THAÏLANDE: LA CHEMINÉE DE KOH HAA NEUA

Plongée en Thaïlande : Poisson clown dans son anémone à Koh Haa Neua
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L’aube pointe le bout de son nez sur la mer d’Andaman que le soleil va bientôt réveiller en y posant un premier rayon, d’abord timide, avant de très vite grimper dans le ciel pour accompagner une autre très belle journée de plongée sous-marine. Le Bunmee III se trouve toujours dans le minuscule archipel de Koh Haa, au large de Koh Lanta, et j’ai passé une nuit paisible à la belle étoile, la tête encore pleine des images colorées de notre dernière plongée nocturne dans la petite baie de Cliff jump cove. Ce matin pas de navigation au programme, si ce n’est la petite centaine de mètres qui nous sépare de l’ile de Koh Haa Neua, la plus septentrionale de l’archipel, où nous allons bientôt effectuer notre première plongée

Plongée en Thaïlande : carte de Koh haa neua
Plongée en Thaïlande : carte de Koh haa neua

Les premiers rayons du soleil, déjà chauds, font étinceler d’or les parois verticales de Koh haa neua qui apparait dans le lointain comme une improbable pépite posée au milieu de l’eau. L’ile se présente sous la forme d’un gros rocher plat, d’apparence plutôt massive, qui s’élève de quelques dizaines de mètres au dessus de la surface. Tout autour, des falaises abruptes plongent dans la mer d’Andaman, recouvertes d’une végétation qui semble s’y cramponner à grand peine, transformant ce rocher en une forteresse inexpugnable pour la gente ailée qui doit certainement trouver ici un refuge de premier choix.

Plongée en Thaïlande : ilot de Koh Haa Neua au milieu de la mer d'Andaman
Plongée en Thaïlande : ilot de Koh Haa Neua au milieu de la mer d’Andaman

Comme lors des matins précédents, tout semble se dérouler au ralenti, et le Bunmee III sort lentement de sa léthargie nocturne, avec tout d’abord les membres de l’équipage qui mettent en place notre collation matinale, puis les plongeurs qui arrivent peu à peu, les yeux encore plein de sommeil, pour avaler un café et une tartine avant le premier briefing du jour.
Mais aux environs de huit heures, notre palanquée, la première à se mettre à l’eau, est bien au rendez-vous sur la plateforme du pont principal, prête à s’immerger pour une nouvelle plongée sous-marine dans la mer d’Andaman. Nous nous trouvons du côté Sud de Koh Haa Neua, sur le site communément appelé « The chimney » en référence à la petite grotte qui se prolonge par une étroite cheminée vers la surface, et que nous comptons bien explorer…

Le Bunmee III nous largue à quelques encablures de la paroi, et nous descendons aussitôt jusqu’à 25 mètres de profondeur avant de prendre plein Ouest pour explorer les gros blocs posés sur le fond de sable. Comme souvent lors de ces plongées en Thaïlande, ce sont d’abord les murènes que j’aperçois en premier. Seule la tête de cette grosse murène de Java (Gymnothorax javanicus) dépasse du rocher, comme la terrifiante figure de proue d’un navire que l’on dirait coulée dans le bronze. Véritable commère toujours à l’affut, elle semble observer de sa fenêtre  les moindres faits et gestes du récif, ou bien attend peut-être tout simplement la visite de son labre nettoyeur préféré…

Plongée en Thaïlande : Murène de java (Gymnothorax javanicus) à Koh Haa Neua
Plongée en Thaïlande : Murène de java (Gymnothorax javanicus) à Koh Haa Neua

Un peu plus loin c’est la parade des nudibranches, avec notamment ce magnifique Glossodoris hikuerensis que je n’avais encore jamais rencontré. On se croirait à un défilé Chanel avec cette belle robe à frou frou bordée d’un fin liseré bleu foncé et réhaussée des délicates plumes d’un double panache branchial. Quelle élégance chez ce splendide opisthobranche plutôt trapu !
Et puis il y a aussi ce minuscule individu très coloré d’un centimètre à peine. Il promène sur le rocher son manteau violet et pourpre ourlé de blanc, mais je n’ai pas réussi à l’identifier. Comme d’habitude si quelqu’un a une petite idée, merci de laisser un commentaire ou de m’envoyer un message 😉

