KOMODO: WAINILU, PARADIS DU MUCK DIVING…

Plongée à Komodo : Crevette de coleman (Periclimenes colemani) à Wainilu
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Wainilu… Un nom qui sent bon la fleur de tiaré tellement sa consonance  vaguement polynésienne pourrait facilement laisser imaginer un quelconque atoll perdu au milieu du Pacifique. Pourtant nous sommes en Indonésie, au Nord de l’île de Rinca, et Wainilu fait figure de « Lembeh » local, réputé pour sa muck dive et ses créatures étranges. On dit même qu’en plongeant ici on peut être certain de croiser au moins une espèce que l’on n’avait encore jamais rencontrée auparavant…

Après notre plongée sur Tengah Kecil (voir le post ICI) en début d’après-midi 1, le Tidak Apa Apa a repris la route du Sud, effectuant un petit crochet pour nous conduire au Nord-Est de l’île de Rinca, juste au dessus du camp des rangers du parc de Komodo… Les célèbres dragons ne sont plus très loin.
C’est ici, sur un petit mouillage voisin, que nous allons passer la nuit, et puisque Wainilu jouit d’une telle réputation, nous décidons d’y effectuer deux plongées, l’une en toute fin d’après midi pour tenter d’apercevoir les magnifiques poissons-mandarins qui ne sortent qu’au crépuscule, et l’autre un peu plus tard dans la nuit…

Mais pour le moment je regarde au loin les ombres des arbres s’étirer sur les collines, tandis que la lumière du soleil revêt ses teintes les plus chaudes, se parant de jaune et d’ocre au fur et à mesure de sa lente descente sur l’horizon. Il est temps de nous préparer, et nous sautons dans nos combis encore humides de notre immersion précédente, avant d’embarquer dans la petite annexe en alu du Tidak qui va nous conduire jusqu’à Wainilu.

Plongée à Komodo : Paysage de surface de Wainilu
Plongée à Komodo : Paysage de surface de Wainilu

Depuis la surface, Wainilu ressemble à une plage déserte, bordée d’arbres et de collines verdoyantes, signe que nous nous rapprochons de la partie Sud de Komodo aux précipitations plus abondantes. Sous ses eaux, la plage se poursuit en une pente plutôt douce, recouverte de sable ou de coraux brisés selon les endroits, créant ainsi les conditions quasi parfaites pour que tout un tas de créatures y trouve un refuge providentiel.
Mais parmi toutes celles que nous allons rencontrer lors de ces deux plongées à Wainilu, la créature la plus emblématique restera pour moi la murène ruban (Rhinomuraena quaesita). Cet étonnant animal est un hermaphrodite protandre qui va donc changer de sexe au cours de sa vie (d’abord mâle puis femelle). Mais ce qui frappe surtout chez la murène ruban, c’est qu’elle en profite également pour changer de tenue, d’abord noire au stade juvénile, elle devient bleue avec une dorsale et un museau jaunes lorsqu’elle atteint le stade adulte (en tant que mâle donc), puis se transforme ensuite en femelle, adoptant au passage une coloration entièrement jaune.
L’animal n’est pas rare, et l’on croise la murène ruban assez régulièrement lors des plongées dans la zone Indo-pacifique, mais c’est pour ma part la première fois que je la croise avec ses trois tenues distinctives lors d’une même plongée… Belle surprise 😉

Nous suivons le relief en pente douce, nous enfonçant toujours plus profond sous les eaux de Wainilu, atteignant bientôt 27 mètres de profondeur où nous passons quelques minutes, avant de remonter par le même chemin, explorant cette fois méthodiquement le substrat.
Le sol est jonché d’innombrables oursins de feu (Asthenosoma varium), nommés ainsi en raison de la douleur que provoque le contact avec leurs piques extrêmement venimeuses. Prenant la forme d’une demi sphère de 25 centimètres de diamètre environ, ces magnifiques animaux nocturnes arpentent le sol à la recherche de nourriture, emmenant avec eux les crustacés qui les chevauchent et auxquels leurs épines servent de refuge en échange de quelques opérations régulières de nettoyage. Parmi ces hôtes symbiotiques, deux sont particulièrement omniprésents ici à Wainilu, et je les croise tous deux pour la première fois.
La première de ces espèces est une crevette, la crevette de Coleman (Periclimenes colemani) que l’on rencontre souvent en couple, le plus gros des deux tourtereaux étant la femelle, en comparaison de laquelle le mâle parait bien chétif… Ne mesurant guère plus de 2 centimètres et munis d’une robe blanche à pois bruns, les crevettes de Coleman ne sont pas toujours facile à détecter au milieu des redoutables piquants de l’oursin de feu.
Idem pour la seconde espèce, un crabe cette fois, Zebrida adamsii, lui aussi minuscule et parfaitement camouflé grâce à sa robe blanche et marron.
Prenez le temps d’y jeter un coup d’œil la prochaine fois que vous croiserez la route d’un oursin de feu 😉

Le sol de Wainilu constitue également un terrain de jeu idéal pour le petit poisson-pégase (Eurypegasus draconis) que l’on surnomme également « dragon de mer ». Ce petit poisson (il mesure tout au plus une dizaine de centimètres) a l’air bien étrange avec ses nageoires déployées comme des ailes et son long museau pointu. Quant-à son dos, large et plat, il est constitué de plaques osseuses qui prennent un aspect gondolé. C’est vrai que vu du dessus, on dirait presque un dragon en miniature

