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Koh Haa Yai… la plus grande des iles de l’archipel de Koh Haa, et certainement aussi la plus connue des amateurs de plongée sous-marine en raison de la grotte qui s’enfonce sous la falaise abrupte de sa côte Sud. C’est par elle que nous allons achever cette série de plongées dans ce magnifique groupe de petits ilots aux eaux translucides…

Après notre précédente plongée sur Koh Haa Neua et sa cheminée (voir le post), nous nous jetons voracement sur le copieux petit déjeuner qui nous attend (il n’est encore que 9 heures du matin et nous avons l’estomac presque vide), pendant que le Bunmee III lève l’ancre pour traverser nonchalamment l’archipel et nous amener à quelques encablures de Koh Haa Yai où il ne nous reste plus qu’à attendre la fin de notre intervalle de surface.

Plongée en Thaïlande : carte de Koh haa yai

Plongée en Thaïlande : carte de Koh haa yai

Comme souvent en Thaïlande, ces petits ilots perdus au milieu de la mer d’Andaman n’ont pas de véritable dénomination. « Koh Haa Yai » signifie qu’il s’agit simplement de l’ile n°5 de l’archipel de Koh Haa, et pourtant sa forme évoque vraiment celle d’une cathédrale gothique: Au Nord de l’ile s’étend une partie allongée et presque plate qui en constitue la nef, tandis qu’au Sud s’élève une immense falaise verticale qui figure la façade et les tours. C’est à cet endroit, à une quinzaine de mètres sous la surface, juste à la base de la falaise, que se trouvent les grottes de Koh Haa Yai, comme le portail de la cathédrale.  Pour un peu, il ne manquerait que les gargouilles pour se croire sur le parvis de Notre-Dame de Paris…

Plongée en Thaïlande : koh haa yai

Plongée en Thaïlande : koh haa yai

Nous nous immergeons avant de nous laisser rapidement descendre jusqu’à la plaine sableuse du fond, vers 25 mètres, puis nous nous rapprochons de Koh Haa Yai en slalomant entre les gros blocs de rochers qui parsèment le paysage. Presque immédiatement, c’est un festival de nudibranches, de toutes les formes et de toutes les couleurs! Avec ces limaces des mers, on a l’impression que la palette est infinie. Bien sûr les Phyllidies sont omniprésentes, avec les pustules qui recouvrent leur corps, mais je croise également de nouvelles espèces, comme cette élégante Halgerda tessellata au manteau fauve réticulé de petites bandes qui séparent des zones plus brunes, tachetées de blanc. Ou bien encore cette grosse Halgerda stricklandi, dont la forme et la texture, avec son  corps quasi translucide parsemé de points d’un orange des plus vifs, évoquent un gros bonbon gélifié. Il n’en faut pas plus pour que je la rebaptise aussitôt Harlgerda haribo…
Un peu plus loin un Chromodoris annulata joue les acrobates sur un bras de corail. Il ressemble beaucoup à Risbecia pulchella, croisé la veille lors de la plongée dans le lagon de Koh Haa (voir photo), mais  il s’en distingue pourtant aisément par les deux anneaux violets entourant branchies et rhinophores.

Et puis, au détour d’une branche d’alcyonaire, ou bien encore au creux d’un rocher, on croise également ces étranges formes qui intriguent souvent les plongeurs débutants. Tantôt jaunes, comme ici, mais parfois blanches, roses, vertes ou rouges, elles font penser à des roses des sables dont elles ont la même délicatesse et la même fragilité. Ces longs rubans enroulés sont en fait constitués de milliers de petits œufs agglomérés puisqu’il s’agit de la ponte de nudibranches. Celle-ci appartient probablement à l’un des individus ci-dessus…

Plongée en Thaïlande : Ponte de nudibranche à Koh Haa Yai

Plongée en Thaïlande : Ponte de nudibranche à Koh Haa Yai

Un peu plus loin, comme un gamin pris la main dans le pot de confiture, je surprends une tortue imbriquée en flagrant délit de gourmandise, la tête plongée dans un corail bulle dont elle semble se régaler. Tout occupée à son festin, c’est tout juste si elle daigne s’apercevoir de ma présence, levant un bref instant la tête pour me regarder de ses yeux en amandes, avant de la replonger aussitôt dans ce qui apparait être une succulente gourmandise. Son cou, presque rose et tout ridé, me fait penser à celui d’un dindon…

