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Seraya Kecil, à une dizaine de kilomètres à peine de Labuan Bajo, constitue notre dernière immersion de cette première partie de croisière plongée à Komodo. Une plongée a priori guère passionnante puisqu’elle se passe à faible profondeur, et presque sur la plage d’un hôtel. Mais il parait que l’on y trouve souvent une faune inhabituelle. Allons voir…

A peine sommes nous remontés à bord suite à notre dernière plongée au milieu des Sabolon sisters (Lire l’article ICI) que le Tidak Apa Apa reprend sa navigation vers l’Est 1. Cette fois nous effectuons une étape de courte durée puisque Seraya Kecil ne se trouve qu’à 6 kilomètres de là, et nous nous trouvons devant sa plage de sable doré bien avant la fin de notre intervalle de surface. Le lieu est réputé en tant que spot de snorkelling, mais à cette heure avancée de l’après-midi, il se trouve à peu près désert. Tant mieux 🙂

Nous grimpons dans l’annexe en alu du Tidak et allons nous immerger au Nord de la petite île. Le courant va généralement d’Ouest en Est par ici, mais puisque nous plongeons le long de la plage, il n’est pas à redouter. Un peu plus loin quelques pinacles font l’objet d’une belle plongée, mais nous avons déjà enchaîné pas mal de profondeur aujourd’hui, et nous préférons sagement nous contenter d’explorer les deux petits murs de corail qui bordent la plage, ne dépassant pas les 15 mètres de profondeur. Une plongée pour pantouflards en perspective donc…
Est-ce la raison pour laquelle je remarque plus particulièrement certaines espèces lors de cette plongée, où bien existe t’il vraiment à Seraya Kecil une faune particulière ? Difficile à dire, mais toujours est-il que cette plongée m’offre pas mal de rencontres inédites…

Le première de ces rencontres ne se distingue qu’à grand peine des tentacules du corail-anémone (Heliofungia actiniformis) dans lequel elle réside, puisqu’elle ne montre qu’une petite tête blanche, en tout point semblable aux terminaisons blanchâtre de ces tentacules. Il s’agit de la crevette de Koror (Cuapetes kororensis). La tête se prolonge par un thorax du plus bel orange, puis par un abdomen plus clair, mais celui se perd généralement dans les profondeur de son hôte et est rarement visible, même si l’on peut parfois apercevoir la masse des œufs (voir photo 1). Munie de pattes transparentes démesurément longues, la crevette de Koror semble s’accrocher aux tentacules du corail-anémone, et n’hésite pas à bondir d’un tentacule à l’autre, rendant les prises de vues rapprochées plutôt compliquées, d’autant que l’animal ne mesure guère plus de trois ou quatre centimètres…
Quoi qu’il en soit, il s’agit encore d’une nouvelle créature étonnante, qui élargit encore pour moi la palette des formes et des couleurs du monde des crevettes, bien loin de celles que l’on trouve communément sur les étals de nos poissonniers…

Toujours dans le monde des crevettes, Ludo, notre guide, retourne une étoile de mer du plus joli bleu (Linckia laevigata) pour me montrer une crevette des astéridés (Zenopontonia soror). Sa couleur, mimétique de l’étoile de mer sur laquelle elle réside, ainsi que sa petite taille (un petit centimètre au maximum – voir l’échelle sur la photo en comparaison du bras de la Linckia), en font un animal plutôt discret, et lui aussi guère facile à prendre en photo…
Cette crevette se nourrit principalement du nettoyage de la bouche de son hôte, d’où sa position sur la face orale de cette dernière. La prochaine fois que vous croiserez une Linckia (mais on rencontre aussi cette espèce de crevette sur d’autres étoiles de mer) pensez donc à la retourner délicatement… sans oublier bien sûr de la remettre ensuite dans sa position initiale…

Au rayon des nudibranches, pas grand chose d’extraordinaire à se mettre sous la dent ici à Seraya Kecil, si ce n’est une concentration plutôt importante de Chromodoris quadricolor, toujours très photogéniques avec leur manteau rayés et leurs rhinophores et panache branchial d’un très bel orange vif. Je n’ai aucune explication, mais on en trouve presque sur chaque coin de corail ici.

