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Sail Rock… Ce nom mythique fait saliver d’envie tous les plongeurs de Thaïlande, et c’est sur ce site mythique que j’ai rendez-vous aujourd’hui pour deux plongées consécutives. Certes le lever bien avant l’aurore n’est pas des plus agréables, mais c’est le prix à payer si nous voulons arriver au petit jour sur le site, et ainsi éviter les hordes de plongeurs qui convergent de toutes les îles touristiques du golfe de Thaïlande pour venir plonger sur cet endroit à la réputation internationale…

Il est 5 heures du matin lorsque je rejoins Alexander, mon guide du jour, ainsi que deux autres plongeurs Russes devant le local de Scuba birds, et nous traversons dans la nuit la plus noire (il n’y a pas d’éclairage électrique) la petite ville endormie de Mae Haad pour nous rendre jusqu’au port. Pendant toute la nuit un violent orage a secoué les cieux, déversant d’énormes quantités d’eau qui transforment désormais les rues de sable de Mae Haad (il n’y a pas non plus de trottoir, ni de goudron) en immenses flaques d’eau dans lesquelles nos pieds muni de simples tongs pataugent… Je ne connais pas de meilleure recette pour bien se réveiller…

Nous gagnons le port où nous embarquons sur le bateau que Scuba birds co-affrète avec un autre club de plongée, anglo-saxon celui-ci, et nous quittons bientôt le port de Mae Haad pour mettre le cap vers le large, en direction du Sud-Est. Une lueur orangée commence à illuminer l’horizon lorsque nous doublons la pointe Sud de Koh Tao, découpant en ombres chinoises sur la toile de fond du ciel ses rochers aux étranges formes. Magnifique spectacle que cette aube riche de la promesse de belles plongées sur le site le plus mythique du golfe de Thaïlande, et qui déjà me fait oublier la fatigue de cette nuit trop courte …

Voyage à Koh Tao: Lever de soleil sur Koh Tao depuis le bateau vers Sail rock

Voyage à Koh Tao: Lever de soleil sur Koh Tao depuis le bateau vers Sail rock

Petit rocher perdu au milieu du golfe de Thaïlande, à peu près à mi-distance entre Koh Tao et Koh Phangam,  il nous faut environ une heure et demie de navigation pour rejoindre Sail Rock, temps que nous mettons à profit pour avaler un sandwich et quelques gobelets de café, une fois bien sûr notre équipement de plongée gréé et vérifié.

Le jour est déjà bien levé lorsque nous atteignons notre destination, mais comme prévu l’endroit reste encore désert, en dehors de quelques pêcheurs locaux qui tournent autour du rocher en espérant une dernière prise avant de rentrer au port. Guère impressionnant depuis la surface, Sail rock, se présente comme une grosse patate qui semble posée sur les flots, éclairée par un soleil juvénile qui y fait jaillir des paillettes d’or, tandis qu’au loin Koh Phangam dresse la silhouette de ses reliefs comme pour nous barrer l’horizon.

Plongée en Thaïlande : Le site de plongée sous-marine de Sail Rock à Koh Tao vu depuis la surface

Plongée en Thaïlande : Le site de plongée sous-marine de Sail Rock à Koh Tao vu depuis la surface

Par contre, dès que l’on met le nez sous la surface, Sail Rock prend une toute autre dimension, un peu comme un gigantesque iceberg dont la partie visible se révèle finalement peu significative au regard de sa portion immergée… Le site se compose d’un gros pinacle principal, de forme plutôt conique, dont la base démarre à 40 mètres de profondeur pour remonter jusqu’à une dizaine de mètres au-dessus de la surface, avec des parois plus ou moins abruptes selon ses versants. Tout autour des rochers de taille plus modeste assurent la diversité du relief, mais ce qui occasionne la célébrité du site, c’est surtout la présence quasi permanente de larges bancs de poissons, et de temps à autre la visite occasionnelle de gros pélagiques comme le requin-baleine… Espérons que ce sera pour ce matin…

