Votre mot de passe vous sera envoyé.

De l’autre côté du détroit de Maricaban, le site de Daryl Laut abrite une épave plutôt insolite puisqu’il s’agit de celle d’un ancien casino flottant, détruit lors d’un incendie dans les années 80, et dont la structure de poutrelles métalliques sert désormais de refuge à une bande de platax, semblant hanter ces ruines comme des fantômes errant dans la brume…

En ce troisième jour de plongée à Anilao, la routine s’est désormais bien installée au Bucéo Anilao Resort : lever à 6h45, suivi d’un rapide mais copieux petit-déjeuner buffet, puis préparation de l’équipement de plongée avant de me rendre au briefing de 8h, après lequel nous embarquons aussitôt dans la bangka du resort (le traditionnel bateau philippin à balanciers) pour les 15-20 minutes de navigation qui nous permettent de nous rendre juste en face sur l’île de Maricaban.
Aujourd’hui notre destination est le site de Daryl Laut, sur la côte Ouest de Caban Island, au Nord-Ouest de Maricaban. Il s’agit d’un ancien casino flottant détruit par un incendie et qui repose désormais par vingt à trente mètres de fond. Les raisons de ce « naufrages » ne sont pas bien claires. Certains prétendent qu’il s’agirait de la foudre, d’autres avancent la sempiternelle histoire de l’incendie volontaire pour toucher la prime d’assurance… Quoi qu’il en soit, il ne reste plus désormais de ce casino que sa structure métallique, et le moins que l’on puisse dire est qu’elle fait la joie de la faune locale qui s’y est installée en nombre…

Plongée à Anilao aux Philippines: Structure de l'épave du casino de Daryl Laut

Plongée à Anilao aux Philippines: Structure de l’épave du casino de Daryl Laut

Comme à l’habitude, notre bangka jette l’ancre au-dessus du plateau peu profond qui prolonge le rivage de quelques mètres, nous permettant de nous mettre à l’eau entre ses balanciers, puis nous nous laissons glisser le long du talus sableux pour gagner les profondeurs. La structure de l’ancien casino, d’allure imposante, apparaît presque immédiatement dans cette eau limpide, nous permettant de nous diriger droit sur elle. Les poutrelles d’acier ont plutôt bien résisté au temps, conservant leur alignement régulier formant de grand carrés colonisés par le corail et les éponges.
Mais nous réservons pour plus tard l’exploration de sa partie supérieure, et gagnons tout de suite sa zone la plus profonde, située vers 27 mètres, où la structure métallique forme comme un auvent sous lequel se promènent platax et rascasses volantes…

Plongée à Anilao aux Philippines: Rascasse volante (Pterois volitans) à Daryl Laut

Plongée à Anilao aux Philippines: Rascasse volante (Pterois volitans) à Daryl Laut

Je reste de longue minutes à les observer, avant de contourner cet auvent improvisé pour aller explorer le flanc Nord du casino de Daryl Laut. De cet endroit, l’épave prend véritablement une dimension magique, puisque le soleil vient jouer dans la structure pour y créer de véritables puits de lumière, un peu à la manière du treillage d’une tonnelle par un bel après midi d’été, et c’est justement là que les platax ont choisi d’élire domicile, se promenant entre les poutrelles en passant lentement de l’ombre à la lumière au rythme de leur nage indolente, comme d’étranges fantômes somnambules errant sans but dans la brume qui recouvre les ruines qu’ils sont chargés de hanter…
Il s’agit de Platax orbicularis, un habitué des épaves, puisque l’on peut l’y croiser assez régulièrement, en couple ou en bande de plusieurs dizaines d’individus. Le juvénile présente une morphologie totalement différente qui le fait ressembler à s’y méprendre à une feuille morte, mais j’ai beau scruter les environs, je n’en vois pas un seul…

