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De par sa configuration le « Petit Ange » (Angelita en espagnol) s’apparente plus à une plongée profonde qu’à une plongée souterraine. Ici pas de galeries submergées ni de parcours labyrinthique. Juste un immense puits d’une soixantaine de mètres de profondeur. Par conséquent a priori aucune difficulté majeure et peu d’intérêt pour les plongeurs que nous sommes…

Sauf que le petit ange cache bien son jeu…

L’entrée dans le cénote Angelita

Angelita se trouve à une quinzaine de kilomètres environ au sud de Tulum, l’ancienne cité Maya dont les ruines surplombent encore le rivage. Le Cénote est constitué d’un petit lac d’une quarantaine de mètres de diamètre, quasi circulaire, entouré de jungle et situé non loin du parking.

Surface du cenote Angelita (plongée cénote)

Surface du cénote Angelita

Après les vérifications d’usage, nous nous immergeons lampe allumée. Immédiatement nous baignons dans un univers verdâtre, mais dont la couleur ne semble pas provenir de la lumière extérieure, un peu comme si ici l’eau elle même n’était pas transparente mais véritablement verte.

Nous nous enfonçons lentement tandis que la lueur du jour s’amenuise au dessus de nos tête, avant de disparaître totalement.

Bientôt nous commençons à distinguer en dessous de nous des formes végétales, comme si des arbres dénudés avaient réussi, par on ne sait quel tour de passe-passe dont la nature à le secret, à pousser et à survivre sur le fond pourtant hostile du cénote. Mais la réalité est bien moins poétique. Il s’agit tout simplement de l’éboulement du plafond d’Angelita, probablement plusieurs millénaires avant nous, qui s’est accumulé au centre du puits pour former comme une petite ile, sur laquelle sont restés plantés à jamais les végétaux entrainés par cet effondrement, ou tombés depuis dans les eaux du cénote.

Le sol continue de monter lentement vers nous, mais plus il se rapproche et plus il m’apparaît étrange… comme trop parfait, trop lisse et uniforme… et puis nous sommes encore loin de la profondeur de 60 mètres à laquelle il est sensé se trouver…

Cénote Angelita - Au dessus du nuage de sulfure d'hydrogène

Cénote Angelita – Au dessus du nuage de sulfure d’hydrogène

Le nuage d’Angelita

Je comprends soudain en voyant en sortir de longs panaches de bulles… Comme si des plongeurs se trouvaient en dessous… Ce que je prenais pour le fond du cénote Angelita est en fait un nuage de gaz d’où émergent le sommet du monticule et les branches d’arbres aperçues plus haut, un peu comme ces jours d’hiver ou une brume épaisse flotte au dessus des champs, clouée au sol pour ne laisser dépasser que la cime des arbres dans le lointain.

Mais l’incongruité sous l’eau d’un tel paysage, couplée à la lumière verdâtre dans laquelle nous baignons depuis notre immersion confère à la scène une beauté à couper le souffle tant elle est irréelle, quasi mystique…

Nous sommes à presque 30 mètres de la surface, et nous allons donc devoir le traverser pour atteindre les 40 mètres qui constituent notre objectif du jour. Je me demande à quoi peut bien ressembler l’intérieur d’un nuage de sulfure d’hydrogène, probablement formé par la décomposition des végétaux tombés dans le cénote, et surtout ce que je vais trouver au-dessous.

Damien, mon guide du jour, me fait signe, pouce tourné vers le bas, et nous nous y aventurons.

Les premières dizaines de centimètres ressemblent à de la brume qui s’effiloche, mais très vite le nuage s’épaissit, et bientôt c’est l’obscurité totale. Sa densité est telle que même le faisceau de ma torche ne parvient pas à le transpercer, et je ne vois plus rien, même plus les lueurs des torches de mes compagnons.

Je continue à m’enfoncer lentement dans ces ténèbres, espérant les retrouver plus bas, mais cette couche de gaz est décidément bien épaisse…

Soudain je me sens agrippé : des branches d’arbre probablement… Un début d’angoisse me saisit. Si je continue je risque de m’empêtrer davantage, et de me retrouver coincé.

Je parviens à me dégage et décide de remonter afin de retrouver un peu de visibilité. Une fois ressorti du nuage, j’aperçois effectivement à une dizaine de mètres de moi deux longs chapelets de bulles qui m’indiquent la localisation de mes compagnons. J’ai dû dévier de ma trajectoire lors de la traversée du nuage, et filer sur l’éboulis au lieu de descendre dans l’espace libre. Cette fois je repère leur emplacement et pique droit sur eux dans une nouvelle traversée du nuage toxique, toujours dans les ténèbres, et qui me parait interminable. Pourtant le nuage ne doit pas faire plus de quatre ou cinq mètres d’épaisseur.

