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Au Sud de Manille, niché tout au bout de la péninsule de Calumpan, Anilao 1 est généralement considéré comme le paradis de la muck-dive aux Philippines. Aussi, malgré mon arrivée au beau milieu de la nuit précédente, après de longues heures de voyage, je suis debout dès l’aube et impatient de découvrir les trésors cachés sous la surface du détroit de Maricaban, d’autant que ma première plongée va se dérouler à Heidie’s point, et on m’a déjà parlé des nombreux fantômes que l’on y rencontre…

La journée a plutôt bien démarré puisque mon petit-déjeuner sur la terrasse du Buceo Anilao Resort s’est déroulé devant le spectacle toujours magique d’une bande de dauphins venus baguenauder dans la baie, à quelques centaines de mètres sous nos yeux. Je ne pouvais rêver mieux comme accueil 🙂
Mais maintenant il faut passer aux choses sérieuses, et après le briefing habituel, nous embarquons sur la bangka du resort, un bateau traditionnel Philippin à balanciers, pour gagner Heidie’s point.

Plongée à Anilao aux Philippines: Bateau traditionnel à balancier (bangka)

Plongée à Anilao aux Philippines: Bateau traditionnel à balancier (bangka)

Nous ne sommes pas très nombreux puisque le groupe avec lequel je vais plonger se compose de trois autres personnes seulement, des américains, et nous faisons rapidement connaissance le long du court trajet qui nous amène à Heidie’s point, juste un peu plus au Nord.

Nous effectuons bientôt une bascule arrière entre les balanciers de la bangka, puis nous nous immergeons pour gagner le fond qui ne se trouve qu’à six petits mètres sous nos palmes. Heidie’s point est vraiment un site très représentatif de la muck-dive à Anilao: On s’immerge sur le petit plateau situé à quelques mètres seulement du rivage, puis on en gagne le rebord qui plonge avec un angle de 45 degrés environ, formant ainsi ainsi un talus sableux qu’il s’agit d’explorer minutieusement pour y dénicher les créatures qui font la réputation d’Anilao. Vers 20 ou 30 mètres selon les sites, la pente se redresse et le talus laisse la place à une vaste plaine sableuse qui s’enfonce en douceur  vers le centre du détroit de Maricaban où la profondeur peut alors atteindre 100 à 200 mètres.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces vastes plaines sableuses ne sont pas tout à fait désertes, et de loin en loin, telles de petites oasis dans le désert, surgissent tantôt une comatule ou quelques crinoïdes accrochés à un bout de rocher, tantôt un gros oursin de feu rampant à même le substrat, tantôt un gros cérianthe aux délicats tentacules déployés dans le courant, formant de magnifiques tableaux sous l’ombre de notre bangka qui nous attend à la surface…

Plongée à Anilao aux Cérianthe dans le paysage à Heidie's point

Plongée à Anilao aux Cérianthe dans le paysage à Heidie’s point

Ces « oasis » servent naturellement de refuge à toute une faune minuscule, et c’est là que nous focalisons principalement nos recherches, nageant de l’une à l’autre, sans toutefois oublier de scruter l’étendue sableuse qui les sépare, et où se terre parfois quelque animal étrange…

Bien entendu chacun choisit son abri en fonction de ses propres capacités mimétiques, ou bien en fonction de son régime alimentaire, créant avec son hôte une relation commensale,  mutualiste, voire  même parfois symbiotique.

Ainsi les minuscules crabes-zèbres (Zebrida adamsii) et les crevettes de Coleman (Periclimenes colemani), le plus souvent en couple, trouvent naturellement refuge au sein des très colorés oursins de feu (Asthenosoma varium) puisque leur livrée en adopte les principales couleurs, les dissimulant parfaitement au beau milieu de leurs redoutables piquants.

Quant-aux comatules, elles abritent parfois un timide hippocampe tentant de s’y dissimuler…Plongée à Anilao aux Hippocampe et comatule à Heidie's point… mais surtout l’objet de notre quête du jour : les poissons-fantômes.
Pourvus d’une forme allongée d’une dizaine de centimètres environ, ils appartiennent à la famille des Solenostomus où l’on recense seulement cinq espèces différentes, dont le poissons-fantôme arlequin (Solenostomus paradoxus) ci-dessous.
Parmi ces cinq espèces, le poisson-fantôme arlequin est le seul à trouver refuge au sein des comatules dont il imite parfaitement les couleurs et même la forme, ce qui le rend particulièrement difficile à repérer. En effet son corps est recouvert de petits lambeaux de chair qui ressemblent à s’y méprendre aux pinnules dont les tiges des comatules sont pourvues, et lui-même se tient le plus souvent la tête en bas, imitant ainsi la tige d’une comatule dont il possède également les couleurs et les motifs.
Si son apparence générale le fait ressembler à un hybride de syngnathe et d’hippocampe, il s’en distingue toutefois en matière de reproduction, puisque chez le poisson-fantôme, à la différence de ces deux espèces cousines, c’est la femelle qui porte les œufs. Mais ce n’est pas bien grave après tout puisque l’espèce est hermaphrodite protandre, ce qui signifie qu’elle est d’abord mâle avant de devenir femelle un peu plus tard, tout cela lors d’un cycle assez court puisque les biologistes estiment que la durée de vie de Solenostomus paradoxus ne dépasse guère une année, dont une grande partie passée sous la forme d’une larve pélagique.

