Votre mot de passe vous sera envoyé.

Réputée pour la quantité et la diversité de ses nudibranches, et plus généralement pour la faune microscopique que l’on y croise, la plongée à Anilao réserve parfois aussi de belles surprises, comme celle d’aujourd’hui à Olympic point, avec cette méduse géante que l’on croirait venue tout droit d’une autre galaxie…

Après notre première plongée de la journée sur Sepoc bis et son paysage apocalyptique de coraux brisés (lire l’article ICI), mes compagnons de palanquée et moi-même tentons tant bien que mal de nous abriter du vent glacial qui souffle sur la plage de galets de l’Ouest de Caban island, où notre bangka est venue accoster le temps de notre intervalle de surface, pas très loin d’ailleurs de Daryl laut, ce site de plongée que j’adore pour son atmosphère étrange puisqu’il consiste à visiter l’épave d’un ancien casino flottant détruit il y a 30 ans par un incendie (lire l’article ICI). Je tourne lentement entre mes mains le gobelet de café soluble que nous a préparé notre guide, essayant de réchauffer mes mains glacées… Décidément je ne m’imaginais pas l’hiver Philippin aussi rude…

Plus que jamais, cette heure passée à attendre à la surface me parait interminable, et j’ai hâte de retrouver les profondeurs où même si l’eau du Pacifique ne dépasse pas 25 degrés, elle me parait, comparée à l’extérieur, aussi chaude qu’un hammam. Heureusement Olympic point ne se trouve pas bien loin de notre plage, et la navigation vent debout n’a guère le temps de nous refroidir encore plus.

Comme d’habitude nous basculons au-dessus du petit plateau qui prolonge le rivage, avant de gagner le talus et de le suivre pour nous enfoncer vers les profondeurs. Olympic point est également un site de muck-dive, mais comparé à Sepoc il me fait l’effet d’un véritable jardin d’Éden, et je me précipite vers chaque corail ou anémone à la recherche de mes bestioles favorites. Et si Sepoc m’avait paru intéressant pour ses nombreuses espèces de crevettes, que dire alors d‘Olympic point !

La première que je croise ressemble vaguement à un canard, ce qui lui vaut le surnom de « Donald duck shrimp ». En effet Leander plumosus de son véritable patronyme, possède un rostre en forme de bec de canard, qui parait comme doté de petites plumes que l’on retrouve d’ailleurs à l’angle de son abdomen. C’est toujours un plaisir de rencontrer cette drôle de crevette assez timide et que l’on ne voit pas souvent, même dans l’indo-pacifique où elles sont pourtant nombreuses…

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette Donald Duck (Leander plumosus) à Olympic point

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette Donald Duck (Leander plumosus) à Olympic point

La seconde des crevettes d’Olympic point est la petite crevette de Koror (Cuapetes kororensis) que l’on ne voit jamais entièrement, puisqu’elle se dissimule en permanence dans son hôte préféré, le corail-anémone (Heliofungia actiniformis), ne laissant dépasser que sa tête blanche, surmontée de deux yeux pédonculés. Ainsi, elle se confond presque avec les petites vésicules blanches situées à l’extrémité des tentacules du corail, surtout vu de dessus. Quant-à ses chélipèdes ils sont d’une longueur démesurée (presque deux fois la taille du corps de la crevette) ce qui rend souvent les cadrages photo un peu problématiques…

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette de Koror (Cuapetes kororensis) à Olympic point

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette de Koror (Cuapetes kororensis) à Olympic point

Les coraux-champignons d‘Olympic point constituent décidément des hôtes très demandés, puisque de nombreuses autres espèces ont choisi d’y élire domicile. C’est par exemple le cas d’Ancylomenes sarasviti, très commune dans les parages, mais ici avec ses œufs que l’on peut apercevoir par transparence. J’y croise également, et c’est la première fois, ces petits syngnathes du corail-anémone. Il s’agit de Siokunichthys nigrolineatus, blancs comme des fantômes, sauf au niveau de la tête où une fine bande rouge à brun traverse l’œil comme une cicatrice. 

