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Tous les fans de Léonardo DiCaprio se souviennent des magnifiques paysages de son film « la Plage », sorti en l’an 2000. Le film a été tourné en grande partie sur Maya beach, au cœur de l’archipel de Koh Phi Phi, à environ 1h30 de bateau à l’Est de Phuket. Il s’agit de la nouvelle destination du Bunmee III qui va y faire escale pour la nuit, avec bien sûr au préalable une plongée nocturne juste à l’entrée de la célèbre baie, sur le site de Maya corner

Nous naviguons dans les eaux de l’archipel de Koh Phi Phi depuis déjà un petit moment, puisque nous nous sommes arrêtés auparavant à Koh Bida Nai, un gros piton karstique qui émerge de la mer d’Andaman, pour y effectuer une plongée sous-marine au milieu de l’après midi (voir le post). Il ne nous reste donc que quelques miles à parcourir pour rejoindre, un peu plus au Nord, Koh Phi Phi Ley et Maya beach.

Plongée en Thaïlande : carte de Maya corner (Koh Phi Phi Ley)

Plongée en Thaïlande : carte de Maya corner (Koh Phi Phi Ley)

Rançon de sa gloire cinématographique, Koh Phi Phi Ley, la seconde île de l’archipel par sa taille et normalement inhabitée, voit pourtant déferler dans la journée des hordes de touristes qui envahissent sa plage, déversées par les innombrables bateaux qui les amènent depuis Koh Phi Phi Don, l’île principale. Heureusement le Bunmee III vient y jeter l’ancre en fin d’après midi, et le flux a déjà commencé à décroître. Les derniers long-tail boats sont en train de quitter Maya Bay dont la plage retrouve sa quiétude, sous l’ombre protectrice des immenses falaises encore à peine éclairées par un soleil qui ne va pas tarder à se coucher, et qui jette ses dernière forces dans des rayons d’une chaleur et d’une intensité accrues. Je savoure l’instant et le trop rare privilège de pouvoir contempler ce lieu magnifique loin de toute son agitation humaine habituelle…

Plongée en Thaïlande : Maya corner, juste devant la "plage" rendue célèbre par le film avec DiCaprio

Plongée en Thaïlande : Maya corner, juste devant la « plage » rendue célèbre par le film avec DiCaprio

Aujourd’hui j’attends cette plongée de nuit avec moins d’impatience qu’à l’accoutumé, probablement parce que je sais qu’il s’agit de la dernière de cette croisière plongée en Thaïlande… Mais inexorablement le soleil finit par perdre son combat quotidien contre la nuit, puis par disparaître totalement derrière l’horizon liquide, laissant les ténèbres se répendre sur la mer d’Andaman. Je sais que sous mes pieds toutes les créatures marines se préparent activement pour ce moment, les prédateurs, petits ou gros, en l’attendant fébrilement pour commencer leur chasse, et les proies en regagnant leurs abris pour espérer survivre une nuit de plus.
Et bientôt vient notre tour, spectateurs impartiaux, d’entrer sur le terrain de jeu de ces luttes séculaires…

Nous nous mettons à l’eau sur Maya Corner, juste à l’entrée Nord-Ouest de la baie, et nous nous laissons descendre dans le noir. Le sol est jonché de gros rochers que nous commençons à explorer en suivant la falaise à main droite, puis nous sortons de Maya Bay en nous dirigeant vers le Nord. Les coraux mous déploient leurs tentacules, et, sous la lumière des lampes, se mettent à irradier de mille feux, comme d’étranges fleurs semi-translucides agitées par le courant dans un spectacle dont je ne me lasse jamais…

Plongée en Thaïlande : Corail jaune à Maya Corner (Koh Phi Phi Lay)

Plongée en Thaïlande : Corail jaune à Maya Corner (Koh Phi Phi Lay)

Plus loin, dans la zone sableuse, un étrange spectacle attire mon attention. Des dizaines de poissons en forme de lames de couteaux, lames dont ils ont également la brillance argentée, semblent se laisser flotter dans le courant, tête en bas, comme à la recherche de quelque chose dans le sable. Il s’agit de poissons-couteaux striés (Aeoliscus strigatus), et leurs nageoires sont tellement fines et minuscules, qu’ont pourrait les croire inexistantes. Elles vibrent pourtant constamment, permettant cet imperceptible déplacement dans lequel se meut l’ensemble du groupe, de manière totalement synchronisée, comme dans un improbable et lent ballet de danse. Ils restent en permanence à proximité de ces longs coraux-fouet, dont la silhouette longiforme, balancée au gré du courant,  s’apparente à la leur, les dissimulant ainsi aux yeux d’un éventuel prédateur.

