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De l’autre côté du détroit de Maricaban, Minilog Point cache ses trésors sous-marins du côté de la pointe Sud de Caban Island. Et parmi ces trésors, on trouve là-bas une véritable collection de crevettes rares et colorées. C’est là que va nous conduire cette seconde plongée de la journée..

Sitôt remontés de notre première plongée matinale sur Kirby’s rock (lire ICI), notre bangka nous emmène dans le détroit qui sépare Caban island de l’île de Maricaban. Là, protégés des vagues qu’une houle hostile nous apporte de l’Est, nous  accostons sur les rives d’un village de pêcheurs, et allumons rapidement le réchaud nous permettant de faire bouillir l’eau destinée à la préparation de notre café soluble. Il ne fait décidément pas bien chaud en ce mois de janvier aux Philippines, et le vent qui souffle en bourrasques ne contribue guère à nous réchauffer, pas plus d’ailleurs que notre café vite avalé, dont le réconfort s’estompe rapidement…
Finalement c’est encore sous l’eau qu’il fait le plus chaud, et nous attendons avec impatience la fin de l’heure que dure notre intervalle de surface pour nous ré-immerger…

Heureusement, Minilog Point ne se trouve pas bien loin, et nous ne mettons que quelques minutes de navigation pour l’atteindre, plongeant à nouveau dans une eau à 26 degrés, qui malgré les 3 mm de ma combinaison ne m’aura jamais paru aussi chaude… Contrairement à Kirby’s rock qui nous offrait un peu plus tôt un magnifique tombant recouvert de coraux et de gorgones, nous renouons sur Minilog Point avec une topographie similaire à celle que nous avons découverte de l’autre côté du détroit: un talus de sable formant une pente parsemée de quelques rochers ou blocs de coralligène sur lesquels une rare faune sessile trouve refuge. C’est par conséquent une nouvelle muck dive qui nous attend, et même si nous ne le savons pas encore, cette journée sera décidément placée par Neptune sous le signe de la crevette, puisque après la rare et magnifique crevette-dragon (Miropandalus hardingi) croisée un peu plus tôt à Kirby’s rock, suivie de quelques autres crevettes du corail fouet, ce sont pas moins de trois nouvelles espèces qui nous attendent ici à Minilog Point

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette de Coleman (Periclimenes colemani) à Minilog

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette de Coleman (Periclimenes colemani) à Minilog

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette de coleman et crabe zébré dans un oursin de feu à Minilog

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette de coleman et crabe zébré dans un oursin de feu à Minilog

La première, la crevette de Coleman (Periclimenes colemani) se trouve exclusivement sur le dos des gros oursins de feu (Asthenosoma varium), avec lesquels elle entretient une relation mutualiste: Elle nettoie régulièrement son hôte dont, en retour, les piquants extrêmement venimeux la protègent d’éventuels prédateurs.
De petite taille (2 cm maximum) on trouve le plus souvent la crevette de Coleman en couple (la femelle est presque deux fois plus grosse que le mâle), partageant parfois son refuge avec d’autres crustacés comme le crabe zébré (Zebrida Adamsii) – Voir la photo ci-dessus sur laquelle on trouve ensemble les deux espèces. Il semblerait par contre qu’un seul couple habite un même oursin de feu… En tous les cas je n’en ai encore jamais rencontré plusieurs sur un même oursin…
Si elle s’avère parfois difficile à repérer tant son camouflage frôle la perfection (avec ses couleurs plutôt criardes, je me demande même si elle serait capable de survivre longtemps loin de son hôte), il parait par contre impossible de confondre la crevette de Coleman avec d’autres crevettes. La prochaine fois que vous croiserez un oursin de feu, n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil, mais attention à leurs redoutables piquants dont le venin extrêmement douloureux peut parfois s’avérer mortel en entraînant un arrêt respiratoire…

La seconde espèce de crevette que je croise à Minilog Point possède une bien étrange tête blanche, quasiment plate, portant de chaque côté deux pédoncules terminés par des yeux également blancs rayés de noir, le tout surmontant un thorax orange du plus bel effet. Il s’agit de la crevette de Koror (Cuapetes kororensis) que l’on rencontre exclusivement sur le corail-anémone (Heliofungia actiniformis) dans les tentacules duquel elle se cache, généralement tête en l’air, si bien que vu d’au-dessus, sa tête se confond souvent avec l’extrémité, blanche également, des tentacules de son hôte, rendant sa présence difficile à déceler.
Son nom provient probablement de l’île de Koror, en Micronésie, mais comme souvent je lui préfère le nom que lui ont donné les anglo-saxons « Ghost shrimp », bien plus approprié compte tenu de sa « tête » de fantôme…

