THAILANDE: HIN DAENG, LE ROCHER ROUGE…

Plongée en Thaïlande : Poissons clowns dans leur anémone à Hin Daeng
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A quelques centaines de mètres de Hin Muang où nous avons effectué notre première plongée de la journée, les trois sommets de Hin Daeng crèvent difficilement la surface de la mer d’Andaman puisqu’ils culminent à 2 petits mètres à peine… Comme sa voisine, Hin Daeng est une montagne sous-marine, plongeant depuis la surface jusque vers le fond sableux qui s’étend à perte de vue à partir de 40 mètres de profondeur.

Plongée en Thaïlande : carte de Hin Daeng
Plongée en Thaïlande : carte de Hin Daeng

Autant dire que le Bunmee III n’a pas eu à se déplacer beaucoup depuis notre plongée précédente dont nous sommes remontés il y a de cela trois bonnes heures, le temps pour nous d’avaler un solide petit déjeuner de soupe Thaïlandaise au poulet, de prendre un peu de repos et préparer le matériel de photo sous-marine pour la plongée suivante. Il est 12h30 lorsque nous effectuons le saut droit depuis la plateforme arrière du bateau et que nous nous immergeons sur le site de Hin Daeng.

En Thaïlandais, Hin Daeng signifie le rocher rouge, en référence aux coraux rouge omniprésents sur les parois de cette petite montagne. Encore de beaux paysages et de magnifiques couleurs en perspective!

Plongée en Thaïlande : Paysage de coraux de Hin Daeng
Plongée en Thaïlande : Paysage de coraux de Hin Daeng

Sous les flots, Hin Daeng se présente sous la forme d’une montagne tronquée, comme la souche d’un arbre coupé à l’horizontal par le coup d’une tronçonneuse géante, constituant ainsi un grand plateau jonché de blocs rocheux, immergé à une profondeur comprise entre 15 et 25 mètres, et duquel trois pitons prennent leur élan pour s’élancer à l’assaut de la surface d’une mer d’Andaman qu’ils parviennent à percer de justesse. Au Nord, à l’Ouest et au Sud, les bords de ce plateau forment un précipice vertigineux qui plonge vers la plaine de sable située aux alentours de 40 mètres de profondeur, créant ainsi un magnifique tombant, tandis que son versant Est s’y enfonce par une pente beaucoup plus douce.
Mais c’est le plateau qui fait l’objet de notre exploration du jour, et nous y descendons sur sa partie la plus profonde, vers 24 mètres, au Nord du rocher, avant d’emprunter le large canyon qui prend la direction de l’Est.

Plongée en Thaïlande : Paysage de Hin Daeng
Plongée en Thaïlande : Paysage de Hin Daeng

Sur ce côté nous longeons le haut de la pente sableuse qui descend vers les profondeurs. Elle est recouverte d’un éboulis de gros rochers, un peu ternes faute de coraux pour y faire exploser de la couleur, mais regorge de poissons qui profitent des anfractuosités de la roche pour se dissimuler…

C’est le cas de cette petite perche de sable femelle (Parapercis hexophthalma) qui se tient à l’entrée de sa cachette, délicatement posée sur la pointe de ses nageoires pelviennes comme une mannequin sur des stilettos. L’espèce se reconnait à la présence d’une tache noire à la base de la queue, et les femelles se distinguent des mâles par les points qui couvrent leurs joues, alors que chez ces derniers de fines rayures remplacent les points.

Plongée en Thaïlande : Perche de sable femelle (Parapercis hexophthalma) à Hin Daeng
Plongée en Thaïlande : Perche de sable femelle (Parapercis hexophthalma) à Hin Daeng

Un peu plus loin, comme une commère au aguets, une petite blennie vêtue de sombre, peut être Ecsenius namiyei, pointe le bout de ses tentacules oculaires du minuscule trou dans lequel elle est réfugiée. La particularité de cette espèce réside dans son nombre de dents, plus de 100, qu’elle utilise pour gratter les algues de la surface des rochers, ce qui lui vaut un nom anglo-saxon bien plus explicite de « Black Combtooth Blenny » : la blennie noire aux dents de peigne…

Plongée en Thaïlande : Blennie noire (Ecsenius namiyei?) à Hin Daeng
Plongée en Thaïlande : Blennie noire (Ecsenius namiyei?) à Hin Daeng