Plus loin les omniprésentes rascasses volantes glissent en silence dans l’obscurité de la nuit, leurs « ailes » largement déployées, et vu du dessus je me fais une fois de plus la réflexion que l’analogie est vraiment probante: Avec cette grande membrane qui court entre les arêtes de leur nageoire pectorale, on dirait véritablement les ailes d’un volatile en train de planer…

Dépourvues d’ailes, leurs cousines poissons-scorpions (Scorpaenopsis oxycephala) mettent quant-à elles en oeuvre une toute autre tactique: la chasse à l’affût. Posée au pied de ce corail, parfaitement immobile et se confondant avec son environnement, celle-ci attend qu’une proie passe à sa portée pour l’aspirer avec son énorme bouche protractile…

Ma lampe réveille un poisson-lapin (Siganus luridus) posé à même le rocher, ce qui me donne l’occasion, une fois n’est pas coutume, de l’examiner de près. Il est vrai qu’habituellement on rencontre les poissons-lapins dans la journée, et plutôt en mouvement… Difficile en tous les cas de le confondre avec une autre espèce tant il ressemble effectivement à un lapin avec son front busqué, ses gros yeux sombres et sa petite bouche mobile. Contrairement aux rascasses, il ne présentent aucun risque pour les autres poissons puisque, comme leur homologues terrestres, ils sont essentiellement herbivores. Par contre, et on le sait moins, ils ne sont tout de même pas totalement inoffensifs, et leurs épines dorsales diffusent un venin qui, sans être dangereux, se révèle tout de même très douloureux…

Plongée en Thaïlande : Poisson-lapin (Siganus luridus) à Maya Corner (Koh Phi Phi Lay)

Plongée en Thaïlande : Poisson-lapin (Siganus luridus) à Maya Corner (Koh Phi Phi Lay)

Le site de Maya Corner regorge également de poissons-ballons (Arothron nigropunctatus), eux aussi parfaitement endormis, ce qui en permet une observation prolongée… Après les volatiles et les lapins, me voici donc face à l’exacte copie sous-marine d’un petit chien! Ils en possèdent effectivement la même morphologie avec ce museau allongé, terminé par une mâchoire aux dents blanches, la plupart du temps découvertes, et puis ces deux gros yeux noirs positionnés de chaque côté d’un large front plat, là où les autres poissons arborent une face plutôt limitée… Quant-à leurs nageoires pectorales, elles se trouvent à l’emplacement exact des oreilles, dont elles évoquent d’ailleurs presque la forme… Et enfin, pour compléter l’illusion, même leur corps  est entièrement dépourvu d’écailles, préférant arborer une peau tachetée que l’on pourrait presque croire recouverte de poils ras…
Est-il possible que la Nature, le jour ou elle a créé l’Arothron, se soit trouvée à ce point en panne d’imagination, elle qui pourtant en possède à revendre lorsqu’il s’agit de créatures sous-marines, qu’elle se soit contentée de reproduire un chien miniature ?

Nous continuons de longer la paroi à main droite, remontant le site de Maya Corner en direction du Nord, et croisant d’autres créatures nocturnes comme cette magnifique langouste peinte (Panulirus versicolor) que nous dérangeons et qui s’enfuit en donnant de grands coups de queue, ou encore ce juvénile de Gaterin oriental, déjà presque un adulte, qui ne semble jamais interrompre sa danse…

Malgré ma bouteille seulement a demie entamée, cela fait déjà plus de cinquante minutes que nous sommes immergés, et au-dessus de nos têtes les projecteurs du Bunmee III nous indiquent que nous sommes arrivés à notre point de récupération. Je regagne la surface avec regrets après cette très belle plongée, notre dernière nocturne de la croisière, et je me laisse flotter un instant pour mieux savourer ce dernier moment, la tête tournée vers les étoiles qui luisent là haut dans le ciel, en attendant mon tour de regagner le bord.

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Gilles Auroux

Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j’ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.


Ma plus belle plongée ? J’espère la prochaine…


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