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Padar, située entre Komodo et Rinca, marque la frontière invisible qui sépare la région Nord de la région Sud du parc de Komodo. Pour nous il s’agit presque d’une nouvelle croisière qui commence, un peu comme si nous entrions dans un nouveau territoire où l’eau d’un seul coup perd plusieurs degrés de température, se chargeant de nutriments et se nimbant d’une luminosité plus verte. J’ai hâte de découvrir ce nouvel univers qui commence avec notre première plongée du jour sur Three Sisters

Après nos deux très belles plongées de la veille sur Wainilu, un des meilleurs sites du parc de Komodo pour le muck-diving (lire l’article ICI), le Tidak Apa Apa à passé une nuit paisible dans la petite baie voisine, avant de lever l’ancre de bon matin et de mettre le cap plein Ouest. Nous doublons bientôt la seconde pointe du Nord de Rinca, la plus occidentale, puis nous piquons vers le Sud en nous engageant dans le détroit qui sépare Rinca de l’île de Padar 1. Sur notre tribord, Padar se déploie en une immense baie dans laquelle nous nous engageons pour aller y trouver, tout au fond, le mouillage sur lequel nous allons nous amarrer pour nous permettre de passer la journée à explorer les différents sites de plongée sous-marine des environs.

Le premier de ces sites se nomme Three Sisters, en référence aux trois énormes formations rocheuses qui dorment sous la surface, prenant naissance vers une trentaine de mètres de profondeur pour culminer à presque cinq mètres de cette dernière. Il existe même une quatrième sœur, mais elle se situe encore plus bas, vers 40 mètres de profondeur, et n’est de ce fait que très rarement visitée…

Plongée à Komodo : Paysage sous-marin de Three Sisters

Plongée à Komodo : Paysage sous-marin de Three Sisters

Il est 9 heures du matin lorsque nous embarquons dans l’annexe du Tidak afin de parcourir les quelques centaines de mètres qui nous séparent de Three Sisters et nous y immerger. Notre plan de plongée consiste à descendre sur le troisième sec, le plus profond, pour en explorer la base avant de revenir sur le second et de commencer notre remontée le long de ses parois, pour enfin terminer sur le premier sec (voir le plan de plongée).
Mais à peine avons nous touché l’eau qu’immédiatement le courant nous saisit et commence à nous emporter. Nous piquons vers le fond, essayant tant bien que mal de rester groupés derrière notre guide, utilisant les blocs rocheux pour nous protéger. Nous arrivons ainsi sur le fond de sable, vers 25 mètres, juste au coin Sud-Est de la seconde sœur où nous nous accrochons pour reprendre notre souffle après cette descente plutôt mouvementée. Nous avons raté notre objectif, mais plutôt que d’explorer cette seconde formation, nous décidons pourtant de poursuivre conformément à notre plan initial, et nous nous engageons dans le passage d’une quinzaine de mètres qui nous en sépare, luttant à grands coups de palmes contre le violent courant latéral qui cherche à nous entraîner. Un gros requin pointe noire passe juste devant nous, avec une totale décontraction, et je jurerais presque qu’il rigole en nous voyant ainsi dépenser tant d’énergie alors que lui-même semble ne faire aucun effort…
Nous atteignons enfin le troisième rocher, mais le courant reste toujours aussi violent, et nous sommes désormais à 33 mètres de profondeur. Autant dire que chaque coup de palme entame sérieusement nos réserves d’air, et j’ai presque l’impression de voir l’aiguille de mon manomètre se diriger tout droit vers la zone rouge…
Sagement, nous décidons de rebrousser chemin, et traversons en sens inverse le passage vers le second sec, toujours dans un courant aussi intense. Nous arrivons cette fois sur sa paroi Nord, abritée du courant, aux pieds d’un magnifique mur recouvert de coraux et de gorgones multicolores, parsemés de gros oursins exotiques qui décorent ce mur comme des boules de Noel dans un sapin…

De nombreuses espèces d’ascidies habitent également les parois des Three Sisters, la plupart prenant une inhabituelle couleur bleue qui colore agréablement le paysage en contrastant avec les plus classiques coraux mous et durs. C’est par exemple le cas de Nephtheis fascicularis, cette magnifique ascidie coloniale endémique des récifs indonésiens qui ressemble un peu à une morille, ou encore cette autre ascidie solitaire bleue sur laquelle je distingue avec grand peine la forme de minuscules amphipodes dont la taille ne doit pas dépasser pas les 2 ou 3 millimètres.