On croise également sur cette plongée bon nombre de représentants plus ou moins communs de la faune locale, comme ce petit poisson épervier à points rouges (Cirrhitichthys oxycephalus) qui tire son nom de la vivacité avec laquelle il fond sur ses victimes tel un oiseau de proie, ou bien encore ce timide mérou noir (Aethaloperca rogaa) caché sous un rocher, et que l’on appelle également « mérou gueule rouge » en référence à l’intérieur de sa bouche d’un rouge écarlate. J’aurais bien aimé qu’il baille un peu histoire d’aller vérifier.. Et puis bien sûr je croise les traditionnels poissons-clowns et poissons-papillons sans la présence desquels une plongée en eaux tropicales n’en serait pas vraiment une…

Arrivés à l’extrémité Sur-Est du plateau de Hin Daeng, nous obliquons plein Ouest, passant ainsi aux pieds du piton Sud, le plus large et aussi le plus haut des trois, avant de suivre les contours du tombant. Ici Hin Daeng reprend un peu de couleur, avec la présence des nombreux coraux qui lui ont valu son surnom de « rocher rouge ».
Sans oublier de jeter régulièrement un coup d’œil vers le bleu en y espérant l’apparition d’une manta ou d’un requin-baleine, je m’attache à observer la surface des rochers à la recherche de nudibranches aux formes et aux couleurs les plus variées. Je déniche ainsi ce petit Chromodoris gemina Rudman que je croise pour la première fois. Il est magnifique avec son manteau parfaitement lisse (ça me change des Phyllidies au manteau pustuleux – comme cette Phyllidia coellestis – omniprésentes dans ces parages), teinté d’un ocre léger ponctué de points bleus-violets et ourlé d’un double liseré jaune et mauve. Malheureusement il décide de me tourner résolument le dos, et la configuration du lieu ne me permet pas de me positionner de face pour lui tirer le portrait de manière plus conventionnelle. Je sais que certains photographes sous-marins peu scrupuleux n’hésitent pas à les manipuler pour les placer sous leur angle le plus photogénique, mais cela va à l’encontre de l’éthique du plongeur bio, et je me contenterais donc d’un gros plan de son magnifique panache branchial ondulant dans le courant.
Idem pour cette jolie Phyllidia marindica que je croise pour la première fois en Thaïlande. Il s’agit d’une espèce très proche de ses cousines rencontrées jusqu’à présent, mais ses différences deviennent pourtant criantes lorsqu’on les place côte à côte comme ici. Voulez vous jouer au jeu des 7 erreurs ?

Nous poursuivons notre ballade sous-marine en remontant cette fois vers le Nord où nous attend le Bunmee III, restant dans la zone des 10-15 mètres, et nous faufilant entre les rochers que nous explorons, et qui recèlent de nouvelles surprises, comme ce minuscule crabe poilu et quasi transparent qui s’est posé entre les rubans bleu roi de ce magnifique oursin smoking (Mespilia globulus), ou bien encore les chairs vertes et noires de ce bénitier géant (Tridacna gigas), comme les lèvres pulpeuses d’une énorme bouche entrouverte dans la paroi du rocher, et qui aurait été apprêtée par un maquilleur totalement fou.

Nous voici désormais revenus au niveau de la bouée à laquelle est amaré le Bunmee III, et nous nous apprêtons à effectuer notre palier de sécurité à 5mètres, lorsque soudain j’entends derrière ma tête un bruit d’air fusant rapidement de ma robinetterie, et effectivement Not, le guide de notre palanquée, me fait signe de remonter en m’indiquant que mon bloc est en train de se vider à grosses bulles. Il s’agit probablement du joint du premier étage de mon détendeur, pas assez serré ou défectueux, qui jusqu’ici tenait en place grâce à la pression due à la profondeur, mais qui désormais à 5 mètres commence à se relâcher. J’en serai quitte pour ne pas effectuer ce palier de sécurité, et je remonte tranquillement à la surface, en m’estimant heureux que cet incident ne soit pas arrivé plus tôt en me privant de cette très belle plongée sur Hin Daeng.

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées.

Ma plus belle plongée ? J'espère bien la prochaine...

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