THAÏLANDE: HIN MUANG, LA MONTAGNE POURPRE…

Plongée en Thaïlande : Poisson papillon pakistanais (Chaetodon collare) à Hin Muang
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Hin Muang… un bout de rocher perdu au beau milieu de l’océan Indien, à environ 80 kilomètres au Sud-Est de Phuket. Avec son voisin Hin Daeng, cette petite montagne immergée constitue l’un des sites de plongée sous-marine les plus mythiques de Thaïlande, l’équivalent de Richelieu Rock, mais cette fois-ci dans le Sud de la mer d’Andaman

Plongée en Thaïlande : carte de Hin Muang
Plongée en Thaïlande : carte de Hin Muang

Avitaillé de frais, le Bunmee III avait repris la mer depuis le port de Chalong où nous avions ré-embarqué la veille après notre journée de repos dans la magnifique baie de Phang Nga, (voir l’article) et c’est donc sous le regard bienveillant du grand bouddha blanc qui domine la baie que nous quittons l’ile de Phuket, direction le Sud de la mer d’Andaman pour la seconde partie de cette croisière plongée sous-marine en Thaïlande.

Plongée en Thaïlande: big buddha
Thaïlande: big buddha dominant la baie de Chalong à Phuket

Le Bunmee III avait navigué une bonne partie de la nuit pour arriver un peu avant l’aurore à proximité de Hin Muang, et les premiers rayons du soleil m’avaient réveillé en même temps qu’ils éclairaient la surface lisse et désespérément déserte de la mer d’Andaman. Aucune trace d’un quelconque récif à proximité, et pourtant nous étions bien à Hin Muang, son sommet le plus élevé nous attendant à tout juste quelques petits mètres de notre coque. En effet Hin Muang n’est pas un simple pic sous-marin, mais une véritable petite chaine de montagnes, dotée de pas moins de cinq pics principaux, aux sommets tronqués et aplatis, culminant respectivement à 22, 16, 14, 12 et 8 mètres de la surface. Et lorsque l’on sait qu’en Thaïlandais Hin Muang signifie le « rocher pourpre », en référence aux nombreux coraux mous, des alcyonaires, qui se sont installés le long de ses parois, on imagine sans peine que le spectacle qui nous attend va être des plus grandioses!

Le Bunmee III s’éveille lentement, trop lentement à mon goût, dans ce petit matin calme et lumineux de la mer d’Andaman. Bientôt pourtant tout le monde a fini d’avaler son café et sa tartine, histoire de ne pas plonger le ventre vide, et nous nous retrouvons sur le pont supérieur pour un rapide briefing du site, puis nous descendons nous équiper sur le pont principal. Il est 7h30 lorsque nous nous mettons à l’eau. Enfin !

C’est une sensation toujours un peu étrange de se trouver ainsi à l’eau au beau milieu de l’océan, sans le moindre rivage à l’horizon, avec seulement un plus loin les trois sommets de Hin Daeng qui émergent péniblement d’un petit mètre à peine au dessus de la surface. On a l’impression qu’il y a des centaines de mètres sous nos palmes, et l’on s’enfonce lentement dans le bleu, tête vers le bas, en perdant bientôt tout repère visuel… Il n’y a plus de devant ou de derrière, de gauche ou de droite, de dessus ou de dessous, tout est bleu, partout… et ce ne sont plus nos yeux mais nos oreilles qui prennent le relai pour nous guider, en nous signalant par le différentiel de pression qu’elles subissent que nous sommes bien en train de nous diriger vers les profondeurs… Et puis le relief réapparait, d’abord comme une masse indistincte, puis de plus en plus précise comme nous nous en approchons. Mon manomètre indique 25 mètres, et je me trouve le long du tombant de Hin Muang, pas très loin de son sommet Est, le plus profond.

