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A Anilao, de l’autre côté de la péninsule de Calumpan, on trouve un site de plongée sous-marine à faible profondeur, où les coraux Acropora ont tissé leur épais tapis de calcaire, formant un inextricable labyrinthe de branches enchevêtrées, où une faune, généralement pas bien grosse, aime à trouver refuge. Cela tombe bien puisqu’il s’agit également de l’un des habitats préférés des très recherchés poissons-mandarins. En route pour Mandarin Point donc !

La réputation du poisson-mandarin (Synchiropus splendidus) n’est évidemment plus à faire, et tout le monde a entendu parler de ce magnifique petit poisson aux couleurs les plus vives, particulièrement prisé des aquariophiles du monde entier, même s’il s’acclimate très mal à la captivité.
En milieu naturel, cette petite merveille ne se laisse guère admirer plus facilement, puisqu’elle passe la quasi totalité de la journée dans le dédale des coraux Acropora, ne se risquant au dehors qu’au crépuscule, et ce pour une parade nuptiale de quelques secondes à peine. Un véritable défi en termes de photo sous-marine…

Il y a de cela quelques temps j’étais déjà parti à sa recherche sur un autre Mandarin point, à l’Ouest de Bali celui-la (lire l’article ICI), dont j’étais rentré bredouille malgré plus de 90 minutes passées à fureter chaque recoin du récif. J’espère avoir plus de chance cette fois-ci…
En ce mois de Janvier, le vent froid qui souffle sur les Philippines a visiblement rebuté mes compagnons de palanquée habituels, et je suis seul en cette fin d’après-midi à embarquer sur la bangka du Buceo Anilao Resort. Le soleil semble flotter au ras de l’horizon, comme s’il hésitait lui aussi à se laisser tomber dans cette eau pas bien chaude, inondant les alentours d’une magnifique lumière orangée dans laquelle notre embarcation qui saute de vague en vague vient faire jaillir des gerbes d’écume étincelante. Nous cinglons vers le Nord-Ouest, longeant le rivage de la péninsule, et je savoure pleinement la magie de ce spectacle qui me réchauffe tellement l’âme qu’il me fait vite oublier la rigueur du climat…

Plongée à Anilao aux Philippines: Bangka dans le soleil couchant à Mandarin point

Plongée à Anilao aux Philippines: Bangka dans le soleil couchant à Mandarin point

Il nous faut bien une bonne vingtaine de minutes pour gagner Mandarin point, et mon guide et moi nous nous mettons à l’eau juste quelques minutes avant le crépuscule. J’aime particulièrement les plongées à ce moment de la journée, lorsque la mer revêt peu à peu son manteau de ténèbres, et que la faune diurne laisse progressivement la place aux créatures de la nuit, les deux se croisant alors un cours moment, rendant toutes les rencontres possibles…

Mais aujourd’hui nous avons un objectif bien précis, et nous nous dirigeons vers un large buisson d’Acropora situé aux alentours de 7 mètres de profondeur, devant lequel nous nous postons, flottant comme en apesanteur, immobiles en attendant que les stars du jours ne daignent se montrer. Je suis passé en lumière rouge (ma torche est équipée de ce mode inactinique assez pratique pour approcher les poissons sans les effrayer, mais on peut aussi utiliser un bout de cellophane rouge maintenue devant le faisceau par un simple élastique), et comme à chaque fois, le paysage prend cette allure étrange de monde crépusculaire auquel notre œil n’est guère habitué, à moins d’avoir fréquenté avec assiduité les chambres noires des labos de développement photos du temps de l’argentique…

Le buisson corallien semble bientôt se réveiller, et des ombres fugaces commencent à se déplacer entre ses branches, adoptant une démarche craintive et hésitante, avançant de quelques centimètres avant de s’immobiliser plusieurs secondes, puis de recommencer indéfiniment ce manège irritant pour mes nerfs.
Il s’agit bien des poissons mandarins, mais ces foutus doigts d’Acropora constituent un véritable cauchemar pour les photos sous-marines, dressant des obstacles dans lesquels la lumière de mes flashs déportés vient se prendre pour former des ombres disgracieuses, n’éclairant que très partiellement mon sujet…

Si j’ai beaucoup entendu parler de la parade nuptiale des poissons-mandarins, je n’ai en revanche encore jamais pu y assister. D’après les biologistes, les individus mâles et femelles déambulent au hasard dans leur labyrinthe de corail, se croisant parfois au détour d’une branche, jusqu’à trouver le partenaire idéal. Le mâle enlace alors la femelle, et tout deux s’élancent en tournoyant vers la surface, s’élevant de quelques dizaines de centimètre au dessus du corail pour relâcher en même temps leurs gamètes en pleine eau, avant de regagner en un éclair leur abri pour s’y séparer et disparaître définitivement… J’attends impatiemment l’instant fugace où les couples vont se former et s’élever au dessus  de l’Acropora, me permettant enfin de pouvoir les photographier en plein eau, dégagés de tout obstacle. Hélas pour le moment aucun mandarin ne semble trouver chaussure à son pied…