Plongée en Thaïlande : Paysage de Sail rock

Plongée en Thaïlande : Paysage de Sail rock

Première plongée à Sail Rock

Pour cette première plongée, Alexander et moi, ainsi que le second binôme de plongeurs russes, sommes les premiers équipés et à nous mettre à l’eau en sautant du bateau amarré au Nord-Est du site. Immédiatement nous faisons la grimace: Le site, pourtant réputé pour la transparence de ses eaux, nous réserve aujourd’hui une visibilité réduite à 2 ou 3 mètres tout au plus… Probablement un effet de la tempête de la nuit dernière…
Je sens que je vais devoir refréner mes ardeurs de photos sous-marine, ranger mon grand-angle, et me concentrer sur la macro… Même si un requin-baleine rode dans les parages, il pourrait passer à quelques mètres de moi à peine sans même que je me rende compte de sa présence…
Un peu déçu, j’effectue en capelé le court trajet qui m’emmène jusqu’à la pointe Nord de Sail Rock. Elle dépasse du rocher comme un petit promontoire sur lequel les vagues viennent se briser, et à peine l’avons nous contournée que le miracle se produit: de l’autre côté l’eau retrouve la visibilité qui a fait la réputation du site, et je regarde, émerveillé, le rocher s’enfoncer vers les profondeurs en un vertigineux tombant.

Nous nous immergeons et commençons une descente progressive, en surveillant le bleu du coin de l’œil puisque l’action proviendra certainement de là. Et effectivement bientôt nous distinguons les premiers prédateurs, solitaires ou en bancs, arpentant Sail rock à la recherche de proies à se mettre sous la dent…

Il y a d’abord cette grosse carangue argentée (Scomberoides commersonnianus) qui jette des éclats métalliques dans le paysage, l’air rendu menaçant par cette bouche tourné vers le bas et des petits yeux dans lesquels je jurerais déceler comme une lueur de cruauté. On l’appelle « Sauteur Talang », ne me demandez pas pourquoi, mais je préfère largement sa dénomination anglo-saxonne de « Giant Queenfish »…

Plongée en Thaïlande : Carangue (Scomberoides commersonnianus) à Sail rock

Plongée en Thaïlande : Carangue (Scomberoides commersonnianus) à Sail rock

Le site regorge également de barracudas à queue jaune (Sphyraena flavicauda) qui rodent en bancs, en couple ou solitaires, depuis la surface jusqu’au fond. Je surprends notamment ces deux là sans doute en train de préparer un mauvais coup, tapis sur le fond derrière un rocher, et attendant le passage d’une innocente victime. Ils me font penser à deux malandrins des temps jadis, guettant le passant au détour d’une ruelle obscure d’un quelconque quartier mal famé… Belle démonstration de chasse à l’affût en tous les cas, si ce n’est qu’ils semblent tellement pris par leur affaire qu’ils ne remarquent même pas ma présence alors que je m’approche par derrière à quelques dizaines de centimètres à peine de leur queue… Le chasseur chassé…

Plongée en Thaïlande : Barracuda à l’affut (Sphyraena flavicauda) à Sail rock

Plongée en Thaïlande : Barracuda à l’affut (Sphyraena flavicauda) à Sail rock

D’autres ont choisi une tactique groupée, et c’est un banc de plusieurs centaines d’individus qui tourbillonne lentement près du fond, se déplaçant comme une mini tornade prête à tout aspirer sur son passage… Les carangues de plus petite taille semblent quant-à elles également préférer les regroupements, mais cette fois plutôt à mi eau que près du fond…

Nous approchons maintenant du coin Nord-Ouest de Sail Rock lorsque nous apercevons dans le bleu, tout aussi nombreux, mais beaucoup plus paisibles, ce petit banc de platax à grandes nageoires (Platax teira). J’avais déjà eu la chance d’en croiser quelques individus la veille lors de ma plongée sur Chumphon pinnacle (voir le post ici), mais ce n’est décidément pas la même chose de les voir en bancs…
Quoi qu’il en soit Sail Rock mérite bien sa réputation puisque quelle que soit la direction vers laquelle se tourne mon regard, en haut, en bas, ou dans le bleu, partout ce ne sont que des bancs de poissons… Un véritable aquarium !