Plongée en Thaïlande : Paysage sous-marin de Hin Muang
Plongée en Thaïlande : Paysage sous-marin de Hin Muang

La paroi foisonne de coraux mous aux teintes multicolores, et les poissons ne sont pas en reste. J’ai l’impression de nager dans un aquarium tropical… Partout à travers les océans, ces improbables montagnes submergées, perdues au beau milieu des vastes étendues d’eau comme des oasis au cœur d’un désert, constituent les plus beaux sites de plongée sous-marine. Elles agissent comme de véritables aimants, attirant à elles toute la faune des alentours pour laquelle elles constituent un refuge et un habitat idéal, recevant parfois la visite de grands navigateurs pélagiques qui viennent s’y nourrir ou s’y faire nettoyer, avant de reprendre le cours de leurs traversées océaniques.

Au-dessous de moi le mur continue de s’enfoncer vers les abysses. Le tombant se prolonge ainsi jusqu’à 60 mètres de profondeur avant de rencontrer le fond de sable sur lequel repose Hin Muang, mais ce n’est pas l’objet de notre plongée du jour puisque nous avons prévu de nous limiter à l’exploration du plateau supérieur et de ses pics.
Nous obliquons ainsi en direction de l’Ouest, suivant le relief escarpé de cette chaine de montagne miniature, scrutant chaque recoin pour en observer la faune locale, sans oublier de jeter de temps à autre un coup d’œil en direction du bleu, en quête d’un éventuel requin baleine ou d’une raie manta, assez fréquents dans les parages…

La faune de Hin Muang est assez représentative des récifs de l’indo-pacifique. J’y retrouve les habituels poissons-scorpions, toujours parfaitement camouflés et pratiquement invisibles. Leur étrange appendice nasal ne cesse de m’intriguer… Vu sous cet angle, il aurait presque un visage humain…

Plongée en Thaïlande : Rascasse volante (Poisson scorpion) à Hin Muang
Plongée en Thaïlande : Rascasse volante (Poisson scorpion) à Hin Muang

Je dérange visiblement cette grosse murène de Java occupée à se faire nettoyer par son labre préféré. Les deux se redressent dans un même élan indigné, mais l’un est bien plus impressionnant que l’autre. Je file sans demander mon reste…

Plongée en Thaïlande : Murène de Java à Hin Muang
Plongée en Thaïlande : Murène de Java à Hin Muang

Et puis bien sûr il y a également les inévitables rascasses volantes (ici Pterois antennata), la toujours amusante et très colorée crevette-mante paon (Odontodactylus scyllarus), éternelle et paradoxale indécise entre son agressivité et sa timidité naturelles, ou encore ce baliste d’une famille que je rencontre pour la première fois: le baliste double queue (Sufflamen chrysopterum)…

Mais Hin Muang constitue également un petit paradis pour les amateurs de nudibranches. Outre les traditionnelles Phylidies, plus ou moins colorées et pustulées, j’y découvre ces Risbecia pulchella qui possèdent la particularité d’adopter un mode de déplacement pour le moins saugrenu, puisqu’il n’est pas rare de rencontrer des chaines formées par deux ou trois individus à la queue leu leu, parfois plus, chaque individu suiveur posant sa tête sur le pied de celui qui le précède. Les biologistes ont longtemps cru qu’il s’agissait d’une caractéristique propre à la famille des Risbecia, mais il semblerait que d’autres espèces comme Chromodoris kempfi ou Hypselodoris paulinae, voire aussi d’autres opisthobranches, adoptent un comportement similaire dont on ignore par contre encore la raison…

De pic en pic, notre palanquée arrive désormais à l’extrême Ouest du site de Hin Muang, et nous entamons notre palier de sécurité le long de la bouée d’amarrage, après une cinquantaine de minutes d’une très belle plongée. Certes je n’ai pas eu la chance d’apercevoir de raie manta ou de requin-baleine, mais le somptueux décor de Hin Muang méritait décidément bien le déplacement!

 

 

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées.

Ma plus belle plongée ? J'espère bien la prochaine...

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