Heureusement les poissons apportent également leur lot de curiosités tout au long de cette plongée à Seraya Kecil, avec notamment ce Diploprion à deux bandes (Diploprion bifasciatum) que je croise pour la première fois. Pourtant ce poisson de taille plutôt modeste (25 cm max) ne passe pas inaperçu avec sa livrée jaune pale barrée de deux bandes verticales noires. Appartenant à la famille des « Soapfish », les poissons-savons, cette espèce est capable, en cas de danger ou de stress, de produire une sécrétion toxique appelée grammistine. Ichhyotoxique, elle s’avère heureusement inoffensive pour l’homme.

Le drôle de poisson-crampon d’oursin (Diademichthys lineatus) tire son nom de l’habitude qu’il a de se réfugier entre les longs piquants des oursins diadèmes, mais on le trouve également, comme ici à Seraya Kecil, dans les coraux branches. Tout en longueur, il arbore une robe rouge à marron traversée d’une longue ligne blanche à jaune pale qui court de la base de la caudale jusqu’à la pointe du museau, allongé et fin (surtout chez la femelle). Avec une telle anatomie, son régime alimentaire se résume aux œufs de crevettes et de petits bivalves. Lui aussi est un agité du bocal, et pas toujours facile à photographier tant il remue dans tous les sens…

Le poisson-clown bistre (Amphiprion melanopus) est certes plus classique, mais tout de même moins courant que ses cousins clowns. Il doit bien évidemment son nom à la couleur de sa robe. Ce qui a particulièrement attiré mon attention ici, c’est le contraste de cette robe avec l’anémone qu’il s’est choisie pour hôte, une anémone à bouts renflés (Entacmaea quadricolor), mais d’un blanc particulièrement éclatant qui tranche sur le reste du paysage, formant un très joli tableau.

Quant au pavillon à long bec (Chelmon rostratus), un poisson-papillon, je l’ai déjà croisé, mais pas si souvent, et puis il est toujours rigolo de le voir déambuler de profil en poussant devant lui son museau démesuré, dont Edmond Rostand aurait surement pu s’inspirer pour Cyrano…

Et puis parmi les autres créatures diverses et variées que l’on peut trouver à Seraya Kecil, il y a en vrac l’algue Valonia ventricosa, appelée « Sailor eyeball » par les anglo-saxons, probablement le plus gros organisme unicellulaire de notre planète. On trouve également Cociarella nigra, un gastéropode d’une dizaine de centimètres à l’étrange aspect noir velouté, ou  bien encore ce bébé corail (Stylophora pistillata) aux magnifiques polypes verts sur fond de squelette jaune, le tout presque phosphorescent. Un régal pour les yeux !

Au total nous resterons presque une heure et quart à déambuler ainsi parmi les coraux de Seraya Kecil, un site qui n’a décidément rien à voir avec les plongées spectaculaires que nous avons effectuées ces derniers jours (voir Cauldron ou Golden passage), mais qui constitue tout de même une très belle plongée, pleine de créatures assez inhabituelles. Pour ceux qui seraient simplement de passage sur Labuan Bajo, le site ne se trouve qu’à une petite dizaine de kilomètres de là, et est donc très facilement accessible pour une plongée à la demie journée. Il ne présente par ailleurs aucune difficulté particulière, permettant à tout plongeur de s’y aventurer quel que soit son niveau.

Avant de prendre le chemin du retour vers Labuan Bajo, on se quitte sur une petite synthèse en vidéo réalisée par Bernard Cortier, dans laquelle je vous recommande plus particulièrement l’impressionnante cascade effectuée par une holothurie chutant d’une hauteur d’au moins trente centimètres avant de retomber sur ses pattes (promis ce film a été réalisé sans trucage et sans aucune maltraitance animale. On ne l’a pas poussée !)

Video filmée et montée par Bernard Cortier

Plongée à Komodo : Paysage de surface de Seraya Kecil

Plongée à Komodo : Paysage de surface de Seraya Kecil

  1. Pour rappel le détail de cette croisière plongée à Komodo se trouve ICI

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Gilles Auroux

Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j’ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.


Ma plus belle plongée ? J’espère la prochaine…


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