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La petite plage de Torpedo, sur l’île de Rinca dans le sud du parc de Komodo, étale son long ruban de sable noir le long des eaux vertes de la baie de Loh Dasami. Cette plage semble décidément le point de rendez-vous préféré des énormes dragons du coin qui l’arpentent de long en large à longueur de la journée, ou bien se contentent d’y paresser sous le soleil tropical. C’est à quelques mètres à peine de ce rivage que nous allons plonger, sur ce qui constitue sans doute l’un des plus beaux sites de muck dive du parc de Komodo

Impressionnants ces dragons ! Avec une taille qui peut avoisiner les 3 mètres pour un poids de près de 100 kilos, il s’agit des plus gros « lézards  » de notre planète, et ils sont endémiques de cette région du globe où l’on en dénombre encore une population de cinq à six mille individus, répartis entre les îles de Komodo, de Rinca et trois autres îles avoisinantes. Carnivores, ils se nourrissent de buffles et de cerfs, et il ne faut pas trop se fier à leur apparente indolence puisqu’ils peuvent atteindre une vitesse de pointe impressionnante lorsqu’ils se décident à courir : près de 20 km/h …
Pour ceux qui souhaiteraient les voir en action, je vous invite à découvrir les vidéos du National Geographic.
Les varans qui se trouvent devant nous, sur cette plage perdue du bout du monde, n’ont pas grand chose à voir avec ceux que l’on rencontre au Nord de Rinca, dans le parc des rangers, où de gros dragons de Komodo, gavés et repus, passent leur temps sous les fenêtres des cuisines à attendre qu’on leur jette quelque nourriture. Ceux-ci sont des animaux sauvages, et se trouver à seulement quelques mètres d’eux procure une sensation étrange… J’espère simplement qu’il ne leur prendra pas l’envie de faire une petite trempette lorsque nous serons sous l’eau, à quelques mètres à peine du rivage…

Nous sommes arrivés en fin de matinée sur ce mouillage situé presque au milieu du passage en forme de fer à cheval entre Rinca et Nusa Kodé 1 où nous allons passer quelques jours, et après une première plongée sur Cannibal Rock (voir ICI) en début d’après-midi, suivi d’une petite visite de courtoisie aux dragons locaux (en gardant nos distances depuis la petite annexe du Tidak Apa Apa), nous nous apprêtons désormais à découvrir Torpedo, où nous ferons un total de quatre plongées tellement le site saura nous convaincre!

La plage où se situe Torpedo se trouve juste derrière notre mouillage, à une petite centaine de mètres à peine du Tidak, et nous avons tôt fait de couvrir la distance et de nous mettre à l’eau. Le soleil, déjà très bas sur l’horizon, aura probablement disparu lorsque nous regagnerons à la surface.
Nous nous immergeons au milieu de la petite crique, gagnant immédiatement le fond situé vers une vingtaine de mètres, avant de nous diriger en direction du rivage pour explorer la zone en pente douce qui courre depuis la plage. Torpedo est en effet un site de muck dive, avec un nombre impressionnant de créatures qui résident sur sa plaine de sable noir, jonchée en son centre d’une étrange pelouse au milieu de laquelle viennent trancher quelques plumes de mer à la délicate couleur mauve, ou bien encore ces grosses éponges brunes en forme de vase. Magnifiques et délicates créatures que ces plumes de mer, dont une seule face se voit pourvue de polypes, lui donnant ainsi un aspect totalement différent selon que l’on regarde son côté pile ou son côté face, et l’obligeant à pivoter pour se sustenter à l’aide du micro plancton qu’elle parvient ainsi à capter en se mettant dans le sens du courant.

En cette fin d’après midi où la lumière décline rapidement (sur terre on dirait que l’on est « entre chien et loup », mais que peut-on dire sous l’eau ?) les créatures nocturnes se réveillent pour partir en quête de nourriture…
Tranchants sur la couleur sombre du sable de Torpedo, nous croiserons à plusieurs reprises ces très colorées pieuvres oranges (Callistoctopus macropus) en train de chasser quelque bivalve ou mollusque enterré. Elles ont une drôle d’allure avec cette proéminence sur leur tête qui ressemblerait presque à un bonnet 🙂
Si cette espèce benthique habite dans à peu près toutes les eaux tempérées du monde, on la croise uniquement lors de plongées nocturnes ou crépusculaires, lorsque l’animal se met en chasse, préférant passer le reste de la journée bien à l’abri.

