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Ce matin j’ai rendez vous, non sans un peu d’appréhension, avec mon premier Cénote El eden…

L’entrée d’El Eden

El Eden porte bien son nom : une végétation luxuriante entoure un magnifique puits quasi circulaire, rempli d’une eau cristalline rendue verte par le reflet des plantes environnantes autant que par la mousse qui semble en recouvrir le fond. Rien de bien effrayant au premier abord tant les jardins du Paradis pourraient effectivement ressembler au paysage qui s’étend devant moi.

Après un briefing détaillé pour expliquer les particularités et les règles de sécurité spécifiques à la plongée en cénotes, nous nous équipons sur le parking avant d’emprunter le petit escalier de bois qui mène vers la plateforme de mise à l’eau de El eden. A cet endroit la profondeur n’est que de 2 ou 3 mètres, mais une zone plus sombre au pied de la paroi me laisse déjà deviner ce qui doit constituer l’entrée vers ce monde de ténèbres…
Disons le tout de suite : Je n’ai absolument aucune attirance pour la plongée souterraine, et la simple évocation d’une plongée sous un plafond de plusieurs dizaines de mètres de roche fait par avance courir dans mon échine un frisson assez désagréable. Pour être tout à fait honnête, à cet instant précis je donnerais cher pour être ailleurs, et je me maudis vraiment d’avoir succombé à la beauté ensorceleuse de ces photos de cénotes rencontrées au hasard de mes vagabondages sur Internet.
Mais comment résister à la magie de telles lumières !

Plongeurs dans la lumière du cénote El Eden

Plongeurs dans la lumière du cénote El Eden

Quoi qu’il en soit, il est désormais trop tard pour reculer, et c’est d’un cœur vaillant, bien que la palme un peu tremblotante, que je me mets à l’eau.

Après un rapide contrôle de flottabilité (et oui nous sommes dans de l’eau douce ce qui modifie quelque peu les paramètres de lestage) et une détection d’éventuelles fuites d’air, nous nous immergeons.
Sur le fond moussu commence à courir le fil de vie qui va nous accompagner tout au long de cette plongée à El eden, et qui garantira, pour peu que l’on ne s’en éloigne pas, ou que l’on ne se trompe pas d’embranchement, notre retour sains et saufs à l’air libre.
Il s’enfonce lentement vers la paroi du cénote et l’entrée de la partie souterraine.
Peu à peu la lumière diminue, et avec elle toute trace de végétation sur les rochers. Mon ordi indique bientôt 12 m de profondeur, et le paysage alentour est désormais totalement minéral.
L’eau par contre est d’une pureté infinie, et la visibilité ne s’arrête qu’au bout du rayon de nos lampes. Très vite nous adoptons un palmage de grenouille, les genoux pliés à 90 degrés, afin d’épargner le plus possible les sédiments qui reposent sur le fond et qui, dérangés, risqueraient de venir troubler une telle limpidité.

L’intérieur est immense, bien loin des étroits boyaux que je m’imaginais, et cela ressemble plus à une caverne sans fond qu’à un conduit souterrain, si bien que j’ai presque l’impression de nager en pleine eau, un peu comme dans une plongée nocturne. En tous les cas je suis loin d’éprouver le sentiment de claustrophobie que je redoutais tant, et rien ne me rappelle que je suis dans les entrailles de la terre, avec un plafond de roche entre moi et l’air libre.

Les lumière d’El eden

Bientôt apparaît au loin un début de clarté. Cela ressemble d’abord à un minuscule halo bleuâtre, qui grossit au fur et à mesure que je m’en rapproche. Rapidement il se transforme en une large zone de lumière, un peu comme une énorme bouche de lumière ouverte au milieu de la paroi rocheuse.
De près le spectacle est encore plus féerique…

Lumière du cénote El Eden

Lumière du cénote El Eden

Les rayons du soleil traversent l’épaisse couche de jungle luxuriante avant de venir plonger cette lumière verte dans les eaux du cénote El eden, comme une immense grille qui nous séparerait du monde extérieur. C’est comme si prise d’une soudaine crise de folie, la nature avait ainsi voulu construire une geôle à la démesure d’un quelconque géant, capable de le retenir à jamais prisonnier dans ses barreaux de lumière. Ces rayons marquent une claire délimitation entre le monde minéral et le monde végétal, et nous les longeons à main droite pendant un long moment avant de replonger dans les ténèbres par des conduits devenus plus étroits.

La halocline d’El eden

Soudain tout se trouble et devient flou autour de moi. Les palmes du plongeur qui me précède, pourtant tout juste quelques mètres devant moi, sont devenues deux simples tâches bleues aux formes imprécises que je ne distingue plus qu’à grand peine. C’est comme si d’un seul coup je me retrouvais sous l’emprise d’une quelconque substance hallucinogène, distordant la réalité en rendant floue toutes les formes.
Je viens de pénétrer dans une zone de halocline. A cet endroit l’eau douce et l’eau de mer se rencontrent sans parvenir à se mélanger vraiment, et la zone entre ces deux couches de salinité différentes crée une forte perturbation optique, un peu comme si l’on plongeait en mer en ayant oublié son masque. Autant dire que je ne vois effectivement plus grand chose… 1
Généralement limitée à quelques dizaines de centimètres de hauteur, la halocline à El eden est particulièrement épaisse et mesure pas loin de 2 mètres. Par ailleurs la topographie du passage nous empêche de monter ou de descendre, nous imposant ainsi de la traverser pendant plusieurs minutes. De retour à la surface j’apprendrais qu’il s’agit d’une particularité propre à El eden, et que si l’on trouve ce genre de phénomène dans a peu près tous les cénotes du Yucatan situés à proximité de la côté, il est ici particulièrement plus prononcé qu’ailleurs. Heureusement le passage finit par remonter, nous permettant de repasser au dessus de la halocline et de retrouver une vision normale.

Plongeur seul dans la lumière du cénote El Eden (plongée cénote)

Plongeur seul dans la lumière du cénote El Eden

Mais bientôt nous atteignons le bout de la ligne de vie, et il est temps de faire demi tour, d’autant que nos réserves d’air arrivent sur 140 bars. Et oui, à la différence des plongées en mer où l’on rebrousse chemin à mi bouteille, en cénote on compte un tiers d’air pour l’aller, un autre tiers pour le retour, et le dernier tiers comme réserve au cas où ….

Nous repartons donc en sens inverse, toujours guidés par notre minuscule fil d’Ariane, et après ces 55 minutes passées dans les entrailles de la terre, nous rejoignons l’air libre et la lumière.

Sortie du cénote El Eden

Sortie du cénote El Eden

Les yeux fermés, je reste de longues minutes à me laisser flotter à la surface du cénote El eden, le visage caressé par les rayons du soleil retrouvé. Toutes mes appréhensions ont désormais disparu, et je ne retiendrai finalement de cette première expérience que la magie des jeux de lumières, donnant à ces plongées un aspect féérique, quasi irréel, avec simplement une énorme envie : y retourner dès que possible…

  1. C’est compliqué de décrire une halocline, mais regardez la vidéo entre les timecodes 5’50 et 7’20 pour en avoir une petite idée…

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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