Nous poursuivons notre exploration sur le flanc Ouest de Sail Rock, un peu moins profond que son côté Nord, et cette fois je m’attache à observer le rocher entre 15 et 20 mètres de profondeur. Si un requin-baleine décidait de faire son apparition dans le bleu, j’imagine que je m’en apercevrai à l’agitation qui se mettrait alors à régner dans les parages chez mes amis plongeurs!

Ici vivent essentiellement des poissons de récif, et je photographie du côté de la roche ce joli tableau d’un couple de poissons-écureuils (Sargocentron coruscum) en pleine ballade

Plongée en Thaïlande : Poissons écureuils (Sargocentron coruscum) à Sail rock

Plongée en Thaïlande : Poissons écureuils (Sargocentron coruscum) à Sail rock

Mais on trouve également ici le poisson papillon de Hong-Kong (Chaetodon weibeli), celui là même que j’ai rebaptisé la veille « Chaetodon Magoo » à cause de cette photo (cliquer ici pour la voir dans un autre onglet), une espèce que je n’avais jamais croisée auparavant, mais qui décidément semble assez commune dans le golfe de Thaïlande. Et puis il y a aussi ce superbe juvénile de poisson-ange annelé (Pommacanthus annularis) qui promène sa magnifique livrée de bandes bleues sur fond orange. Sans oublier les poissons-clowns à collier (Amphiprion perideraion), nombreux sur ce versant Ouest de Sail Rock qui regorge d’anémones.

Plongée en Thaïlande : Poisson clown à collier (Amphiprion perideraion) à Sail rock

Plongée en Thaïlande : Poisson clown à collier (Amphiprion perideraion) à Sail rock

Au moment de franchir la pointe Sud-Ouest de Sail Rock, nous voici soudain à nouveau privés de visibilité, comme si le site était coupé en deux parties, l’une qui ressemble à un magnifique aquarium, et l’autre à une sorte de marécage. J’exagère un peu, mais la différence est tellement criante et la délimitation tellement marquée que j’ai l’impression d’avoir sous les yeux un véritable rideau séparant les deux secteurs, un peu comme la lune avec sa face éclairée et sa face obscure. Quel étrange phénomène!
J’en avais presque oublié les mauvaises conditions de notre début de plongée, mais la mer s’est chargée de nous les rappeler, et même si l’habituelle plongée sur Sail Rock consiste à faire le tour complet du monticule, nous décidons à l’unanimité de faire demi-tour pour profiter au mieux de notre aquarium.
En chemin nous croisons les autres palanquées, parties après nous, et qui comme nous se décideront à revenir sur leurs pas.

Nous parcourons ainsi en sens inverse (le rocher à main droite) le même trajet, jusqu’à revenir au milieu du côté Nord, juste avant la petite pointe où nous avions démarré notre immersion. Là, vers 18 mètres de profondeur, une grande ouverture découpe la paroi, donnant accès à une crevasse qui remonte ainsi jusqu’à 8 mètres de profondeur: la cheminée de Sail Rock. Nous nous empressons bien sûr de l’emprunter et remontons ainsi jusqu’à 5 mètres où nous effectuons notre palier de sécurité à l’abris de la pointe, puis de regagner le bateau après cette très belle plongée, malheureusement amputée d’une bonne moitié de son parcours habituel.

Seconde plongée à Sail Rock

A l’issue d’un intervalle de surface d’une heure environ, nous nous équipons pour notre seconde plongée de la journée. Nous ne sommes plus les seuls sur le site, et de nombreux bateaux sont peu à peu apparus de tous les points cardinaux pour converger vers nous, comme si Sail Rock était tout à coup devenu un gigantesque aimant attirant tout ce que les environs comptent de bipèdes palmés aux bulles intempestives.

Comme lors de notre première plongée nous nous mettons à l’eau les premiers et nageons jusqu’à la pointe avant de nous immerger. Des chapelets de bulles montent jusqu’à nous, indiquant la présence un peu plus bas de nombreux plongeurs. Décidément je ne regrette vraiment plus ce réveil matinal qui nous aura permis la totale exclusivité du site au moins pour une plongée!

