseuses espagnoles (Hexabranchus sanguineus). Nous en croiserons pas moins de trois durant la grosse heure qu’aura duré notre plongée de nuit, habillées de robes rouges ou oranges, parfois mouchetées de points blancs.
Si les nudibranches se présentent la plupart du temps sous une forme minuscule (selon les espèces entre 0,5 et 5 centimètres), la danseuse espagnole fait sans contestation possible figure de géante, puisqu’on la rencontre assez couramment dans des tailles comprises entre 20 et 30 centimètres, mais parfois (plus rarement) jusqu’à 60 centimètres ! Si son apparence générale reste proche de celle d’un doridien traditionnel (rhinophores, panache branchial etc.), ce qui frappe surtout chez la danseuse espagnole c’est ce grand manteau replié contre son corps lorsqu’elle se trouve au repos. Si d’aventure elle vient à être dérangée, elle le déploie et se met à nager par ondulation, ressemblant alors fortement à une danseuse gitane faisant onduler sa longue robe ourlée au gré d’un flamenco endiablé.
Profitant de cette rencontre somme toute peu courante (l’animal est nocturne et reste à l’abri des anfractuosités dans la journée), je reste de longues minutes à les observer, ne pouvant bien sûr pas me retenir de les solliciter un peu pour qu’elles sortent de leur torpeur et se mettent à danser pour moi (je sais, c’est mal 🙁 )

Bien sûr la ponte de l’animal est à la mesure de son gigantisme, avec ses guirlandes d’œufs qu’elle dissémine dans le récif et qui ressemblent à de grosses roses rouges qui auraient poussé sur le corail.

Plongée à Komodo : Ponte de nudibranche à Gili Lawa Darat

Plongée à Komodo : Ponte de nudibranche à Gili Lawa Darat

Video filmée et montée par Bernard Cortier

C’est donc sur un air de flamenco à Lawa Darat que s’achève cette nouvelle journée de plongée à Komodo, une journée bien remplie avec quatre plongées toutes plus magnifiques les unes que les autres, à la découverte de paysages somptueux ou de nouvelles créatures marines toujours aussi surprenantes…

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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