THAÏLANDE: SHARK ISLAND

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Émergeant de la surface comme les nageoires d’un squale, Shark Island tire son nom de la forme (très approximative) de sa formation rocheuse plutôt que de la présence dans ses eaux d’une bande de requins sédentaires… Dommage…

Plongée en Thaïlande : Le site de plongée sous-marine de Shark Island à Koh Tao vu depuis la surface
Plongée en Thaïlande : Le site de plongée sous-marine de Shark Island à Koh Tao vu depuis la surface

Délaissant les eaux tranquilles de la paradisiaque baie d’Ao Leuk où nous venons juste de plonger sur le récif artificiel de Hin Ngam (lire le post), le Scuba birds prend la direction du Sud… Pas pour très longtemps puisque Shark Island se trouve juste à la sortie de la baie, à quelques centaines de mètres de là.
Le bateau vient s’amarrer sur le versant Est du petit îlot, le plus protégé, où nous patientons le temps de notre intervalle de surface réglementaire avant de nous remettre à l’eau…

Shark Island se présente sous la forme d’une petite montagne d’une centaine de mètres de longueur pour cinquante de large, dont seuls deux sommets (les « nageoires » du requin) dépassent de l’eau. Sous la surface le rocher descend en pente relativement douce jusqu’au fond situé à une profondeur comprise entre 15 et 18 mètres, à l’exception de la pointe Sud-Est qui se prolonge vers 25-30 mètres. Témoignant d’une intense érosion, les pentes sont recouvertes de gros blocs d’éboulis qui servent de refuge à une faune relativement importante et variée, principalement récifale, mais avec parfois la visite de quelques pélagiques puisque l’îlot se trouve un peu excentré à l’extrémité Sud de Koh Tao. Cette situation peut d’ailleurs parfois entraîner des courants assez importants dans le passage ainsi créé entre Shark Island et Koh Tao, et la vigilance doit être de mise pour les plongeurs et les snorkelleurs.

Nous nous immergeons enfin, nous laissant descendre jusqu’au fond avant de commencer notre exploration de Shark Island dans le sens des aiguilles d’une montre. La visibilité ne s’est pas améliorée depuis notre plongée précédente, et ici elle ne dépasse pas une toute petite dizaine de mètres… Il va falloir être vigilants pour ne perdre personne.

Un premier platax croise notre route. A la différence de ceux aperçus jusqu’à présent à Koh Tao et qui étaient des Platax teira, celui-ci ressemble plutôt à Platax orbicularis. Les deux espèces fréquentent les mêmes eaux et ne sont pas toujours faciles à distinguer, puisque leur principal caractère différenciant se situe au niveau d’une petite tâche noire, absente chez platax orbicularis, située sur le disque entre les pelviennes et la nageoire anale, et que celle-ci se fond souvent dans les bandes sombres qui strient le corps des platax.

Plongée en Thaïlande : Platax orbicularis à Shark island, sur l'ile de Koh Tao
Plongée en Thaïlande : Platax orbicularis à Shark island, sur l’ile de Koh Tao

Je scrute consciencieusement les parages pour essayer d’y découvrir un juvénile, mais sans succès. Les juvéniles de platax ont en effet une forme et une coloration totalement différentes de celles des adultes, avec des nageoires anale et dorsale encore plus disproportionnées qui leur donnent un look très longiligne que n’aurait sans doute pas renié Modigliani…
Quant-à leur coloration, si elle ne présente guère de différence chez les juvéniles de Platax teira, elle produit tout son effet chez Platax batavianus (individus zébrés noirs et blancs) et chez Platax pinnatus (individus entièrement noirs avec un liseré orange vif tout autour du corps et des nageoires).
Chez Platax orbicularis il s’agit d’une métamorphose moins impressionnante puisque le juvénile possède déjà une forme très arrondie, de couleur rouille, un peu comme une feuille d’automne. Comme la feuille, dont il a d’ailleurs la même épaisseur, il se laisse aller au gré du ressac, espérant que ce comportement mimétique trompera ses éventuel prédateurs (cliquer ici pour voir une vidéo).

