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A l’extrémité la plus septentrionale de Caban Island, Layag-Layag est un petit récif qui plonge tout droit vers les profondeurs du détroit de Maricaban, et il se murmure que l’on y trouve parfois de drôle de petits boxeurs sous- marins…

Après une première plongée matinale consacrée à l’improbable épave du casino flottant de Daryl Laut (lire l’article ICI), Layag-Layag me permet de revenir à une atmosphère un peu moins surréaliste puisqu’il s’agit d’une simple pente assez raide, parsemée de rochers et de gros blocs de coralligène. Layag-Layag se situant à la pointe de Caban Island qui constitue la porte d’entrée du détroit de Maricaban, le relief n’y offre aucune protection et le courant peut parfois s’avérer violent. Dans ce cas la zone Sud du site, située un peu en amont de la pointe, permet de s’abriter et d’effectuer une plongée tranquille dans la partie moins profonde du récif.

Etant situé à seulement quelques centaines de mètres de Daryl Laut, nous n’avons besoin que de trente petites secondes pour nous rendre sur Layag-Layag au terme de notre intervalle de surface, et nous sommes bientôt de retour dans l’eau, avec aujourd’hui un courant très modéré.

Il ne faut pas plus de quelques minutes à notre guide pour dénicher l’objet de notre quête, un petit crabe boxeur mosaïque (Lybia tessellata), et il s’agit d’une femelle au vu des innombrables œufs bruns qu’elle porte sous son abdomen, et dans lesquels, en regardant attentivement, on peut déjà discerner de minuscules yeux noirs. Ce crustacé à la carapace dont les motifs en  losanges rouges et jaunes rappelle fortement la tenue d’arlequin, ne mesure généralement pas plus de deux centimètres, et il a pour particularité de se munir de petites anémones qu’il tient au bout de ses pinces comme les gants d’un boxeur, les agitants un peu à la manière des pompons d’une cheerleader, ce qui lui vaut aussi parfois le surnom moins viril de « crabe pom-pom girl ».

Plongée à Anilao aux Philippines: Crabe boxeur (Lybia tessellata) à Layag-Layag

Plongée à Anilao aux Philippines: Crabe boxeur (Lybia tessellata) à Layag-Layag

A la différence des crabes décorateurs qui fixent les anémones sur leur carapace, le crabe boxeur lui se contente de les tenir entre ses pinces, et il les utilise à la fois pour repousser d’éventuels agresseurs grâce aux pouvoirs urticants des anémones, mais également pour se nourrir, un peu comme une fourchette sur laquelle viennent se prendre les petites proies (généralement de minuscules invertébrés) qui constituent son alimentation.
Je reste de longues minutes à observer cet étonnant crabe, et j’y aurais bien passé l’intégralité de la plongée, mais cette future maman doit déjà être suffisamment stressée par ma présence et par mes flashs, et puis mes compagnons de palanquée qui s’impatientaient ont déjà pris le large, et je m’empresse de les rejoindre en me faisant la réflexion que si les cas d’utilisation d’outils restent finalement assez rares dans le règne animal, ils sont généralement le fait d’espèces bien plus développées, et ce petit crabe boxeur constitue probablement un cas unique dans le monde des invertébrés…

Un peu plus loin, c’est un crabe d’un autre genre que je découvre, bien à l’abri des replis d’une anémone de Mertens (Stichodactyla mertensii), cette anémone brune qui ressemble un peu à un gros tapis de laine avec son grand disque oral muni de tentacules très courts. Son hôte est un crabe porcelaine (Neopetrolisthes maculatus), une espèce dont la taille oscille autour de 5 centimètres, et assez facilement reconnaissable grâce à sa livrée crème ponctuée de taches rouges, et à ses grosses pinces démesurées qui font un peu penser aux biceps de Popeye lorsqu’on le regarde de dessus…
La relation qu’il entretien avec son anémone est de nature commensale, dans la mesure ou cette dernière n’en retire aucun bénéfice. Quant-au crabe, s’il utilise l’anémone pour se protéger d’éventuels prédateurs, il doit tout de même s’en méfier, et on le trouve le plus souvent à la périphérie du disque, loin de la zone buccale, et se déplaçant pour éviter d’être mangé…

Plongée à Anilao aux Philippines: Crabe porcelaine (Neopetrolisthes maculatus) à Layag-Layag

Plongée à Anilao aux Philippines: Crabe porcelaine (Neopetrolisthes maculatus) à Layag-Layag

Plongée à Anilao aux Philippines: Crabe porcelaine (Neopetrolisthes maculatus) à Layag-Layag

Plongée à Anilao aux Philippines: Crabe porcelaine (Neopetrolisthes maculatus) à Layag-Layag

Proches cousines des crabes, les galathées s’en distinguent pourtant par la démesure de leurs chélipèdes, la première paire de pattes munie de pinces, dont la longueur dépasse largement celle de leur corps. A l’inverse, chez ces petits crustacés la dernière paire de pattes est quasiment atrophiée, si bien que l’on voit généralement trois paires de pattes là ou les crabes en possèdent quatre. La galathée que j’observe maintenant vit dans les méandres des éponges barriques (Xestospongia testudinaria), ces grosses éponges roses à mauves dont la taille peut parfois atteindre plus de deux mètres, et il s’agit de ma galathée préférée, la minuscule (2 ou 3 cm) et très flashy galathée poilue (Lauriea siagiani). Cette galathée voit en effet son corps recouvert de longs poils blancs plus ou moins denses selon les individus, mais dont la longueur, elle aussi disproportionnée par rapport à sa taille, lui donne plutôt l’apparence d’un improbable cactus mauve…
Je la trouve en tous les cas magnifique avec ses minuscules yeux rouges pédonculés, posés au-dessus de son corps mauve néon qui forme un joli camaïeu avec le rose tendre des éponges barriques dans lesquelles elle vit.