Je parviens à trouver une zone ou la densité de branche est un peu moins importante, me permettant de capturer au passage quelques couples, mais toujours de dessus et donc pas vraiment sous leur meilleur angle…

Plongée à Anilao aux Philippines: Poisson-mandarin (Synchiropus splendidus) à Mandarin point

Plongée à Anilao aux Philippines: Poisson-mandarin (Synchiropus splendidus) à Mandarin point

Cela me permet au moins d’admirer leurs magnifiques couleurs, orange rayé de vert chez le mâle (le plus gros des deux), à dominante plutôt bleue pour la femelle. Ces deux là semblent se plaire, et ils se mettent bientôt à nager côte à côte… avant de s’élancer en direction de la surface dans cette valse si particulière que l’on m’a tant décrite. Enfin !
Mais le spectacle est tellement féerique que j’en oublie d’appuyer sur le déclencheur de mon appareil photo… Il me faut quelques bonnes secondes avant de réaliser ce qui vient de se passer, et, toujours émerveillé, je me remets vite en position, cette fois le doigt prêt à faire feu, mais plus rien ne bouge, comme si le buisson de corail était soudain devenu sans vie. J’entrevois bien à quelques mètres les ombres fugaces d’autres parades nuptiales, mais aucune vraiment à portée de mon objectif.

Je continue de scruter obstinément l’entrelacs de corail, dénichant au passage une curieuse seiche juvénile, presque entièrement blanche et dotée de gros yeux proéminents…

Plongée à Anilao aux Philippines: Seiche juvénile à Mandarin point

Plongée à Anilao aux Philippines: Seiche juvénile à Mandarin point

… puis un gros Bernard l’ermite et plusieurs beaux spécimen de poissons-scorpions attendant patiemment le passage d’une proie, mais plus aucune trace des adorables mandarins.

Un peu plus loin l’étrange forme oblongue d’un platax glisse lentement dans la semi obscurité. Compte tenu de la taille encore très allongée de ses nageoires, il doit vraisemblablement s’agir d’un sub-adulte, qui, après avoir passé le début de sa vie dans ce récif d’Acropora un peu comme dans une nursery protectrice, va désormais rejoindre un lieu plus propice pour sa vie d’adulte…

Plongée à Anilao aux Philippines: Platax (Platax teira) de nuit à Mandarin point

Plongée à Anilao aux Philippines: Platax (Platax teira) de nuit à Mandarin point

Et bientôt le crépuscule a fait place à la nuit. Je dois bien me rendre à l’évidence: l’heure des mandarins est désormais définitivement passée…

Refusant de m’avouer vaincu, je m’obstine à rester sous encore un peu sous l’eau, croisant un anthias, visiblement irrité par ma présence et qui en dresse de colère sa première épine dorsale comme s’il allait me transpercer avec (bon le bestiau mesurant à peine quelques centimètres, même avec cette arme il n’est guère impressionnant !), ainsi qu’un très joli poisson-coffre réticulé (Ostracion solorensis) que je n’ai pas souvent aperçu lors de mes plongées. Il s’agit d’un mâle d’après sa livrée gris bleuté tachée de points et de traits d’un bleu plus clair. La femelle quant-à elle présente une livrée plus claire et ponctuée de noir…

Plongée à Anilao aux Philippines: Anthias de nuit à Mandarin point

Plongée à Anilao aux Philippines: Anthias de nuit à Mandarin point

Plongée à Anilao aux Philippines: Poisson-coffre (Ostracion solorensis) à Mandarin point

Plongée à Anilao aux Philippines: Poisson-coffre (Ostracion solorensis) à Mandarin point

Je fini par regagner la surface après un peu plus d’une heure passée à faible profondeur, à la fois ravi d’avoir assisté à la parade nuptiale de ces satanés poissons-mandarins, mais en même temps un peu dépité de n’avoir pas pu la capturer…

Si ces plongées spécifiques à l’observation des poissons-mandarins, ne sont pas vraiment passionnantes (vous je ne sais pas, mais moi j’ai horreur de rester planter devant un corail à attendre), le spectacle de leur fugace parade nuptiale constitue une récompense qui vaut vraiment le coup, et ici, à Anilao, leur observation est tout à fait simple puisqu’ils donnent leur show tous les jours de l’année, dans une zone très facile d’accès, même pour les plongeurs débutants (attention quand même à bien maîtriser sa flottabilité, les acropora sont plus fragiles que leur apparence ne le laisse supposer !)
En ce qui me concerne je ne passerai certainement pas toutes mes plongées de nuit à chasser le mandarin (il y a tellement d’autres créatures nocturnes intéressantes !), mais j’y retournerai volontiers de temps en temps, et « je l’aurai un jour, je l’aurai… » cette foutu parade nuptiale !

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Gilles Auroux

Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j’ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.


Ma plus belle plongée ? J’espère la prochaine…


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