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Les courants de Komodo, réputés pour faire partie des plus violents, nous avaient jusqu’à présent épargnés. Mais cela risque de changer rapidement, puisque notre prochaine plongée à Komodo nous entraîne sur Siaba Kecil, dont il se murmure qu’il s’agirait de la plongée dérivante la plus rapide de tout Komodo. Un vrai baptême du feu en somme…

Après notre ballade bucolique du matin dans le magnifique jardin de corail de Tatawa Besar (lire le post ICI), une plongée dérivante plutôt pépère, le Tidak Apa Apa a repris la mer, direction plein Sud, pour parcourir les 5 petits kilomètres qui nous séparent du mouillage de Siaba Besar où nous allons rester quelques nuits, utilisant l’annexe pour partir à la découverte des nombreux sites de plongée sous-marine environnants.
Pour rappel, le parcours complet et détaillé de cette croisière plongée à Komodo se trouve ICI.

La dérivante de Siaba Kecil

A l’issue d’un copieux déjeuner suivi d’une courte sieste, nous prenons place dans l’annexe qui doit nous conduire jusqu’à l’île voisine de Siaba Kecil. Le brieffing pré-plongée n’a laissé aucune place à l’équivoque: Siaba Kecil se présente effectivement comme une plongée dérivante plutôt véloce, du style je roule plein gaz sur l’autoroute plutôt que je me traîne paisiblement sur une route de campagne… et encore, seulement les jours où le courant est le moins violent !

C’est par conséquent avec un peu d’appréhension que je vois Siaba Kecil s’approcher… beaucoup trop vite à mon goût malgré l’allure réduite de notre petite embarcation… Mais rapidement l’appréhension laisse place à l’action, puisque nous devons effectuer une entrée négative dans l’eau. Ici pas question de traîner pendant des lustres lors de la mise à l’eau, au risque de voir la palanquée entière se disperser, ou de manquer une bonne partie de la plongée en dérivant bêtement à la surface… Heureusement les quelques plongées déjà effectuées à Komodo nous auront permis d’améliorer notre synchronisme, et c’est dans un parfait ensemble que nous effectuons notre bascule arrière, stab entièrement vidée, puis, sans même nous retourner, que nous piquons directement vers le fond, en actionnant notre purge rapide arrière, bien sûr sans oublier d’équilibrer les oreilles.

Immédiatement le courant nous saisit et nous entraîne. Inutile de tenter la moindre résistance, il est bien trop puissant pour cela ! Nous poursuivons donc notre descente oblique tout en nous laissant emporter, regardant le paysage défiler à toute allure sous nos yeux. Vers 20 mètres de profondeur le tombant laisse la place à un fond plus horizontal au-dessus duquel nous nous stabilisons tout en poursuivant notre folle sarabande… Il va sans dire que toute tentative pour prendre la moindre photo sous-marine se trouve d’avance vouée à l’échec. Même les poissons n’arrivent pas à nager dans un tel jus, et pour ceux qui parviennent à faire du sur-place face au courant, j’ai a peine le temps de les cadrer que déjà ils se retrouvent loin derrière moi…

Plongée à Komodo : Baliste titan (Balistoides viridescens) à Siaba Kecil

Plongée à Komodo : Baliste titan (Balistoides viridescens) à Siaba Kecil

Heureusement à cet endroit le relief présente de nombreuses anfractuosités, et même quelques petites grottes (si le terme existait, je les qualifierais plutôt de grottelettes tant elles sont minuscules!) dans lesquelles nous parvenons de temps à autre à nous abriter pour une pause rapide, attendant le reste du groupe. Parfois nous partageons cet abri providentiel avec un quelconque poisson, des sweetlips ou des poissons-ange principalement, et j’en profite pour une rapide tentative photographique, me faisant au passage la réflexion qu’il y a sous l’eau une véritable solidarité face au courant. En effet certains poissons habituellement craintifs, semblent ici trouver notre présence à leur côté parfaitement naturelle, comme si le danger ne venait plus du plongeur, mais des éléments, et que cela justifiait parfaitement une cohabitation temporaire, mettant de côté leurs instincts habituels le temps d’une courte pause.

