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 Parmi les créatures surprenantes que l’on peut croiser à Anilao, les Bobbit Worms, ces vers qui peuvent atteindre 3 mètres de longueur, ne sont certainement pas les moins incongrues. Et cerise sur le gâteau, je n’ai pas bien loin à aller puisqu’on les trouve juste devant ma chambre, sur le housereef du Buceo Anilao resort …

Pour ces nouvelles plongées à Anilao, pas besoin d’embarquer sur la bangka. Il suffit de descendre la petite plage de gros cailloux et de se mettre à l’eau. Vraiment pratique, surtout pour les plongées de nuit, puisque l’on met à peine quelques minutes pour regagner sa chambre et se changer, et ici en hiver les nuits sont parfois fraîches…

Le soleil est déjà couché depuis un bon moment lorsque je m’enfonce dans l’eau, d’abord jusqu’à mi-taille pour enfiler mes palmes et mettre mon masque, avant de m’immerger complètement et de suivre le talus qui plonge de manière assez abrupte vers les profondeurs. Rapidement les gros cailloux ont laissé la place à un substrat sableux que je me mets à explorer attentivement dans le cône de lumière que ma torche dessine sur le fond, faisant parfois apparaître l’ombre fugace d’une quelconque créature, tout étonnée de se trouver ainsi sous le feu des projecteurs, et qui en reste figée dans une immobilité absolue.

C’est le cas de ce petit poisson-démon (Inimicus didactylus), à la queue toute recourbée et aux nageoires griffues, qui guettait probablement une quelconque proie à l’ombre d’un corail alcyonaire, tout comme ce dragonnet (Dactylopus dactylopus) qui lui aussi rampe sur le sable en s’aidant de ses griffes. Le poisson-lime quant-à lui promène son étrange fanon ventral en tentant de se dissimuler dans une comatule dont il adopte les couleurs.
Un peu plus loin c’est un de ces drôles de poulpe orange au crane en forme de bonnet à pompon (Callistoctopus luteus) que je débusque. Décidément cette plongée de nuit sur le housereef du Buceo Anilao resort démarre bien, avec toutes ces créatures aux particularités anatomiques plus étranges les unes que les autres, dont aucune n’aurait dépareillé dans un cabinet de curiosités du XVIe siècle !

Je poursuis cette plongée nocturne sur le housereef en gagnant le bas du talus, vers une vingtaine de mètres de profondeur, et en m’aventurant sur la plaine sableuse. Celle-ci est parsemée de coraux isolés, mais aussi des grosses boules colorées que forment les oursins de feu (Asthenosoma varium), rampant lentement à travers ce qui doit leur paraître un immense désert. Comme d’habitude j’en profite pour jeter un œil entre leurs piquants, et c’est sans surprise que j’y retrouve leurs traditionnels hôtes que sont les crevettes de Coleman (Periclimenes colemani) et les crabes zébrés (Zebrida Adamsii). J’adore tout particulièrement ces derniers en raison de la forme étonnante que prend leur carapace, semblant presque recouverte de longues épines qui leur donne l’allure d’un héro de manga japonais qui aurait oublié de se donner un coup de peigne au réveil…

Les nudibranches que je croise ici sont également particulièrement inhabituels. En tous les cas je ne les ai encore jamais rencontrés pour deux d’entre eux… Le premier, Tambja morosa, est plutôt un géant de presque 10 centimètres, ressemblant fortement à un Nembrotha par la position de son panache branchial, et déployant sur son dos cinq panaches branchiaux qui forment ce qui ressemble à une énorme couronne royale. Et puis en regardant bien, on peut aussi distinguer, de chaque côté de sa tête, juste sous le bandeau bleu électrique qui barre son front, deux rainures noires plus ou moins ouvertes et apparaissant comme striées. Les biologistes semblent encore partagés sur la fonction exacte de de cet « organe » qui aurait a priori une vocation chimio-sensorielle… Très belle « limace » en tous les cas…

Quant-au second nudibranche, je n’en ai trouvé aucune description dans la littérature. Peut-être s’agit-il d’une espèce qui n’a pas encore été décrite. Son allure générale la classe indubitablement dans la famille des Thecacera, celle qui a inspiré le célèbre pikachu des pokemon, mais aucun de ses représentants ne dispose d’une telle robe striée de orange avec des rhinophores violets… Si l’un entre vous a une petite idée, merci de partager vos lumières et de laisser un commentaire 🙂

Je parcours sur cette plaine une large boucle, croisant au passage nombre de crevettes et de petits crabes, posés à même le substrat ou bien sur quelque corail mou.