Plus loin un mouvement dans le sable attire mon attention, laissant apparaître une forme incongrue munie de deux yeux verts, et je me demande quelle créature peut bien se cacher là-dessous…

Plongée à Komodo : Araignée à Torpedo

Plongée à Komodo : Araignée à Torpedo

Un rapide coup d’œil pour s’assurer qu’il n’y a pas de danger alentour, et c’est une araignée de mer qui bondit prestement devant une ophiure dont elle ferait visiblement bien son dîner…

Chasseurs nocturnes ou crépusculaires des fonds sableux, on croise également pas mal de crabes et de bernards-l’hermite à Torpedo. Et ici c’est l’inverse qui se produit, puisque ce crabe que je surprends à découvert agite frénétiquement ses pattes arrière pour se ré-enfouir dans le substrat, et en quelques secondes à peine il a entièrement disparu…

Les nudibranches sont également légion ici à Torpedo, avec de nouvelles espèces que je n’avais encore jamais rencontrées, comme cet Armina semperi, un nudibranche qui semble vêtu d’un pyjama rayé, reposant sur un pied bleu roi bordé de jaune ou d’orange du plus bel effet. Pas étonnant de le rencontrer ici puisque les plumes de mer constituent l’un de ses mets de prédilection…

Quant-à cet autre nudibranche (Gymnodoris aurita), on le connait mieux sous le nom de « doris fraise ». Sous cette apparence plutôt affriolante se cache un redoutable prédateur, ce qui lui a valu pendant longtemps le nom de Gymnodoris rex, en référence au tyrannosaure dont il adopte parfois la posture en se jetant sur sa proie… d’autant que l’animal est du genre carnivore et cannibale, puisqu’il se nourrit parfois d’autres nudibranches (du genre Maroinia)…

Et puis dans la zone rocheuse située au Nord de Torpedo, quelques dragons bleus (Pteraeolidia semperi) promènent régulièrement  leur interminable corps recouvert de cérates. On croise cette espèce soit dans des tons bruns, soit dans des teintes plus bleues. Leur coloration dépend en fait du taux de zooxanthelles présents dans leur organisme. Ces zooxanthelles sont de microscopiques algues photosynthétiques qu’ils assimilent à partir des hydraires qu’ils ingurgitent, et qu’ils stockent dans leurs cérates qui prennent alors cette couleur brune.

Plongée à Komodo : Nudibranche "dragon bleu"(Pteraeolidia semperi) à Torpedo

Plongée à Komodo : Nudibranche « dragon bleu »(Pteraeolidia semperi) à Torpedo

Mais il y a encore bien d’autres créatures nocturnes sur le sable noir de Torpedo : crevettes de toutes formes et tailles, souvent invisibles avec leur corps transparent, ovules des gorgones (Phenacovolva rosea), ce petit mollusque carnivore lui aussi parfois difficile à repérer, mais aussi cérianthes, pterois, dragonnets, crabes décorateurs ou orang-outan, anténaires juvéniles et même parfois quelques tortues… La liste serait bien trop longue pour que je puisse tous les énumérer ici…

Toutes les rencontres semblent possibles à Torpedo, et chaque plongée nous amène son lot de nouvelles créatures sous-marines, toutes plus improbables les unes que les autres, faisant de ce site l’un des meilleurs (avec Wainilu – lire ICI) du parc de Komodo. Alors bien sûr il faut aimer ce type de plongée muck-dive, aimer fureter un peu partout à la découverte d’animaux souvent microscopiques, aimer les plongées de nuit (j’ai trouvé les plongées crépusculaires un peu moins riches en faune), et bien sûr aimer la biologie ou la photographie sous-marine, mais pour tous ceux que ces activités passionnent, ils trouveront à Torpedo un lieu extrêmement riche où effectuer de très belles plongées…

Et puis à la surface vous attendent les magnifiques paysages quasi-déserts de ce lieu du bout du monde, théâtre de somptueux couchers de soleil…

Plongée à Komodo : Coucher de soleil à Torpedo

Plongée à Komodo : Coucher de soleil à Torpedo

 

  1. Pour rappel le détail et la carte de cette croisière plongée à Komodo se trouvent ICI

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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