Votre mot de passe vous sera envoyé.

Le soleil se lève sur la dernière journée de cette croisière plongée sous-marine en Thaïlande. Maya Bay, où nous avons dormi paisiblement après une magnifique plongée de nuit sur Maya Corner (lire le post), disparaît lentement dans le sillage du Bunmee III qui a déjà levé l’ancre et mis le cap au Sud, vers les deux gros pitons rocheux de Koh Bida Nai et Koh Bida Nok, qui transpercent au loin la surface de la Mer d’Andaman. Après Koh Bida Nai la veille (lire le post) nous prévoyons en effet de terminer par Koh Bida Nok cette série de plongées dans l’archipel de Koh Phi Phi, avant de reprendre la direction de Phuket… Espérons simplement que la visibilité sera meilleure que celle de la veille…

Plongée en Thaïlande : carte de Koh Bida Nok

Plongée en Thaïlande : carte de Koh Bida Nok

Comme chaque matin, le soleil finit tout juste de montrer le bout de son nez, que nous sommes déjà à pied d’oeuvre sur la plateforme arrière du BunmeeIII, entièrement équipés et prêts à nous immerger. Il est près de 8h lorsque nous nous mettons à l’eau.

En dehors de leur différence de taille, rien ne distingue ces deux frères quasi jumeaux que sont Koh Bida Nai et Koh Bida Nok, que ce soit au-dessus ou au-dessous de la surface, et malheureusement la visibilité ce matin n’a rien à envier à celle de la veille. Je sens que je vais encore avoir une plongée compliquée au niveau de la photo sous-marine… Tant pis, je me rabattrai sur la macro plutôt que sur les paysages…

Le Bunmee III nous a largué au Nord Ouest du piton, de manière à ce que nous puissions progresser dans le sens du courant, et nous nous laissons descendre jusqu’à une bonne vingtaine de mètres avant d’entreprendre notre exploration en direction du Sud. Nous passons devant une petite grotte, mais mauvaise visibilité oblige, nous nous ne y aventurons pas et préférons continuer le long du tombant.

Devant moi un museau jaune et pointu émerge du rocher. Une murène frangée (Gymnothorax fimbriatus), dont la tête jaune se prolonge par un corps couleur crème taché de noir. Il n’est d’ailleurs pas toujours facile de voir le reste de ce corps, puisque la murène frangée est un chasseur nocturne, qui, durant la journée, reste généralement au fond de son trou, ne laissant émerger que sa tête dont la gueule s’ouvre sur un nombre impressionnant de dents pointues, présentes jusqu’au niveau du palais. Beaucoup considèrent d’ailleurs cette attitude des murènes comme menaçante, prenant leurs continuels mouvements de mâchoires pour de l’agressivité. Il ne s’agit pourtant que d’une technique leur permettant de mieux faire circuler l’eau au niveau de leurs branchies, et par conséquent de mieux respirer, avec parfois une augmentation du rythme respiratoire lorsqu’elles entrent en situation de stress… par exemple à l’approche d’un plongeur trop curieux…

Et puisque la visibilité ne me permet pas de m’intéresser aux photos de paysages, j’en profite pour m’attarder sur mes limaces favorites, avec ce matin un défilé de Pteraeolidias (également appelés « dragons bleus »), ces éolidiens aux corps démesurément étirés, parfois jusqu’à 15 cm, dont le dos est parcourus de papilles dorsales, les cérates, qui leur permettent de réaliser les échanges gazeux nécessaires à leur métabolisme.
Je n’avais jamais réalisé à quel point la petite tache violette à l’extrémité de leurs rhinophores crénelés, fait ressembler ces derniers à un œil que l’on aurait greffé au bout d’un improbable tuyau flexible…
Petit nota bene à l’attention des photographes indélicats qui ont la mauvaise habitude de déplacer les nudibranches afin d’améliorer leur angle de prise de vue: Les Pteraeolidia ont pour alimentation des cnidaires dont ils stockent les cnidocytes (les cellules urticantes) et le contact avec leurs cérates peut donc causer quelques désagréables brûlures…

