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Rodéo…. Un nom qui de prime abord semblerait probablement bien mieux convenir à un ranch du far-ouest américain qu’à un site de plongée sous-marine situé aux confins du parc de Komodo. Et pourtant nous n’allons pas tarder à comprendre à quel point ce nom n’a pas été choisi au hasard…

Rodéo se situe à l’extrémité Sud de la baie du fer à cheval (Loh Dasami) où nous avons passé la nuit, avant une première plongée plus tôt dans la matinée sur le magnifique tombant de Yellow Wall (lire ICI). On ne pourrait guère plonger plus au Sud du parc de Komodo puisqu’au Sud il n’y a plus rien, en dehors de la mer de Savu, puis, bien loin derrière l’horizon, à plus de soixante kilomètres, Pulau Sumba, et ensuite l’immensité de l’océan jusqu’à l’Australie à 1200 km de là… Autant dire qu’il ne ferait pas bon être pris dans un des fameux courants qui font la réputation de Komodo, et qui sont capables de vous entraîner loin du bateau en quelques instants.
Mais pour le moment nous achevons tranquillement notre copieux petit déjeuner sur le pont du Tidak Apa Apa: une orgie de Nutella agrémentant les délicieuses gaufres cuisinées par M’Tuo, notre cuistot préféré. Le petit déjeuner constitue probablement le repas le plus attendu de la journée, puisque nous nous contentons d’une rapide et légère collation à notre réveil, juste avant d’effectuer une première plongée dont nous ressortons généralement affamés, et que ce n’est qu’à notre retour à bord que nous pouvons reprendre des forces, profitant de l’intervalle de surface qui nous sépare de notre immersion suivante. M’Tuo sait tout cela parfaitement, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il nous aura décidément gâtés lors de cette croisière plongée à Komodo

Plongée à Komodo : Petit déjeuner à Horseshore bay

Plongée à Komodo : Petit déjeuner à Horseshore bay

En fin de matinée nous embarquons à nouveau dans l’annexe en alu du Tidak afin de parcourir pour la seconde fois de la journée le long couloir qui sépare Nusa Kodé de Rinca. Plus nous approchons de l’embouchure du fer à cheval et plus la mer devient agitée, si bien que lorsque nous doublons la pointe septentrionale de Rinca, nous sommes ballottés en tous sens par la houle de la mer de Savu, pour laquelle le fond plat de notre embarcation n’est que peu adapté. Je commence à comprendre pourquoi on a surnommé le site « Rodéo« , et sous la surface, la situation doit être bien pire…
Quoi qu’il en soit l’endroit dégage une étrange beauté sauvage, renforçant encore, si tant est que cela soit possible, l’impression de monde perdu dans laquelle nous baignons depuis plusieurs jours, depuis que nous avons pénétré dans la partie Sud du parc de Komodo

Plongée à Komodo :Paysage de surface à Rodéo

Plongée à Komodo :Paysage de surface à Rodéo

Mais pour le moment Rodéo se refuse à nous, et malgré tous nos efforts, nous tournons désespérément autour sans parvenir à le trouver. Il s’agit en effet d’une petite montagne sous-marine qui culmine à environ 5 ou 6 mètres, idéal pour un pallier de décompression en toute sécurité dans ces régions sujettes à un fort courant, mais assez difficile à repérer depuis la surface, surtout par forte houle. L’ayant enfin localisé, nous effectuons une impeccable bascule arrière, nous retrouvant aussitôt en plein jus, ballottés par les vagues comme de vulgaires bouchons, et pris par le courant qui nous éloigne irrémédiablement de notre destination en nous attirant vers la pleine mer, malgré nos vains efforts pour lui résister…
Heureusement l’annexe parvient à nous récupérer, et nous agrippant à son plat-bord, nous nous laissons traîner jusqu’à une zone située en amont de Rodéo où nous pouvons enfin nous immerger, le courant décidément puissant nous ramenant vers le pinacle lors de notre descente…

Et à peine avons-nous ce pinacle en visuel, que nous sommes aussitôt récompensés de notre persévérance et de toute l’énergie déployée pour l’atteindre, tant le spectacle en vaut la peine. Nous sommes face à une grosse montagne sous-marine, de forme plutôt irrégulière, et partout ce ne sont que coraux mous déployant leurs polypes d’un jaune éclatant, auxquels se mêlent d’innombrables crinoïdes aux couleurs les plus diverses.

