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« Three Islets », comme son nom l’indique, est un petit groupe de trois îlots perdus au milieu de la mer d’Andaman, en plein cœur de l’archipel Mergui. Il s’agit plus exactement de deux pinacles entre lesquels se trouve un gros îlot percé par un large tunnel. Cette cavité donne à cet îlot une partie de son son nom, la seconde partie provenant des gros requins-nourrice qui aiment à s’y prélasser et que l’on y croise fréquemment. Nous sommes à Shark cave, l’un des tout meilleurs sites de plongée au Myanmar !

Après une fantastique journée passée en compagnie des mantas de Black Rock (lire l’article ICI), le MV Thai Sea avait de nouveau appareillé pour une traversée nocturne de l’archipel Mergui, cap au Sud-Est, nous conduisant jusqu’au petit groupe d’îlots de Three islets que nous découvrons dans le petit matin.

Plongée au Myanmar : Photo de surface de Shark cave dans l'archipel Mergui

Plongée au Myanmar : Photo de surface de Shark cave dans l’archipel Mergui

Il n’est guère plus de 7h30 lorsque nous nous mettons à l’eau sur la face Ouest de Shark Cave, nous laissant aussitôt descendre vers une quinzaine de mètres de profondeur pour en explorer le fond jonché de gros blocs rocheux.

Notre plan de plongée consiste à longer la paroi jusqu’au coin Nord-Ouest du petit îlot, là où l’on croise généralement quelques requins gris de récif, avant d’emprunter le tunnel où se trouve la fameuse grotte et  tenter d’y apercevoir les fameux requins-nourrice, puis ressortir de l’autre côté de l’Île et revenir le long de la pointe Nord en nous écartant un peu du rocher pour que le MV Thai Sea puisse venir nous récupérer.

Plongée au Myanmar : Plan de plongée de Shark cave dans l'archipel Mergui

Plongée au Myanmar : Plan de plongée de Shark cave dans l’archipel Mergui

Les premières créatures que nous croisons sont assez banales, et n’ont pas vraiment de quoi nous affoler le palpitant ! Murène à œil blanc (Gymnothorax thyrsoideus) et son regard toujours un peu fou, Poisson-scorpion tapi sur un bout de rocher en attendant une quelconque proie et tellement confiant dans son camouflage qu’il ne daigne même pas se méfier de notre approche, poisson-ange à anneaux-bleus (Pomacanthus annularis), définitivement magnifique avec ses striures d’un beau bleu électrique, mais tellement commun dans les parages qu’on finit par ne presque plus le remarquer, ou encore petit mérou à lignes bleus (Céphalopholis formosa) toujours un peu timide et préférant rester à l’abri d’une anfractuosité, comme s’il montait la garde auprès de ce bouquet de coraux Tubastrea orangés aux délicats polypes d’un jaune éclatant…

Plongée au Myanmar: Murène à œil blanc (Gymnothorax thyrsoideus) à Shark cave

Plongée au Myanmar: Murène à œil blanc (Gymnothorax thyrsoideus) à Shark cave

Mais notre exploration se poursuit, et je découvre bientôt quelques beaux spécimens de nudibranches, comme Chromodoris reticulata, cette limace de mer célèbre pour son pénis « jetable » dont j’avais déjà parlé lors d’une plongée à Anilao aux philippines (lire ICI), ou encore Glossodoris cincta, un nudibranche à l’improbable robe en frou frou bordée d’une ceinture (cinctus en latin) multicolore au liseré bleu, noir et jaune qui tranche radicalement sur son corps brun-rougeâtre… Comme quoi tous les goûts sont permis en matière de tenue vestimentaire 😉

Mais la véritable surprise de Shark cave, celle que je cherchais sans parvenir à la croiser depuis de nombreuses plongées, se trouve un peu plus loin, cachée avec son partenaire dans une anfractuosité difficilement accessible de la paroi. Il s’agit de la crevette arlequin (Hymenocera picta), une crevette qui peut atteindre 5 cm de long et qu’il est impossible de confondre avec une autre puisque sa carapace blanche se pare de pois bleus ou rouges assez inimitables. Vivant généralement en couple (la femelle est la plus grosse des deux), ces crevettes passent la plupart du temps dans leur abri, n’en sortant que pour partir à la chasse de leur met favori, les étoiles de mer, n’hésitant pas à s’attaquer à des proies plusieurs fois plus grosses qu’elles, dont la célèbre Acanthaster dévoreuse de récifs. C’est lors de ces parties de chasse que l’on a généralement le plus de chance de les croiser…