Nous avons cette fois décidé de gagner plus rapidement les profondeurs, et pour cela d’utiliser la cheminée. Alexander s’y engage et je le suis de près, tête la première comme à mon habitude, bientôt suivi par nos deux compères. En sortant par l’ouverture située à 18 mètre de profondeur nous continuons en direction du fond, avant de prendre à gauche pour reprendre notre circuit dans le sens anti-horaire.

Je n’ai pas encore parlé des mérous, mais ils sont nombreux à Sail Rock, et d’espèces assez variées puisque l’on y trouve aussi bien les minuscules (une vingtaine de centimètres) mérous oriflamme (Epinephelus fasciatus) avec leur drôle de bouche rouge et blanche, que les impressionnants mérous géants (Epinephelus lanceolatus), plutôt indolents d’ailleurs puisque tous les individus que je croise semblent se reposer sur le rocher…

Nous parcourons ainsi le côté Nord de Sail Rock avant de rebrousser chemin pour revenir jusqu’à la pointe à une moins grande profondeur (entre 10 et 15 mètres). Je croise en chemin le toujours très redoutable baliste titan (Balistoides viridescens). Je n’en ai pour ma part toujours croisé que de pacifiques, mais il semble ici, dans le golfe de Thaïlande, particulièrement redouté par les guides qui nous mettent systématiquement en garde contre leur dangerosité et sur la conduite à tenir en cas d’attaque: sortir le plus rapidement possible de la zone conique comprise entre leur nid, sur le fond, et la surface…
Celui-ci en tous les cas ne marque aucune intention hostile à notre égard, et c’est tout juste s’il nous prête la moindre attention, préférant vaquer à ses occupations habituelles.

 

Plongée en Thaïlande : Baliste titan (Balistoides viridescens) à Sail rock sur l'ile de Koh Tao

Plongée en Thaïlande : Baliste titan (Balistoides viridescens) à Sail rock sur l’ile de Koh Tao

 

Je suis bientôt attiré par un étrange ballet: un petit groupe de platax teira en plein arrêt dans une station de nettoyage. Ils se tiennent parfaitement immobiles, tête vers le haut, attendant que les petits labres nettoyeurs aient terminé leur besogne. Parmi eux se trouve un individu d’une blancheur éclatante, mais qui me semble pourtant appartenir à la même espèce. Peut être un individus albinos? à moins que … j’ai lu quelque part que les platax pouvaient changer de couleur afin d’indiquer aux labres leur intention de se faire nettoyer, mais ici la transformation semble vraiment radicale…

Une fois revenus au niveau de la pointe, nos réserves d’air étant encore relativement importantes, nous décidons de nous engager pour un tour complet de Sail Rock, aux environs de 5 mètres de profondeur. Cela nous tiendra lieu de palier de décompression, et ce sera bien plus agréable, tout en nous permettant de rester dans une zone où la visibilité ne devrait pas être trop mauvaise.
C’est ainsi que nous aurons tout de même fait le tour de Sail Rock, certes à vive allure et à très faible profondeur, un peu en mode « snorkelling » donc, avant de regagner le bateau où nous attend un en-cas bien mérité.

Une à une les autres palanquées regagnent  à leur tour le bord, et bientôt nous appareillons pour l’heure et demie de navigation qui nous sépare de Koh Tao. Sur le bateau l’ambiance est à la discussion, chacun partageant ses impressions, décrivant ses trouvailles ou montrant ses photos, et je mesure une fois de plus l’universalité de la plongée sous-marine, qui permet à tous les peuples de se rejoindre dans un langage commun, celui de la passion pour la mer et ses créatures…

Plongée en Thaïlande : Bouteilles de plongée dans le soleil sur le bateau pour Sail rock sur l'ile de Koh Tao

Plongée en Thaïlande : Bouteilles de plongée dans le soleil sur le bateau pour Sail rock sur l’ile de Koh Tao

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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