En levant un instant la tête du rocher, j’aperçois l’étrange spectacle d’un grand poisson porc-épic (Diodon hystrix) en train de véhiculer un rémora rayé (Echeneis naucrates) presque aussi long que lui. Je savais que les rémoras, très mauvais nageurs, s’attachaient (au propre comme au figuré) les services de requins, de baleines, d’espadons, de tortues ou encore de raies mantas pour les transporter, mais c’est la première fois que j’aperçois un tel commensalisme avec un diodon… Je dois me retenir très fort de ne pas effrayer ce poisson porc-épic, histoire de voir la réaction du rémora au contact du ventre gonflé et plein d’épines 🙂

Plongée en Thaïlande : Diodon et remora à Koh Bida Nok

Plongée en Thaïlande : Diodon et remora à Koh Bida Nok

Nous poursuivons notre exploration en direction du Sud, puis passons la pointe Sud Ouest de Koh Bida Nok. A cet endroit l’îlot prend la forme d’un fer à cheval en créant une petite baie dans laquelle nous nous enfonçons légèrement, ce qui nous met quelque peu à l’abri du courant, assez violent ce matin du côté de la pointe, à tel point que nous devons redoubler d’efforts de palmage pour grappiller quelques centimètres à peine!….  Le sol, jonché de gros rochers sur un fond de sable, remonte de manière importante à cet endroit.

Comme de minuscules branchages feuillus agités par le courant, un couple de poissons-fantômes arlequins (Solenostomus paradoxus) s’ébat devant moi au milieu des branches de corail dont ils ont presque la même apparence. Pas facile de distinguer ces maîtres du camouflage au milieu du décor!
Même s’ils ressemblent aux hippocampes et aux syngnathes (voire à un improbable croisement des deux!) les poissons-fantômes appartiennent pourtant à une famille différente, les solenostomidés, chez lesquels ce sont les femelles qui portent les œufs fécondés. Encore peu connue des biologistes, il semblerait que cette famille comporte seulement 6 espèces, dont les arlequins et les robustes (Solenostomus cyanopterus) sont les représentants les plus courants et les plus célèbres. Le poisson-fantôme arlequin quant-à lui se distingue aisément des autres par les excroissances cutanées qui recouvrent son corps, un peu comme des poils, facilitant encore plus la confusion avec un branchage de corail ou avec un crinoïde…
Bien que difficiles à repérer, voir nager, ou plutôt flotter tête vers le bas, ces étranges petites créatures (12-15 cm de long),  essayant de mimer l’environnement qui les entoure, constitue une récompense qui vaut bien les heures de patience passées à leur recherche…

 

Un peu plu loin nous tombons sur une tortue imbriquée cherchant peut être aussi à s’abriter un instant du courant, ou alors plus probablement en quête de quelque éponge à se mettre sous le bec… C’est toujours un plaisir de croiser ce genre d’animal à l’apparence reptilienne et pourtant si plein de grâce quand il se met à nager comme un gros oiseau un peu pataud…

Plongée en Thaïlande : Tortue imbriquée à Koh Bida Nok

Plongée en Thaïlande : Tortue imbriquée à Koh Bida Nok

Mais les efforts consentis lors de notre palmage à contre-courant ont bien entamé nos réserves d’air, et il va bientôt être temps de mettre un terme à cette plongée sur Koh Bida Nok. Avec plusieurs minutes passées dans les 5 mètres de profondeur de la petite baie, nous n’effectuons pas de palier de sécurité et regagnons directement la surface, où nous attend une mer agitée et un courant de surface toujours aussi violent. Il nous faut pourtant nous dégager de la roche pour permettre notre récupération par le Bunmee III, et nous bataillons ferme quelques longues minutes, ballottés par les vagues de la mer d’Andaman, avant de pouvoir agripper les barreaux de l’échelle du bateau pour une remontée plutôt acrobatique…

Au final, malgré une visibilité loin d’être optimale et un courant assez violent, Koh Bida Nok m’aura tout de même réservé de belles rencontres, si bien que comme pour sa jumelle Koh Bida Nai, je ne la classerai pas dans mes plus belles plongées, mais j’en repars avec la furieuse envie d’y revenir dans de meilleures conditions…

Enregistrer

Enregistrer

Articles dans cette catégorie

Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

Vous aussi vous avez plongé ici ? Vous avez aimé ce site (ou pas) ? N'hésitez pas à laisser un commentaire...

Soyez le premier à commenter !

Votre commentaire

wpDiscuz
0 Partages
Partagez
Tweetez
Épinglez
+1