Plongée à Komodo : Poisson-pégase (Eurypegasus draconis) à Wainilu
Plongée à Komodo : Poisson-pégase (Eurypegasus draconis) à Wainilu

Plus loin c’est un poisson à cornes que je rencontre, auquel on a bien entendu donné le nom vernaculaire de poisson-vache pour rester dans l’analogie avec nos animaux terrestres. Il en existe au total trois variétés différentes que l’on peut apercevoir ici, à Wainilu, mais sauf erreur d’identification, tous les individus que nous croisons aujourd’hui appartiennent à la même espèce: Lactoria fornasini. Lui aussi présente une étrange morphologie, avec un corps formé par des plaques osseuses soudées entre elles, cette fois en forme de boite. Il s’apparente donc en cela aux autres boxfish (la famille des ostracion par exemple), mais il est le seul à posséder cette magnifique paire de cornes frontales, et si l’on regarde attentivement, deux autres cornes situées à la base de la caudale et dirigées cette fois vers l’arrière… Peut-être qu’une paire de cornes additionnelles à cet endroit rendrait les corridas un peu plus équitables ?

Mais notre excursion vers 27 mètres de profondeur a bien entamé nos réserves d’air, et nous sommes déjà dans l’eau depuis près d’une heure. Le soleil quant-à lui tarde à vouloir se coucher, retardant d’autant la sortie des poissons-mandarins (Synchiropus splendidus). Je traîne aussi longtemps que possible dans la zone des 3-5 mètres où ils se cachent, épuisant mon bloc jusqu’à la dernière bouffée (littéralement !), mais ne parvenant qu’à les apercevoir très fugacement, encore cachés au milieu des épines des oursins-diadèmes dans lesquels ils trouvent refuge. Seule Sylvie, l’unique membre féminin de notre groupe, disposera d’assez d’air pour prolonger son immersion jusqu’au crépuscule, et parviendra ainsi à les admirer dans toute leur splendeur. C’est dans ces moments là qu’on se dit qu’il n’y a décidément pas de justice entre les genres, et que l’on maudit notre consommation d’air masculine trop importante 🙁

Mais comme pour me consoler, Wainilu m’a offert quelques instants plus tôt un dernier cadeau, avec l’apparition d’un couple de poissons-aiguille à bandes (Doryrhamphus dactyliophorus). Appartenant à la famille des syngnathes, ils possèdent comme eux un corps allongé, lui même prolongé par un museau démesurément long qui leur permet d’aspirer de petites proies (larves de poissons, petits crustacés et autre zooplancton). Beaucoup moins ternes que les autres syngnathes, ils sont revêtus d’une livrée jaune striée de brun, mais surtout leur caudale se termine par un grand éventail rouge vif bordé de blanc, parfaitement assorti à la couleur du museau à l’autre extrémité de ce corps fusiforme. Magnifique…

Notre plongée de nuit se déroulera au même endroit, mais cette fois sans dépasser les douze mètres de profondeur, et outre les oursins de feu et leurs hôtes mentionnés plus haut, nous y ferons également d’étonnantes rencontres, comme celle de ce poisson-crocodile (Papilloculiceps longiceps), avec son impressionnant museau en forme de V et son iris recouvert d’une bien étrange dentelle. Son apparence change un peu des sempiternels rascasses et autres poissons-scorpions…

Plongée à Komodo : Poisson crocodile (Papilloculiceps longiceps) à Wainilu
Plongée à Komodo : Poisson crocodile (Papilloculiceps longiceps) à Wainilu

Plus colorés, les cérianthes déploient des tentacules d’une étonnante fluorescence orange, entourant un cœur vert vif ou blanc, formant un tableau très contrasté qui illumine les ténèbres dès que le rayon de nos lampes se posent dessus…

Et puis bien sûr la nuit fait resurgir les danseuses espagnoles, ces incroyables nudibranches géants (une bonne vingtaine de centimètres) que nous avions déjà croisés lors de notre précédente plongée de nuit à Gili Lawa Darat (voir le post ICI), et je ne manque bien sûr pas de renouveler le plaisir de les voir danser pour moi à la lumière de ma torche, même s’il faut parfois les aider un petit peu à prendre de la hauteur…

En conclusion, Wainilu constitue un véritable paradis pour les amateurs de créatures sous-marines en tous genres, ainsi que pour les photographes amateurs de macro. Il s’agit pour moi de l’un des deux meilleurs sites de muck dive du parc de Komodo.
Sa situation abritée au Nord-Est de l’île de Rinca préserve Wainilu des courants, et tous les plongeurs quel que soit leur niveau peuvent donc s’y aventurer (en respectant bien sûr les prérogatives de profondeur correspondant à ce niveau). Toutefois, comme pour tout site de muck dive, il sera nécessaire de maîtriser un minimum sa flotabilité afin de préserver le substrat dans lequel se cachent les fragiles créatures qui font l’intérêt du site, mais aussi plus simplement pour éviter de soulever les sédiments qui sont l’ennemi juré de tous les photographes sous-marins

Vidéo filmée et montée par Bernard Cortier

  1. Cette journée de plongée sous-marine a été écourtée en raison de notre escale ravitaillement à Labuan Bajo. Pour rappel le détail de cette croisière plongée à Komodo se trouve ICI

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées.

Ma plus belle plongée ? J'espère bien la prochaine...

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