Mais les dix minutes passées à palmer violemment par plus de trente mètres n’ont pas laissé beaucoup d’air dans nos blocs, et nous n’avons guère le temps d’explorer ce rocher de manière aussi approfondie que nous l’aurions souhaité. Nous remontons donc le long de la paroi, effectuant un palier de sécurité près de son sommet, et regagnons la surface au bout d’à peine 35 minutes, blocs quasi vides, et plutôt frustrés par cette plongée sur Three Sisters que le courant ne nous aura pas permis d’explorer dans toute son étendue.

Afin de ne pas rester sur cette mauvaise impression, nous décidons de plonger à nouveau sur Three Sisters, mais cette fois lorsque la marée se sera inversée, nous permettant normalement d’y trouver des conditions de plongée plus favorables.
Il est donc un peu plus de 12h30 lorsque nous ré-embarquons dans l’annexe du Tidak pour gagner le site de plongée, un peu plus au Sud de notre mouillage, vers l’entrée de la baie. Nous nous immergeons cette fois au dessus du rocher n°1 que nous explorons depuis sa base située vers une vingtaine de mètres, avant de passer sur le second, puis sur le troisième sec, mais cette fois sans descendre aussi profondément que lors de notre précédente plongée. Et la profondeur n’est pas nécessaire ici, tant les trois sœurs abritent déjà une faune riche et intéressante dans la zone des 10-25 mètres. Seuls les requins, pointes blanches et pointes noires, semblent se complaire à rester près du fond, et nous ne les apercevrons cette fois que depuis le haut…

Ce qui marque le plus à Three Sisters c’est probablement le nombre et la diversité des holothuries qui y résident.

Communément appelées « Concombres de mer », les biologistes classent les holothuries dans l’embranchement des échinodermes, comme les oursins et les étoiles de mer. De forme généralement tubulaire, les holothuries sont des animaux benthiques qui se nourrissent de plancton ou de détritus à l’aide de longs tentacules buccaux, avant de digérer le tout dans un intestin très long qui justifie leur forme tubulaire. Outre la classique holothurie rayée (Earsonothuria graeffei), on trouve également sur Three sisters la minuscule (entre 5 et 10 centimètres) holothurie jaune (Colochirus robustus). Je la croise pour la première fois, mais elle va vite devenir un acteur incontournable de nos plongées dans le Sud de Komodo, puisque nous allons désormais l’apercevoir lors de chaque immersion, souvent en groupes comptant plusieurs dizaines d’individus, témoignant peut-être ainsi d’une nature sociale, ou à tout  le moins grégaire… Et puis un peu plus profond, on y rencontre aussi l’étonnante holothurie pomme de mer (Pseudocolochirus violaceus). Bien loin de la forme classique des holothuries traditionnelles, celle-ci se présente sous la forme d’une boule plutôt colorée où se mêlent rouge, jaune et bleu, et d’où émerge parfois le panache de tentacules qui lui permet de saisir le plancton dont elle se nourrit. Lorsque soumise à un stress important, la pomme de mer rejette une substance hautement ichhyotoxique, l’holothurine.

Three sisters abrite également un grand nombre de nudibranches, mais rien que nous n’ayons déjà vu lors de cette croisière plongée à Komodo, sauf peut-être le dragon bleu (Pteraeolidia semperi), au corps revêtu de grandes cérates d’un magnifique bleu intense (mais parfois aussi blancs ou bruns) et qui va lui aussi devenir un familier de nos plongées dans le Sud, comme Chromodoris quadricolor l’était dans le Nord de Komodo

Plongée à Komodo : Nudibranche (Pteraeolidia semperi) à Three Sisters

Plongée à Komodo : Nudibranche (Pteraeolidia semperi) à Three Sisters

Finalement cette seconde plongée nous aura permis de nous réconcilier avec Three Sisters, puisque effectivement le courant, très intense lors de notre première plongée, a presque complètement disparu avec l’inversion de la marée, permettant de découvrir le site sous un jour totalement différent et très agréable à plonger. Toutefois, compte tenu à la fois de la profondeur, et des conditions très variables que l’on peut y rencontrer, Three Sisters doit être réservé à des plongeurs plutôt expérimentés…

  1. Pour rappel le détail et la carte de cette croisière plongée à Komodo se trouvent ICI

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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