Plongée à Anilao aux Philippines: Poisson-fantôme arlequin (Solenostomus paradoxus) à Heidie's point

Plongée à Anilao aux Philippines: Poisson-fantôme arlequin (Solenostomus paradoxus) à Heidie’s point

On trouve également une seconde espèce de poisson-fantôme à Heidie’s point: le poisson-fantôme robuste (Solenostomus cyanopterus). A la différence de son cousin arlequin, celui-ci met en oeuvre une technique de camouflage différente, consistant à se faire passer pour un bout de feuille ou un bout d’algue, dont il adopte bien volontiers la couleur, du jaune au rouge en passant par différentes nuances de vert, et se laissant dériver non loin de ces derniers. Certains individus poussent même le mimétisme jusqu’à adopter sur leur robe de petites tâches rappelant les épiphytes qui se fixent parfois sur les feuilles. Ainsi, pour le trouver, il faut un regard acéré, et puis plutôt farfouiller au niveau du substrat, surtout à proximité de bouts d’algues ou de plantes. Pour toutes ces raisons il n’est pas aisé de le dénicher, d’autant qu’il est également plus rare que son cousin arlequin…

Plongée à Anilao aux Philippines: Poisson-fantôme robuste (Solenostomus cyanopterus) à Heidie's point

Plongée à Anilao aux Philippines: Poisson-fantôme robuste (Solenostomus cyanopterus) à Heidie’s point

Pas très éloignés dans leur forme, on trouve également à Heidie’s point les magnifiques syngnathes-zébrés (Dunckerocampus dactyliophorus). Leur corps revêt une livrée crème tirant vers le jaune, parcourue d’anneaux rouges se prolongeant jusqu’au bout d’un museau extrêmement allongé. La caudale se présente sous la forme d’un petit éventail rouge bordé de blanc, et au centre duquel se trouve un large point blanc. Difficile de ne pas les remarquer, même s’ils ne sont pas bien gros avec une longueur totale de 15 à 20 centimètres…
Pour les dénicher, il faut plutôt chercher du côté des anfractuosités rocheuses dans lesquelles ils aiment se dissimuler, parfois accompagnés comme ici par une nuée de petits poissons de verre.

 

Et puis bien sûr on trouve aussi à Heidie’s point les représentants habituels de la faune de l’Indo-Pacifique. Parmi ceux-ci, en voici quelques uns que je mets en avant parceque je les rencontre un peu moins souvent que les autres.  Il y a par exemple le Pterois zébre (Dendrochirus zebra), appartenant à la famille des rascasses volantes, mais de taille plus réduite, et surtout avec une membrane qui couvre pratiquement l’intégralité des rayons des pectorales au lieu des nageoires en forme de plume que l’on trouve chez la plupart de ses cousines.
Je déniche également le toujours très graphique baliste strié (Balistapus undulatus), splendide dans sa livrée verte/bleue rayée de orange. Il s’agit ici probablement d’un mâle adulte puisque ces rayures sont absentes de ses joues.
Et puis il y a également ma chouchoute, la toujours étonnante crevette-mante paon (Odontodactylus scyllarus), la squille aux super-pouvoirs capable de décocher des coups dont l’impact parvient à faire bouillir l’eau par cavitation2, ou dont les yeux aux 12 chromatorécepteurs (en comparaison, l’œil de l’être humain n’en possède que trois) qui lui permet de distinguer jusqu’aux ultraviolets. Superman n’a qu’à se rhabiller…

Je regagne la surface après 69 minutes d’une très belle plongée, peu profonde il est vrai, mais ici nul besoin de descendre pour observer une faune des plus riches.
Décidément ce séjour plongée à Anilao commence sous les meilleurs auspices, avec un site qui tient toutes ses promesses, et où l’on trouve assez aisément les plutôt rares poissons-fantômes… Comme la plupart des plongées à Anilao, Heidie’s point ne requiert pas de compétences particulières, et s’adresse par conséquent aux plongeurs de tous niveaux, à condition bien sûr de s’intéresser plus aux créatures sous-marines qu’à la beauté des paysages…

Plongée à Anilao aux Cérianthe dans le paysage à Heidie's point

Plongée à Anilao aux Cérianthe dans le paysage à Heidie’s point

 

  1. Cliquez pour en savoir plus sur ce séjour plongée à Anilao, et plus généralement sur la plongée aux Philippines
  2. Je ne résiste pas au plaisir de vous remettre un lien vers la vidéo (en français) du Ted talk de la biologiste Sheila Patek (en français) qui a fait une étude remarquable sur le sujet et explique de manière très détaillée les différents mécanismes anatomiques mis en œuvre. C’est passionnant…

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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