Enfin, la dernière espèce de crevette que je rencontre à Minilog Point se trouve cachée parmi les anémones, d’où son nom de crevette des anémones (Ancylomenes sarasvati)… Décrite récemment (2002), elle fait partie de ce groupe de crevettes nettoyeuses, quasi transparentes et souvent difficiles à distinguer les unes des autres, que l’on trouve fréquemment dans l’indo-pacifique. Le site francophone Doris propose une méthode d’identification basée sur la plaque, généralement colorée et distinctive, du 3e segment abdominal, que je trouve plutôt pratique à utiliser (voir la dernière photo de la fiche d’identification de Ancylomenes holothuisi ICI).
A la différence des deux espèces précédentes qui jouaient la carte du mimétisme avec leur hôte, Ancylomenes sarasvati a plutôt décidé de se fondre dans le décor en adoptant un corps presque entièrement transparent. Cela lui permet de cohabiter avec des hôtes de différentes espèces, anémones, coraux et parfois méduses.
En ce qui me concerne, je reste à chaque fois fasciné par une telle transparence, permettant de voir au travers de leur corps sans qu’aucun organe ne vienne y faire obstacle… Cette « illusion d’optique » en est même parfois dérangeante, comme le montre cette première photo où j’avais d’abord cru que la crevette se trouvait derrière le tentacule de son hôte, ne laissant dépasser que le telson et la tête… D’autre fois au contraire, cette transparence produit un effet de loupe, permettant d’apercevoir de manière très nette les œufs portés par la femelle (voir troisième photo)

Bref, une journée placée sous le signe de la crevette, mais pas uniquement, puisque comme toujours Anilao propose une faune d’une très grande diversité, et comme nous parlions d’œufs, je remarque justement un peu plus loin un couple de syngnathes zébrés (Dunckerocampus dactyliophorus) dont le mâle porte la future progéniture. Si je croise fréquemment cette espèce dans la région, c’est pourtant la première fois que je remarque ses œufs et son étrange manière de les porter, à l’extérieur du ventre, alignés en une impeccable rangée le long de la face antérieur de son abdomen. Étrange particularité donc chez cette espèce, puisque les autres membres de la famille des syngnathes utilisent généralement une poche incubatrice destinée à protéger la ponte…

Et puis bien sûr que serait une plongée à Anilao, la capitale mondiale des nudibranches, si l’on y croisait justement pas ces derniers ! Minilog point me permet de rajouter deux nouvelles espèces à ma liste des nudibranches d’Anilao: Chromodoris quadricolor, le nudibranche « pyjama » aux longues rayures noires, plutôt courant dans tout le bassin de l’indo-pacifique, mais surtout une très jolie flabelline, Flabellina exoptata, que l’on connait sous le délicieux nom de « flabelline de la passion » et que je n’avais encore jamais eu le plaisir de rencontrer…
Cette dernière doit son nom à ses couleurs plutôt vives, mêlant le mauve, le pourpre et le violet, avec l’extrémité des cérates franchement blanc. Mais le plus surprenant reste ses rhinophores qui se présentent sous la forme d’un étrange plumeau orange… Quoi qu’il en soit, il s’agit vraiment d’une magnifique limace, au corps fait de néons phosphorescents, quasi translucide…

Une très belle plongée donc que Minilog Point, bien sûr à réserver aux amoureux de muck dive, mais pour ceux qui n’aiment pas trop fureter dans le sable, rassurez-vous, on y croise également quelques espèces de poissons comme cette rascasse volante (Pterois volitans) à la jolie robe entièrement noire, ce poisson-porc-épic (Diodon holocanthus) un peu énervé et qui commence à se gonfler, ou encore de belles seiches planant au dessus du fond.
Le site lui-même est accessible à tous les niveaux (profondeur aux alentour des 20 mètres) avec un courant quasi nul, et donc ne présente aucune difficulté particulière.

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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