Cénote Angelita - Sommet du monticule (plongée cénote)

Cénote Angelita – Sommet du monticule

Vers 40 mètres je distingue enfin la lueur de leurs torches, d’abord comme un vague halo un peu diffus, puis qui se transforme en faisceau de lumière au fur et à mesure que je me rapproche. Je fait un grand cercle avec ma lampe pour leur signifier que tout va bien, et nous reprenons notre progression, cette fois tous ensemble.

Sous le nuage d’Angelita

Sous le nuage d’Angelita nous nageons maintenant dans de l’eau de mer, et même si l’obscurité est toujours totale, au moins nos lampes parviennent-elles à projeter un peu de lumière alentour. C’est ainsi que nous découvrons un paysage jonché de végétaux, feuilles et branches d’arbres entremêlées. L’impression reste tout de même assez étrange, un peu comme si nous faisions une balade en forêt par une nuit sans lune, muni simplement d’une petite lampe électrique.

Je lève la tête pour tenter d’apercevoir le soleil, mais je ne distingue qu’un faible halo verdâtre qui parait se trouver à des kilomètres au-dessus. C’est alors que je sens en moi une énorme boule. Je me sens oppressé, angoissé, et n’ai d’un seul coup plus qu’une seule envie : remonter comme une balle pour retrouver l’air libre et la lumière. Mon cœur bat tellement fort que je me demande s’il ne va pas exploser, et je dois prendre sur moi pour réfréner cet irrépressible envie de m’élancer vers la surface, ce qui signifierait immanquablement un accident de décompression aux conséquences plutôt sérieuses. Je m’efforce de contrôler ma respiration, de respirer profondément en prenant soin de faire de longues expirations. C’est un combat vieux comme le monde qui se joue en moi à cet instant : l’instinct contre la raison, et c’est cette dernière qui finit par l’emporter au prix d’un effort surhumain…  Dans ces ténèbres, mes compagnons de palanquée ne se sont aperçus de rien, et j’étais bien trop occupé à gérer ma crise d’angoisse pour leur faire signe avec ma lampe. Heureusement nous avions prévu de ne pas effectuer de palier de décompression, et nous ne pouvions donc pas rester plus de quelques minutes à cette profondeur. Un soulagement indescriptible me saisit lorsque nous amorçons notre remontée, mais qu’elle me parait lente, bien trop lente à mon goût…

Nous traversons le nuage d’Angelita dans l’autre sens et la lumière réapparait enfin. J’en profite pour jeter un œil sur mon manomètre : 80 bars ! Pourtant nous ne sommes immergés que depuis douze minutes à peine! Je comprends que ma crise d’angoisse a sans aucun doute provoqué un essoufflement, et que sans que je m’en rende compte ma respiration devenue chaotique a vidé plus des deux tiers de ma bouteille en quelques minutes à peine. C’est donc à cela que ressemble un essoufflement. Moi qui croyais que ça n’arrivait qu’aux autres… Impressionnant…
Je me rapproche de Damien et lui indique ma quantité d’air. Il me tend son détendeur de secours, et nous continuons la plongée côte à côte, reliés par le long tuyau jaune de l’Octopus. Nous remontons ainsi en une lente spirale concentrique le long des parois du cénote, tentant de profiter du paysage, mais pour moi le cœur n’y est plus.

Les arbres du cénote Angelita

Les arbres du cénote Angelita

Ce n’est qu’à cinq mètres de profondeur, après un nouvel échange d’embouts, que je retrouve ma liberté pour un palier de sécurité de trois minutes qui me parait durer une éternité, puis nous regagnons la surface sous un soleil radieux qui illumine les alentours. Je n’ai jamais été aussi content de le revoir celui-là ! Dire que nous ne sommes partis que depuis 35 minutes…

Je gonfle ma stab et reste un long moment à me laisser flotter à la surface d’Angelita, en soufflant bien fort pour évacuer le stress.

Est-ce mon accrochage dans les branches lors de la première traversée du nuage qui a provoqué cet essoufflement, ou bien une potentielle narcose due à la profondeur (nous avons tout de même tapé 41m), je ne le saurais sans doute jamais… c’est en tous les cas mon premier essoufflement, et j’espère bien mon dernier.

Pourtant je n’ai déjà qu’une envie : y retourner au plus vite pour enfin profiter pleinement du spectacle d’Angelita !

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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