Mais nous sommes surtout venus à Koh Haa Yai pour découvrir ses grottes sous-marines, et bientôt l’objet de notre visite apparait devant nous sous la forme de trois orifices béants qui s’ouvrent aux pieds de l’imposante paroi verticale. Le premier, de taille relativement modeste, donne accès à une grotte plutôt étroite et obscure dans laquelle nous ne nous attardons pas, préférant nous diriger vers la seconde entrée. De dimension bien plus imposante – environ 5 mètres de large pour 10 mètres de hauteur – cette ouverture conduit à une immense caverne de forme semi-sphérique, séparée en plein milieu par une paroi rocheuse dans laquelle un trou opportunément placé (vers 8 m de profondeur) permet le passage d’un côté à l’autre de la cavité. Les larges ouvertures laissent pénétrer assez de lumière pour qu’il soit possible, avec de bons yeux, de se déplacer sans lampe, mais bien sûr cette dernière est nécessaire pour explorer les anfractuosités des parois, par ailleurs assez dénudées et pauvre en faune, même sciaphile. J’entame l’exploration de la cavité gauche presque au niveau du sol, vers 14 mètres de profondeur, avant de remonter un peu pour passer à travers l’orifice de la paroi dans la cavité située la plus à l’Est. Je me laisse alors redescendre jusqu’au fond avant de remonter dans une longue spirale concentrique jusqu’à son plafond, en examinant attentivement les parois au passage.
Dans la partie la plus éloignée de cette seconde cavité, presque au niveau de son plafond, je tombe nez à nez avec l’habitant des lieux: un gros pépère d’arothron stellatus qui a parait-il élu domicile ici, et que vous êtes pratiquement certains de croiser à chaque plongée. Il est absolument énorme, pas loin d’un mètre de long, et se déplace placidement, probablement incommodé par la lueur de ma lampe dont il se détourne pour s’éloigner tranquillement…
Depuis l’obscurité de la caverne, les ouvertures dans la roche laissent entrevoir la diffuse clarté bleue et verte de la lumière qui plonge depuis la surface pour former de somptueux contre-jours, devant lesquels viennent se découper les silhouettes des plongeurs et de leur myriade de bulles. Ces ombres chinoises jouent un spectacle magnifique qui se renouvelle à chaque plongée sous grotte, mais dont je ne parviens pourtant pas à me lasser…
Je m’abreuve de ces images en me dirigeant lentement vers la sortie où m’ont déjà précédés les autres membres de ma palanquée. Un passage, pas très large et situé à main gauche, permet de quitter la grotte sans repasser par l’entrée principale.

Une fois dehors, nous obliquons légèrement vers l’Est, laissant la paroi à main gauche, pour nous diriger en direction Bunmee III, venu nous récupérer après cette très belle plongée sur Koh Haa Yai. Dans cette partie moins profonde du site, j’aperçois sur le fond une étrange algue qui semble se tortiller dans le courant. En m’approchant, je reconnais un juvénile de labre-rasoir masqué (Novaculichthys taeniourus), que j’avais déjà croisé lors d’une plongée précédente à East of Eden (voir le post) dans la partie nord de cette croisière plongée en mer d’Andaman. Ce bébé dragon (il en a presque l’apparence avec ses longues cornes et ses arêtes dorsales) va complètement se transformer en devenant adulte pour finir par ressembler à… ça (je vous laisse la surprise de découvrir la transformation, plutôt radicale, de l’animal…)
En attendant cette transformation, il adopte le comportement mimétique d’une algue flottant dans le courant, espérant ainsi échapper à l’attention de ses éventuels prédateurs…

Je retrouve la surface après 59 minutes d’une magnifique plongée sur ce site de Koh Haa Yai, les yeux encore remplis de sa lumière irréelle, un peu mystique, comme si finalement j’avais déambulé à travers la nef obscure d’une improbable cathédrale encalminée, simplement éclairée par les rayons du soleil jouant au travers de ses vitraux…
Il s’agissait de notre dernière plongée dans ce petit archipel de Koh Haa, situé au large de Koh Lanta, et sitôt remontés à bord, le Bunmee III reprend la route du Nord, en direction Koh Phi Phi où nous attendent de nouvelles aventures sous-marines…

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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