Plongée à Anilao aux Philippines: Galathée poilue (Lauriea siagiani) à Layag-Layag

Plongée à Anilao aux Philippines: Galathée poilue (Lauriea siagiani) à Layag-Layag

Je reprends mon exploration de Layag-Layag, continuant d’observer attentivement des anémones quelque peu décoiffées par le courant, dans l’espoir d’y découvrir de nouveaux crabes ou crevettes, mais je tombe cette fois plutôt nez-à-nez avec plusieurs poissons-clowns. Le premier s’avère assez classique puisqu’il s’agit du poisson-clown à collier (Amphiprion perideraion) que l’on croisse assez régulièrement dans l’océan indien ou dans cette partie du pacifique, mais toujours aussi joli avec sa couleur rose saumon. Le second l’est tout autant puisqu’il s’agit du poisson-clown de Clark (Amphiprion clarckii), à la robe foncée striée de trois bandes blanches et muni d’une caudale entièrement jaune. Quant-au troisième, il arbore une magnifique robe rouge qui tranche sur le vert des anémones environnantes. Il s’agit du poisson-clown tomate (Amphiprion frenatus), et comme sa couleur s’assombrit souvent avec l’age, j’en tire la conclusion que celui-ci doit commencer à avoir un peu de bouteille… Il est en tous les cas magnifique au milieu de son anémone aux tentacules couchées par le courant, un peu comme une petite flamme dansante au gré du flux et du reflux, tantôt caché derrière l’épaisse chevelure verte, tantôt en resurgissant comme un beau diable pour tenter de m’intimider…

Plongée à Anilao aux Philippines: Poisson-clown tomate (Amphiprion frenatus) à Layag-Layag

Plongée à Anilao aux Philippines: Poisson-clown tomate (Amphiprion frenatus) à Layag-Layag

Le récif de Layag-Layag héberge également bien d’autres espèces de poissons dont la liste serait trop longue à énumérer, mais parmi les plus remarquables on peut néanmoins citer le poisson-comète (Calloplesiops altivelis), généralement assez craintif et par conséquent pas toujours facile à observer (je ne l’ai vu que 2 ou 3 fois jusqu’à présent). Il présente une grosse ocelle sur son corps tacheté de pois, et lorsqu’il se sent menacé il s’enfonce dans la crevasse la plus proche ne laissant dépasser que sa partie postérieure munie de cette ocelle, ressemblant à s’y méprendre à l’œil d’une murène, et espérant ainsi effrayer ses agresseurs.
Le poisson-faucon tacheté (Cirrhitichthys falco) est quant-à lui certes moins gros que le poisson-faucon à long nez observé lors de ma plongée précédente sur l’épave du casino de Daryl Laut, mais il adopte lui aussi le même comportement, restant de longs moments immobile sur un rocher avant de fondre sur sa victime avec la vitesse de l’oiseau de proie du même nom.
Quant-aux juvéniles de gaterins, ils sont toujours amusants à regarder puisqu’ils s’agitent en permanence, comme pris d’étranges convulsions qui les entraînent dans une danse perpétuelle… Il s’agit ici d’un juvénile de gaterin arlequin (Plectorhinchus chaetodonoides)

Et puis bientôt quelques limaces daignent se montrer, me rappelant s’il en était besoin pourquoi Anilao est considérée comme la capitale mondiale du nudibranche. Je passe rapidement sur les Chromodoris annae et elisabethana, toujours magnifiques mais déjà croisés lors de mes plongées précédentes dans les parages, et je m’attarde un peu plus longuement sur Chromodoris Willani, lui aussi déjà croisé deux jours auparavant sur Arthur’s rock (lire ICI). Il arbore un manteau bleu pale, entouré d’un fin liseré noir discontinué au niveau de la tête, mais surtout il présente un superbe panache branchial gris qui semble saupoudré de petites perles blanches. Encore une belle limace qui vient s’ajouter à ma collection sur papier glacé…

Plongée à Anilao aux Philippines: Nudibranche (Chromodoris willani) à Layag-Layag

Plongée à Anilao aux Philippines: Nudibranche (Chromodoris willani) à Layag-Layag

Mais après une heure d’immersion, il est désormais temps de regagner la surface, après un dernier clin d’œil de Layag-Layag dont le paysage m’offre une étonnante composition en forme de visage muni d’une grosse bouche aux lèvres pulpeuses. Il ne s’en est fallu que de quelques dixièmes de seconde pour que les yeux ne soient à la bonne place…

Une très belle plongée donc que Layag-Layag, pleine de belles rencontres, avec notamment ce minuscule petit crabe boxeur. Contrairement à d’autres plongées à Anilao qui sont plutôt à réserver aux amateurs de muck-dive, celle-ci contentera absolument tout le monde par la beauté de ses paysages couplée à une faune variée et abondante. Compte tenu de la profondeur, pas de prérequis particuliers pour plonger ici, simplement les plongeurs les moins aguerris devront se contenter de la partie du récif la moins sujette au courant…

Plongée à Anilao aux Philippines: Paysage de Layag-Layag

Plongée à Anilao aux Philippines: Paysage de Layag-Layag

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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