Plongée à Komodo : Corail jaune (Tubastraea coccinea) à Rodéo

Plongée à Komodo : Corail jaune (Tubastraea coccinea) à Rodéo

La base du pinacle repose par trente deux mètres de profondeur, et nous y commençons notre exploration, faisant le tour du rocher en remontant lentement. A cette profondeur, nous croisons énormément d’oursins de feu (Asthenosoma varium), dont une étrange espèce de couleur presque blanche, assez rare, mais également beaucoup d’holothuries pomme de mer (Pseudocolochirus violaceus), panache branchial déployé ou non, mais toujours dans des tons chatoyants mêlant le rouge et le bleu, toujours ponctuées de petites épines jaunes (et oui ce sont des échinodermes de la même manière que les oursins), alignées en bandes courant tout le long de leurs flancs arrondis.

De forme plutôt massive, la circonférence de Rodéo est si vaste que l’on peut tout juste en faire une seule fois le tour lors d’une plongée, tout en progressant vers la surface. Le courant, toujours aussi violent, nous oblige la plupart du temps à nous plaquer à la roche, surtout sur ses côtés les plus exposés, et j’en profite pour m’arrêter régulièrement sur ses nombreux replats  afin d’admirer la faune multicolore qui y réside. Là aussi c’est une profusion de couleurs où se mêlent en un grandiose tableau, gorgones bleues, crinoïdes jaunes ou délicats coraux blancs au cœur orange…

… et puis parfois je découvre au détour d’un rocher la forme délicate de ces magnifiques colonies d’ascidies que l’on croirait taillées dans le cristal le plus pur, saupoudrées de mille paillettes bleutées que vient réveiller la lueur de ma torche. Difficile pour une simple photo sous-marine de rendre justice à l’incroyable beauté de ces animaux qui semblent palpiter d’une étrange luminescence blanchâtre dans la semi obscurité de ces profondeurs.

Plongée à Komodo : Ascidie bleue à Rodéo

Plongée à Komodo : Ascidie bleue à Rodéo

Si à Rodéo ce sont surtout les cnidaires, échinodermes et autres bryozoaires qui ont focalisé mon attention par leurs magnifiques couleurs vives, la faune mobile n’en est pas pour autant absente, mais peut être qu’à l’issue de douze jours de croisière plongée à Komodo, sans être totalement blasés (peut-on jamais l’être en plongée sous-marine ?), on finit tout de même par ne plus prêter la même attention aux poissons qui nous entourent et que l’on retrouve sur la plupart des sites. On trouve pourtant de tout à Rodéo, depuis la minuscule et timide blennie cachée dans son trou, jusqu’aux requins pointe blanche qui se reposent régulièrement sous les larges surplombs que forment les rochers au sommet du pinacle et qui les rendent si difficiles à prendre en photo.

Plongée à Komodo : Bennie striée (Petroscirtes breviceps) à Rodéo

Plongée à Komodo : Bennie striée (Petroscirtes breviceps) à Rodéo

Ce sommet justement constitue l’endroit parfait pour terminer la plongée et effectuer son pallier de décompression, offrant de multiples options pour s’abriter du courant et éviter d’être emporté. J’en profite pour jeter un dernier regard au paysage alentour, tentant de m’imprégner au maximum de cette ambiance magique et de ses magnifiques couleurs, puis, à l’issue de mes trois minutes réglementaires, je remonte en pleine eau au dessus du pinacle, laissant à nouveau le courant se saisir de moi et m’emporter pendant que je regagne la surface. Là-haut l’annexe du Tidak ne tarde pas à venir me récupérer, et, après quelques acrobaties sur l’échelle dues à une mer toujours aussi agitée, je regagne le bord, épuisé mais encore émerveillé par cette très belle plongée sur Rodéo, probablement l’une de mes préférées sur cette croisière plongée à Komodo, et toute l’équipe partageant le même point de vue, nous voterons à l’unanimité pour y revenir dès le lendemain…

Si Rodéo constitue une magnifique plongée, il n’est pourtant que très rarement proposé lors des croisières à Komodo en raison des conditions de mer qui peuvent parfois se révéler délicates. Le site étant situé à l’embouchure du fer à cheval de Loh Dasami, il ne bénéficie en effet plus de la protection de la baie, et peut donc être sujet à de violents courants, sans parler d’une houle qui y rend la navigation et les mises à l’eau/remontées parfois difficiles et toujours très acrobatiques. Pour toutes ces raisons, ainsi que pour sa profondeur, Rodéo se destine uniquement à des plongeurs expérimentés et en excellente condition physique.

Plongée à Komodo : Paysage et corail jaune (Tubastraea coccinea) à Rodéo

Plongée à Komodo : Paysage et corail jaune (Tubastraea coccinea) à Rodéo

 

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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