Un magnifique animal que j’observe donc pour la première fois ici à Shark cave, même si l’étroitesse de son refuge rend les photos un peu compliquées, ayant à peine la place de passer dans l’ouverture mon 90mm et un bout de flash… Mais peut-être notre prochaine rencontre aura t’elle lieu à terrain découvert, lors d’une de leurs parties de chasse ? Rendez-vous est pris…

Plongée au Myanmar: Crevette arlequin (Hymenocera picta) à Shark cave

Plongée au Myanmar: Crevette arlequin (Hymenocera picta) à Shark cave

On trouve également à Shark cave bon nombre d’anémones avec leurs résidents habituels, toujours aussi variés: bien évidement les poissons-clowns, mais aussi de minuscules crevettes queue de paon, ou encore des petits crabes porcelaine (Neopetrolisthes maculatus), celui-ci visiblement rescapé d’un dur combat puisqu’il y a laissé une pince, la nouvelle commençant tout juste à repousser….

Plongée au Myanmar: Crabe porcelaine à Shark cave

Plongée au Myanmar: Crabe porcelaine à Shark cave

Arrivé à la pointe Nord-Ouest de Shark cave je cherche la présence des requins, mais en vain, et je me rabats sur un magnifique corail noir, juste à l’entrée du tunnel, histoire de voir s’il ne contiendrait pas quelque gobie ou autre crevette que l’on peut parfois y trouver… Coup de chance, celui-ci sert justement de refuge à deux minuscules crevettes (Pontonides ankeri). Leur mimétisme avec leur hôte est tellement parfait, qu’elles sont  souvent difficile à repérer, d’autant que leur petite taille (en général 1 cm) n’aide guère à la tâche!

Plongée au Myanmar: Crevette du corail fouet (Pontonides ankeri) à Shark cave

Plongée au Myanmar: Crevette du corail fouet (Pontonides ankeri) à Shark cave

Plongée au Myanmar: Crevette du corail fouet (Pontonides ankeri) à Shark cave

Plongée au Myanmar: Crevette du corail fouet (Pontonides ankeri) à Shark cave

Je m’engage ensuite dans le tunnel, aujourd’hui bien calme et dénué de tout ressac, pour ressortir bientôt de l’autre côté de l’île, sans oublier bien entendu de jeter un coup d’œil à la grotte, mais sans succès…
Le paysage y est en tout point semblable, avec peut être un peu moins de gros blocs rocheux. On y trouve par contre une profusion de crevettes-mantes paon (Odontodactylus scyllarus), soit en train de se balader sur le substrat, soit bien à l’abri dans une anfractuosité. C’est tout juste s’il n’y en a pas une tous les 2 ou 3 mètres. Incroyable !

Plongée au Myanmar: Crevette mante paon (Odontodactylus scyllarus) à Shark cave

Plongée au Myanmar: Crevette mante paon (Odontodactylus scyllarus) à Shark cave

Au final la faune de Shark cave se révèle d’une telle diversité et d’une telle densité que l’on y passerait volontiers  des heures à scruter le moindre bout de rocher pour y dénicher les plus improbables des bestioles. Mais comme toujours mon mano se rappelle à mon bon souvenir pour m’indiquer le chemin de la surface…

Plébiscité à l’unanimité lors de notre retour à bord, nous déciderons finalement de passer l’intégralité de la journée sur Shark cave où nous ferons encore deux autres plongées, dont une plongée de nuit, toujours avec le même plaisir.
La nuit c’est une faune un peu différente qui s’y exhibe, mais toujours aussi riche et variée, avec une large prépondérance de crustacés, dont le toujours très amusant crabe décorateur (Camposcia refusa). Ce gros crabe jaune à la drôle de tête se confond parfaitement avec son environnement, et dans l’obscurité il serait impossible de le repérer s’il n’était en déplacement, toujours en quête d’une quelconque nourriture à se mettre sous la dent…

Et puis bien sûr les crevettes sont aussi de la partie, avec ces millions de paires d’yeux luisant dans l’obscurité comme de minuscules têtes d’épingles rougeoyantes qui transpercent les ténèbres…

Plongée au Myanmar: Crevette danseuse de Durban (Rhynchocinetes durbanensis) à Shark cave

Plongée au Myanmar: Crevette danseuse de Durban (Rhynchocinetes durbanensis) à Shark cave

Très belle plongée donc que Shark cave, du moins pour les amateurs de biologie sous-marine et les photographes, et malgré l’absence notable des requins. Les autres plongeurs se consoleront avec la traversée du tunnel, toujours amusante surtout les jours de ressac.
Le site présentant une faible profondeur (une vingtaine de mètres tout au plus) et aucune difficulté particulière, il se destine aux plongeurs de tout niveaux, y compris pour les plongées de nuit.

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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