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L’après midi touche à sa fin sur le récif de Koh Tachai, et les derniers rayons du soleil colorent l’horizon d’une belle lumière dorée. J’ai hâte de le voir disparaitre puisque cela signifie qu’il va être temps de se remettre à l’eau pour l’ultime plongée de cette première journée de croisière: une plongée de nuit

Coucher de soleil sur Koh Tachai

Coucher de soleil sur Koh Tachai

Après une très belle plongée sur le pinacle de Koh Tachai et la fabuleuse rencontre avec les mantas, le reste de l’après midi s’est écoulé paisiblement sur le Bunmee III, ancré dans la petite baie située au Sud Est de l’ile, juste devant le récif de Koh Tachai, objet de notre prochaine plongée nocturne.

Plongée en Thailande : carte du récif de Koh Tachai

Plongée en Thailande : carte du récif de Koh Tachai

Certains en ont profité pour nager un peu, tandis que l’autre partie de l’équipe partait dans l’annexe du bateau à la découverte de la plage de Koh Tachai.

Retour de l'ile de Koh Tachai

Retour de l’ile de Koh Tachai

Enfin le soleil disparait par delà l’horizon, et la nuit se répand sur la mer d’Andaman. La lune est montante, pas encore tout à fait pleine puisqu’elle vient à peine de passer son premier quartier la veille, mais le demi disque qu’elle déploie suffit à faire danser sa lueur au sommet des petites vaguelettes qu’une légère brise agite au-dessus de la noirceur des abysses.
Quel contraste avec la couleur bleue-verte de cet après midi, quasi transparente sur ce même récif de Koh Tachai! Difficile de réaliser que nous sommes au même endroit. D’invitante, c’est comme si la mer était soudain devenue inquiétante, dérobant à notre vue ses trésors sous l’épaisse couche d’un manteau de ténèbres.
Mais loin de m’inquiéter, je la trouve au contraire mystérieuse, et j’ai hâte de m’y plonger pour enfin découvrir son visage nocturne…

Nous nous équipons sur la plateforme du Bunmee III, puis vient le moment tant attendu de se glisser dans le noir.
Je purge ma stab et commence à m’enfoncer lentement, sentant les ténèbres se refermer au dessus de moi en faisant disparaitre les puissants projecteurs du bateau. Mais très vite la nuit est trouée par le faisceau de nos torches projetant alentour des ombres démesurées sur le moindre relief du récif de Koh Tachai.
J’adore cette sensation d’un horizon qui se limite à la simple portée de ta lampe, lorsque tu te glisses dans le noir vers un inconnu qui se découvre presque centimètre par centimètre, au gré de chaque nouveau battement de tes palmes. J’ai l’impression que chaque nouveau bout de ténèbres va révéler un quelconque animal fantastique…

Plongée en Thailande : poisson scorpion à Koh Tachai

Plongée en Thailande : poisson scorpion à Koh Tachai

Mais pour le moment je n’aperçois que quelques poissons-scorpions, bien planqués sur les rochers sur lesquels ils sont posés et dont ils ont la couleur… sauf bien sûr celui de la photo ci-dessus qui a visiblement raté son camouflage en se trompant d’endroit. Je pencherais bien pour un individu daltonien qui doit probablement s’imaginer parfaitement à l’abri des regards, et si mon diagnostic est avéré, nul doute que le daltonisme chez cette espèce doit réduire fortement l’espérance de vie des individus atteints…

Nous sommes à 10 petits mètres de profondeur, sur un terrain sablonneux au milieu duquel reposent de gros blocs de rochers pour le moment assez épars, et nous nous mettons à longer le récif de Koh Tachai en direction du Sud.
Les poissons perroquets, que j’ai trouvés plutôt discrets dans la journée (mais peut être n’avais-je d’yeux que pour les mantas ?), sont ici en grand nombre, occupant chaque anfractuosité disponible pour y passer la nuit, faisant ressembler l’endroit à un hôtel de zone industrielle… C’est une explosion de bleus, de verts, de rouges, de jaunes, de bruns… que révèle ma lampe, qui ne semble d’ailleurs pas les déranger outre mesure…

Plus au Sud, la densité de rochers augmente quelque peu, et avec elle la densité des oursins. Il y a bien quelques oursins-crayons, mais on trouve surtout des oursins à doubles piquants (Echinothrix calamaris), également appelés faux diadèmes. Ils sont plutôt curieux avec leur double couronne: la première constituée de piquants courts et bruns, alors que la seconde déploie des radioles tubulaires longs et creux, ouverts à leur extrémité. Au centre de ces piquants (voir seconde photo ci-dessous), on trouve une particularité propre à la famille des oursins diadèmes: une papille anale assez volumineuse et bien visible. Parcourue de points noirs et blancs, elle ressemble à un petit lampion de papier éclairé de l’intérieur… Très joli!