Je croise également la crevette queue de paon (Periclimenes brevicarpalis), cette étrange crevette dont la tête transparente est surmontée d’une tâche blanche ressemblant à un cerveau. Mais elle doit son nom à sa queue (appelée telson chez les crevettes) qui, comme l’animal éponyme, s’étale en éventail surmontée de cinq tâches orange cerclées de noir du plus bel effet…

Et puis, omniprésentes lors de ces plongées à Anilao, les crevettes-mantes paon (Odontodactylus scyllarus) ne sont jamais bien loin, mais parfois difficiles à repérer, ne laissant dépasser de leur abri que leur tête d’alien toujours curieuse de la moindre animation dans le récif. Comme d’habitude je reste de longues minutes à l’observer, toujours fasciné par leurs extraordinaires capacités, mais celle-ci est décidément trop timide et ne me laissera capturer qu’un rapide portrait depuis l’orée de son repaire…

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette-mante paon (Odontodactylus scyllarus) à Olympic point

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette-mante paon (Odontodactylus scyllarus) à Olympic point

Bien moins timides, les murènes-rubans (Rhinomuraena quaesita) se laissent approcher sans difficulté, même si leur gueule démesurément ouverte pourrait faire furieusement penser à une tentative d’intimidation, laissant entrevoir la troisième rangée de dents parfaitement alignées qui tapissent leur palais…

Plongée à Anilao aux Philippines: murène ruban juvénile (Rhinomuraena quaesita) à Olympic point

Plongée à Anilao aux Philippines: murène ruban juvénile (Rhinomuraena quaesita) à Olympic point

Mais le clou de cette plongée à Olympic Point reste encore à venir…
C’est en effet au moment où je m’apprêtais à entamer mon pallier de sécurité qu’un mouvement attire mon attention à quelques dizaines de mètres à peine. Je me dirige aussitôt dans sa direction, et tombe nez à nez avec cette créature qu’on croirait tout droit venue du fin fond de la galaxie. Il s’agit d’une Thysanostoma, une méduse géante extrêmement rare, et qui se caractérise par une grosse tête semi sphérique d’un magnifique pourpre presque translucide, sur laquelle on distingue une croix un peu plus sombre. Derrière, de longs tentacules (environ 1 mètre) s’agitent plutôt frénétiquement ce qui fait de cette méduse une excellente nageuse. Ne sachant pas s’ils sont venimeux ou pas, je préfère garder une distance respectueuse, me contentant de nager à ses côtés en l’observant nager gracieusement, juste en-dessous de la surface.

Plongée à Anilao aux Philippines: Méduse pourpre géante (Thysanostoma sp) à Olympic point

Plongée à Anilao aux Philippines: Méduse pourpre géante (Thysanostoma sp) à Olympic point

Plongée à Anilao aux Philippines: Méduse pourpre géante (Thysanostoma sp) à Olympic point

Plongée à Anilao aux Philippines: Méduse pourpre géante (Thysanostoma sp) à Olympic point

Malgré ma réserve d’air déjà considérablement entamée, je reste de longues minutes à l’observer, tentant de prolonger au maximum cette rencontre extraordinaire. Mais je dois pourtant bien me résigner à regagner la surface, et c’est avec un bloc quasiment vide que je remonte sur notre bangka qui nous attend bien sagement à quelques mètres de là…

Une magnifique rencontre donc, et qui vient mettre un terme à une très belle plongée sur Olympic point, un site qui propose une faune d’une grande diversité, où les amateurs de crevettes s’en donneront à cœur joie, et qui peut être pratiqué par des plongeurs de tous niveaux puisque la profondeur y est faible et le courant assez modéré.

Articles dans cette catégorie

Gilles Auroux

Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j’ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.


Ma plus belle plongée ? J’espère la prochaine…


Vous aussi vous avez plongé ici ? Vous avez aimé ce site (ou pas) ? N'hésitez pas à laisser un commentaire...

Soyez le premier à commenter !

Votre commentaire

wpDiscuz
0 Partages
Partagez
Tweetez
Enregistrer
+1