Et puisque nous sommes dans le registre de la mode à Koh haa neua, voici la collection Hommes avec cet oursin-smoking (Mespilia globulus). Sa tenue présente un impressionnant contraste puisque chacune de ses dix bandes de fins piquants aux terminaisons violettes, alterne avec dix autres bandes d’un bleu profond, douces comme du velours. Les anglais l’appellent également « Royal urchin », probablement parce que sa forme peut évoquer celle de la couronne de leur souveraine…
Il s’agit d’une espèce plutôt nocturne, qui reste généralement cachée pendant la journée, mais apparemment elle ne dédaigne pas parfois s’exhiber en pleine lumière pour le plus grand bonheur de mon appareil photo…

Au détour d’un rocher, une étrange forme attire mon regard. On dirait un crane plein de bosses, et comme recouvert d’étranges picots rouges…
Contrairement à l’image que l’on s’en fait généralement, il s’agit d’une étoile de mer: Culcita novaeguineae. Cette espèce présente la particularité d’être dotée de bras atrophiés qui lui donnent l’apparence d’un gros oreiller bien rebondi, d’où son surnom d' »étoile coussin »… et c’est vrai que s’il n’y avait pas ces piquants rouges, coniques et durs, on y poserait volontiers la tête pour une petite sieste…

Plongée en Thaïlande : Étoile coussin (Culcita novaeguineae) à Koh Haa Neua
Plongée en Thaïlande : Étoile coussin (Culcita novaeguineae) à Koh Haa Neua

Au détour d’un rocher, j’aperçois la luminescence diffuse des fascinants jeux de lumière d’un corail à bulles (Physogyra lichtensteini). Hésitant entre opacité et transparence, ses vésicules remplies de gaz ressemblent à des œufs que l’on aurait éclairés de l’intérieur comme pour en révéler un improbable embryon dans une image à la fois inquiétant et pleine de beauté…

Plongée en Thaïlande : Corail bulles à Koh Haa Neua
Plongée en Thaïlande : Corail bulles à Koh Haa Neua

Mais nous avons désormais atteint la pointe Ouest de l’ile de Koh haa neua, et nous revenons sur nos pas en longeant cette fois la paroi aux alentours des 16 mètres, profondeur à laquelle est censée se situer la petite grotte dont nous voulons explorer la cheminée. Son ouverture apparait bientôt, et nous y pénétrons un par un, en file indienne. La cheminée n’est pas bien longue puisqu’elle se termine à 5 mètres de la surface, mais elle est relativement étroite. Le regard tourné vers le haut, je regarde mes bulles monter vers le ciel en dérangeant au passage la multitude de petits poissons qui résident dans le conduit, puis je m’y engage en prenant bien soin de ne pas me cogner contre les parois… Plutôt que de gonfler ma stab pour remonter dans ce passage, je préfère gonfler d’air mes poumons et m’aider de petits coups de palmes. Je sais qu’à la sortie la surface ne sera plus qu’à quelques mètres à peine, et qu’il me faudra faire attention à ne pas y être aspiré par un gilet trop gonflé, voire probablement le purger un petit peu…

Plongée en Thaïlande : La cheminée de Koh Haa Neua
Plongée en Thaïlande : La cheminée de Koh Haa Neua

Une fois ressorti et rééquilibré, je découvre le spectacle toujours magique et fascinant de me retrouver au beau milieu d’un banc de poissons, d’une telle densité que je ne distingue même plus la mer, comme si je me trouvais au cœur d’un nuage en perpétuel mouvement, gouverné par un capitaine ivre qui le ferait changer sans cesse de direction…

Plongée en Thaïlande : Banc de poissons à Koh Haa Neua
Plongée en Thaïlande : Banc de poissons à Koh Haa Neua

Nous redescendons vers une profondeur de 12-15 mètres afin d’explorer une partie du versant Sud-Est de l’ile. Ici la falaise se prolonge par une pente un peu plus douce, recouverte de coraux durs, mais nous sommes déjà immergés depuis bientôt une heure, et il va être temps de regagner le Bunmee III et de mettre un terme à cette belle plongée dans les eaux translucides de l’archipel de Koh haa.
J’ai tout de même le temps de faire une dernière photo sous-marine: celle de ce petit poisson-clown (voir photo à la une) dont seule la tête émerge de son anémone aux trois quart refermée sur lui, comme un gros sac plastique plein à craquer et prêt à éclater… La minuscule tête posée sur le rebord, comme perdue au milieu des tentacules, lui donne un petit air tout triste, presque touchant. Comme chez leurs homologues de cirque, y aurait-il aussi des poissons-clowns tristes ? J’aime beaucoup cette photo…

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées.

Ma plus belle plongée ? J'espère bien la prochaine...

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