Plongée en Thailande : oursin à doubles piquants (Echinothrix calamaris) à Koh Tachai

Plongée en Thailande : oursin à doubles piquants (Echinothrix calamaris) à Koh Tachai

Plongée en Thailande : coeur d'un oursin à doubles piquants (Echinothrix calamaris) à Koh Tachai

Plongée en Thailande : zoom sur la papille anale d’un oursin à doubles piquants (Echinothrix calamaris) à Koh Tachai

Espèce nocturne, cet oursin se cache la journée dans les anfractuosités rocheuses, et n’en sort que la nuit pour partir à la recherche des algues dont il se nourrit.

C’est aussi ce que j’apprécie dans ces plongées de nuit: on y rencontre absolument pas la même faune que dans la journée, et les espèces diurnes que l’on peut y croiser adoptent généralement un comportement totalement différent, soit parcequ’elles sont en pleine activité de prédation, soit au contraire parcequ’elles sont en plein sommeil, plus ou moins bien cachées selon la nature du relief.

C’est notamment le cas de ce petit poisson-ballon (Arothron nigropunctatus). Déjà peu véloce dans la journée, il semble de nuit carrément en pleine léthargie, se mouvant au ralenti. Avec ses gros yeux et son museau, il présente une « face » (à la différence de la plupart des autres poissons qui ont un œil de chaque côté de la tête) qui le ferait presque ressembler à un chien, d’autant qu’il est vêtu d’une simple peau et non d’écailles. Avec sa robe mouchetée de noir, celui-ci me donne l’impression d’être face à un dalmatien miniature!
Quoi qu’il en soit, a le voir ainsi avec son air débonnaire, on ne devinerait jamais qu’il cache en fait l’un des animaux les plus dangereux pour l’homme… à condition de vouloir le manger…
L’Arothron fait en effet partie de la famille des Tetraodontidaes (comme les poissons globes ou diodons), dont l’une des particularités est de produire dans leurs viscères et dans leur peau de la tétrodotoxine, un poison violent qui paralyse le système nerveux tout en conservant l’état de conscience, et finit par provoquer la mort par asphyxie. Il s’agit du célèbre Fugu1, préparé en sashimi par les maîtres sushi japonais, et qui serait responsable chaque année du décès de 20 à 100 personnes. Plus que les requins…

Plongée en Thailande : Poisson ballon (Arothron nigropunctatus) à Koh Tachai

Plongée en Thailande : Poisson ballon (Arothron nigropunctatus) à Koh Tachai

Mais la nuit fait également sortir de leur cachette certaines espèces d’échinodermes, comme cette étoile de mer coussin (Culcita novaeguineae), probablement partie en quête de son met préféré: les polypes de corail. Avec ses bras atrophiés, difficile de reconnaitre de prime abord une étoile de mer… Pourtant elle porte bien son nom, et son aspect dodu et velouté me donnerait presque envie de faire une petite sieste…

Plongée en Thailande : étoile coussin (Culcita novaeguineae) à Koh Tachai

Plongée en Thailande : étoile coussin (Culcita novaeguineae) à Koh Tachai

Quant aux crevettes nettoyeuses (Stenopus hispidus), elles semblent faire des heures supplémentaires. La station de nettoyage resterait elle ouverte toute la nuit ?

Plongée en Thailande : crevette nettoyeuse à Koh Tachai

Plongée en Thailande : crevette nettoyeuse à Koh Tachai

Cette petite promenade nocturne à faible profondeur se poursuit ainsi une bonne cinquantaine de minutes dans le récif de Koh Tachai, dans un décor certes peu varié, mais où nous croiserons également pas mal d’autres espèces comme les omniprésentes murènes de java ou les rascasses volantes, mais également une tortue qui partagera sa route quelques instants avec nous avant de disparaitre dans le noir…
Pour une fois mes réserves d’air ne sont guère entamées (il me reste près de 100 bars dans le bloc), mais compte tenu de la répétition des plongées, le DP nous a donné des consignes assez strictes quant a leur durée, et il est déjà grand temps de remonter sur le Bunmee III où nous attend un copieux et délicieux diner.

Je reste décidément toujours aussi fan de ces plongées nocturnes!

  1. Pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus sur le Fugu, je vous recommande très vivement la lecture de cet excellent article de Camille Oger sur le sujet

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Gilles Auroux

Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j’ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.


Ma plus belle plongée ? J’espère la prochaine…


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