Je donne quelques coups de palmes pour combler mon retard et rejoindre le reste de la palanquée. Nous atteignons bientôt l’extrémité Sud de l’Îlot, et nous survolons désormais une pointe en forme de plateau située à une douzaine de mètres de profondeur, toujours au milieu des éboulis. De chaque côté de cette pointe la profondeur descend jusqu’à 25-30 mètres, mais nous avons décidé de ne pas nous y aventurer afin de conserver suffisamment d’air pour pouvoir effectuer le tour complet de Shark  Island.

Les gros blocs rocheux servent de support à une faune fixée assez riche, où se mêlent corail cerveau, éponges barriques, gorgones, sans oublier le corail fouet qui lance ses longues branches décharnées au dessus du sol. Le corail poreux héberge quant-à lui d’innombrables vers arbres de Noel (Spirobranchus giganteus) qui forment un tableau multicolore qui s’évanouit en un clignement d’yeux lorsque je m’en approche. Étrange créature que ce petit ver polychète tubicole dont on pense qu’il peut vivre près d’une quarantaine d’années…

Plongée en Thaïlande : Vers arbres de Noël (Spirobranchus giganteus) à Shark island, sur l'ile de Koh Tao
Plongée en Thaïlande : Vers arbres de Noël (Spirobranchus giganteus) à Shark island, sur l’ile de Koh Tao

Nous remontons désormais le long du versant Ouest de Shark Island. Comme sur toutes les plongées à Koh Tao les vieilles rayées (Cheilinus fasciatus) et les poissons papillons de Hong-Kong (Chaetodon wiebeli) abondent sur ce site, mais j’y observe également le poisson-papillon à huit bandes (Chaetodon octofasciatus) auquel les épines dorsales donnent un air ébouriffé. Ce tout petit papillon (il mesure 12 centimètres au maximum) vit dans la zone comprise entre la surface et vingt mètres de profondeur, et se nourrit exclusivement de polypes de corail. Considéré comme relativement abondant, surtout dans le Triangle de corail, c’est pourtant la première fois que je le rencontre.
Même chose pour ce mérou mélifère (Epinephelus hexagonatus) dont l’étrange robe aux motifs hexagonaux ressemble tellement aux rayons de cire d’une ruche.

En approchant du Nord de l’îlot les éboulis se font plus rares, mais la faune y est toujours aussi abondante, et en regardant bien dans le sable, on y distingue souvent des raies pastenagues à tâches bleues (Taeniura lymma), assez nombreuses sur ce site de Shark Island (voir photo à la une de l’article). Souvent à demie enfouie dans le sable d’où ne dépassent que ses deux yeux protubérants, j’ai cette fois la chance de la voir nager en pleine eau, ce qui me permet d’admirer son éclatante palette de couleurs où de nombreux points d’un bleu électrique tranchent sur une robe à dominante jaune qui se termine par une queue également striée de bleue. Peut-être la plus belle des raies pastenagues, en tous les cas certainement la plus colorée…

Shark Island héberge également différents coquillages et nudibranches, dont ce petit doridien, Jorunna funébris, à la robe blanche ponctuée de points noirs. Il ressemble beaucoup au Doris dalmatien (Peltodoris atromaculata) que l’on trouve assez couramment en Méditerranée, mais ici les points sont plutôt des cercles que des tâches, comme si on y avait dessiné des smileys approximatifs…

Nous contournons ensuite la pointe Nord de Shark Island puis redescendons vers le Sud en slalomant entre les gros blocs rocheux qui ont fait leur réapparition, et nous retrouvons bientôt le mouillage du Scuba birds dont nous regagnons le bord après 55 minutes de plongée.
Par rapport aux autres sites de plongée de Koh Tao, Shark island regorge d’une faune très variée, avec notamment une grande diversité de coraux durs et mous qui laissent imaginer un endroit  vraiment magnifique les jours de bonne visibilité. Sa configuration en fait également un site de plongée sous-marine qui peut convenir aussi bien aux plongeurs confirmés qu’aux débutants, à condition de faire attention au courant parfois violent. Et puis, pour les plongeurs les plus chanceux, il parait que les requins-baleines y font quelquefois de petites apparitions…

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées.

Ma plus belle plongée ? J'espère bien la prochaine...

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