Plongée à Komodo : Poisson-ange empereur (Pomacanthus imperator) à Siaba Kecil

Plongée à Komodo : Poisson-ange empereur (Pomacanthus imperator) à Siaba Kecil

Mais l’exiguïté de ces quelques anfractuosités est telle qu’il n’y a de place que pour un ou deux plongeurs au maximum, et le plongeur suivant se voit donc contraint de poursuivre sa dérive plus ou moins contrôlée jusqu’à l’abri suivant, attendant de devenir le dernier plongeur de la palanquée pour partir à nouveau dans le courant et se laisser emporter jusqu’à un nouvel abri, et ainsi de suite, un peu comme dans un jeu de backgammon où chaque joueur doit avancer ses pions de case en case… Surement que les quelques poissons qui ne sont pas trop occupés à faire face au courant doivent bien se marrer à nous regarder…

Arrivés au Sud de Siaba Kecil, nous commençons à remonter tout en virant vers la droite, nous mettant ainsi à l’abri du courant puisque l’île va désormais nous en protèger. Et comme par magie le flot turbulent commence à faiblir, puis à disparaître totalement. Nous évoluons maintenant dans un magnifique jardin de corail dans lequel nous pouvons aller et venir à notre guise…

Le jardin de corail de Siaba Kecil

Le contraste entre les deux univers est tout à fait saisissant. Il y a quelques minutes encore nous nous trouvions au beau milieu d’éléments déchaînés, et nous déambulons désormais dans un paisible jardin coloré, comme si nous avions franchi une porte invisible séparant deux mondes que tout oppose.

Ce jardin semble être un paradis pour tortues tant elles sont nombreuses, passant tantôt dans le bleu pour revenir de la surface après une brève respiration, tantôt attaquant voracement le corail à grand coup de bec pour y dénicher quelque succulente friandise… Tellement nombreuses en fait qu’au bout d’un moment certains plongeurs n’y prêtent même plus attention, leur tournant le dos d’un air indifférent…

Mais le jardin de Siaba Kecil sert également de décor à une toute autre espèce, et l’ombre furtive d’un requin de récif, principalement des pointe-blanche (Carcharhinus albimarginatus), passe de temps à autre devant le soleil avant de disparaître, comme avalé par le bleu. Ce sont nos premiers requins de cette croisière plongée à Komodo, et comme d’habitude je ne me lasse pas de les voir glisser dans l’eau sans effort apparent grâce à l’hydrodynamisme de leur corps fuselé. Les requins sont des animaux tellement parfaits qu’ils n’ont même pas eu besoin d’évoluer depuis les millions d’années qu’ils existent, régnant en maîtres incontestés sur les océans de la planète, avant qu’en quelques décennies à peine nous ne bouleversions cet écosystème fragile, à tel point qu’aujourd’hui il devient de plus en plus rare de les rencontrer en plongée… Je savoure donc ces quelques instants de magie, ne pouvant m’empêcher de penser avec un brin de tristesse que nous sommes probablement une des toutes dernières générations à pouvoir jouir d’un tel spectacle en milieu naturel, et que nos descendants ne connaîtront sûrement plus que des requins en bocal, tournoyant sans fin derrière les vitres en plexiglas d’aquarium géants…

Plongée à Komodo : Requin pointe blanche à Siaba Kecil

Plongée à Komodo : Requin pointe blanche à Siaba Kecil

Bien sûr le jardin de Siaba Kecil héberge également une faune certes moins impressionnante, mais tout aussi remarquable, profitant de ce havre de quiétude au milieu du tumulte environnant, et c’est à qui exposera ses plus belles tenues, depuis la robe à pois multicolore du poisson-coffre pintade (Ostracion meleagris) jusqu’à l’élégant chirurgien à joue blanche (Acanthurus nigricans) dans son smoking bleu sombre, sans oublier les fugaces poissons-cocher fantôme (Heniochus pleurotaenia) qui ont la fâcheuse habitude de nous tourner le dos rendant toute prise de vue presque impossible…

Comme d’habitude ici la faible profondeur du jardin de corail (plus ou moins 5 mètres) nous permet de décompresser tranquillement tout en poursuivant notre exploration, mais nos réserves d’air ont été passablement mises à mal par notre gymnastique précédente au beau milieu du courant, et nous sommes immergés depuis 45 minutes à peine lorsque nos manomètres décident de se rappeler à notre bon souvenir, nous invitant de manière pressante à regagner la surface…

Nous nous en tirons finalement avec quelques égratignures dues à des contacts involontaires avec les rochers ou coraux auxquels nous avons maladroitement tenté de nous agripper dans notre cavalcade effrénée de début de plongée, surpris par la violence d’un courant qui justifie ainsi pleinement la réputation de Siaba Kecil en tant que plongée dérivante la plus rapide de Komodo. Elle constitue toutefois pour moi une très belle plongée, très complète car à la fois riche en adrénaline, mais aussi en magnifiques rencontres. Pour l’apprécier à sa juste valeur il faut toutefois simplement accepter de lâcher prise, et juste se laisser emporter sans essayer de lutter ou de s’abriter dans les anfractuosités, surtout si le courant ce jour là est trop violent…

Plongée à Komodo : Poisson-soldats à Siaba Kecil

Plongée à Komodo : Poisson-soldats à Siaba Kecil

 

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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