C’est finalement sur le chemin du retour que je croiserai les monstrueux Bobbit worms (Eunice aphroditois), enfouis dans le talus d’où ils ne laissent dépasser que leur tête et une dizaine de centimètre de leur corps, à l’affût de la moindre proie qui pourrait passer à leur portée. Ces vers géants mesurent facilement plus d’un mètre de long (mais on a recensé des individus de 3 mètres !) pour environ 3 centimètres de diamètre. Redoutable prédateur, il dispose de trois paires de mâchoires (voir photo de dessus) capables de couper en deux un poisson. Il n’est donc pas recommandé d’y mettre les doigts…
Ses proies sont principalement des poissons, des apogons, mais également des proies plus volumineuses telles que des rascasses volantes ou des poissons-ballons, habitués à survoler lentement le substrat. le bobbit worm les détecte grâce à ses cinq antennes positionnées au sommet de sa tête, puis se propulse dessus avec une vélocité surprenante, et une fois la proie capturée, il l’entraîne dans son terrier afin de la dévorer tranquillement.
Prédateur essentiellement nocturne, on ne le rencontre que rarement pendant la journée. Sa couleur brune le rend parfois difficile à repérer sur le substrat, mais heureusement il prend une étrange couleur irisée lorsqu’il croise le faisceau d’une lampe.
C’est donc encore une fois une bien étrange créature que j’ai rencontré ici sur le housereef du Buceo Anilao resort, un véritable monstre, impressionnant par sa taille et la puissance de ses armes d’attaque, une de ces créatures marines dont on pousse un véritable soupire de soulagement qu’elles ne soient pas encore plus grosses, faute de quoi nos océans seraient de vrais coupe-gorges pour les plongeurs que nous sommes….

Plongée à Anilao aux Philippines: Ver Bobbit (Eunice aphroditois) sur le Housereef du Buceo Anilao resort

Plongée à Anilao aux Philippines: Ver Bobbit (Eunice aphroditois) sur le Housereef du Buceo Anilao resort

J’effectuerai au total trois plongées sur le housereef du Buceo Anilao resort, toujours avec autant de plaisir, et l’une d’entre elle, diurne cette fois, me permettra de croiser un couple du magnifique poisson-fantôme robuste (Solenostomus cyanopterus) déjà aperçu lors d’une plongée précédente non loin de là sur Heidie’s point (lire l’article ICI), mais cette fois de couleur verte, lui donnant presque l’apparence d’une feuille…

Une autre fois, j’assisterai au spectacle d’une petit bobtail squid (Euprymna berryi) bioluminescent en train de se régaler d’une crevette touvée dans les parages…

Plongée à Anilao aux Philippines: Seiche sur le Housereef du Buceo Anilao resort

Plongée à Anilao aux Philippines: Seiche sur le Housereef du Buceo Anilao resort

Bref, une très belle plongée que ce housereef, vraiment facile et accessible à tout niveau de plongeur, idéale pour les plongées de nuit, surtout si vous résidez au Buceo Anilao resort.
Et même si vous êtes dans les resorts des alentours, n’hésitez pas à venir y faire un petit tour pour découvrir cet inquiétant (mais passionnant) monstre marin qu’est le Bobbit worm

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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2 Commentaires sur "ANILAO: LES VERS CARNIVORES GÉANTS DU HOUSEREEF"

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Stella
Invité

Bonjour,
j’ai trouvé une description pratiquement identique à la photo dans l’atlas mondial des nudibranches page 42
« Thecacera sp8 » Blanc translucide avec des lignes orange rhinophores; pourpres à bout bleu et noir; branchies blanchâtres à jaune pale; fourreaux rhiniphoraux larges mais courts; appendices extra-branchiaux courts et épais. Espèces indéterminée connue seulement des cotes nord de Bali, Indonésie longueur 20 mm

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