Plongée à Anilao aux Philippines: Platax (Platax orbicularis) à Daryl Laut

Plongée à Anilao aux Philippines: Platax (Platax orbicularis) à Daryl Laut

Commençant à m’approcher sérieusement de la zone de déco à force de traîner aussi longtemps par 25-28 mètres de profondeur, je décide de remonter un peu pour explorer le dessus de l’épave. Celle-ci se trouve vers une quinzaine de mètres et l’on y rencontre en permanence un nombre assez impressionnant d’apogons dorés (Ostorhinchus aureus). Ce petit poisson (une dizaine de centimètre) doit sa réputation au comportement du mâle qui « gobe » les œufs pondus par la femelle pour les incuber ensuite à l’intérieur de sa bouche, cessant de se nourrir jusqu’à ce qu’ils éclosent, environ une semaine plus tard.
Ils sont tellement nombreux à Daryl Laut que je vais surement en croiser un pour lui tirer le portrait, mais encore une fois j’ai beau scruter, impossible d’apercevoir le moindre œuf… Décidément ce n’est pas mon jour de chance !

Plongée à Anilao aux Philippines: Apogon doré (Ostorhinchus aureus) à Daryl Laut

Plongée à Anilao aux Philippines: Apogon doré (Ostorhinchus aureus) à Daryl Laut

La structure métallique elle-même s’avère également plus facile à observer minutieusement depuis le dessus, et l’on peut y trouver différents vers plats ou nudibranches, mais surtout la magnifique crevette-dragon (Miropandalus hardingi) que j’avais déjà eu la chance de croiser la veille lors de ma plongée sur Kirby’s rock (lire l’article ICI).

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette dragon (Miropandalus hardingi) à Daryl Laut

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette dragon (Miropandalus hardingi) à Daryl Laut

Enfin, un autre habitant sédentaire de Daryl Laut mérite le détour. Il habite le coin Sud-Est de l’épave et d’après mon guide, on l’y trouve à chaque plongée. Il s’agit d’un poisson-épervier à long nez (Oxycirrhites typus), et cet individu solitaire a pour habitude de se tenir verticalement sur les cnidaires de l’épave, attendant qu’une proie, généralement de petits crustacés planctoniques, passe à sa portée pour fondre dessus avec la célérité du rapace auquel il doit son nom…

Plongée à Anilao aux Philippines: Poisson épervier à long nez (Oxycirrhites typus) à Daryl Laut

Plongée à Anilao aux Philippines: Poisson épervier à long nez (Oxycirrhites typus) à Daryl Laut

Mes réserves d’air commençant à faiblir, je regagne bientôt le talus sableux et la zone des 5-8 mètres pour y prolonger au maximum mon exploration, et ce talus mérite largement le détour avec la présence de quelques nudibranches et vers plats, comme ce petit chromodoris magnifica formant un magnifique tableau avec la surface pas très loin, ou encore ce ver plat à pointe orange (Pseudoceros bifurcus) que je ne connaissais pas encore.

Plongée à Anilao aux Philippines: Nudibranche (Chromodoris magnifica) à Daryl Laut

Plongée à Anilao aux Philippines: Nudibranche (Chromodoris magnifica) à Daryl Laut

Plongée à Anilao aux Philippines: Ver plat à pointe orange (Pseudoceros bifurcus) à Daryl Laut

Plongée à Anilao aux Philippines: Ver plat à pointe orange (Pseudoceros bifurcus) à Daryl Laut

Mais la véritable curiosité de cette fin de plongée reste encore à découvrir, et elle apparaît bientôt nichée au fond d’une étroite cavité, sous la forme d’un étonnant coquillage. Il s’agit d’une lime électrique (Ctenoides ales), un magnifique bivalve au manteau rouge flamboyant, prolongé par de longs tentacules de même couleur, un peu comme des cils exagérément allongés par un improbable rimmel rouge. A intervalle régulier, des éclairs blancs iridescents semblent jaillir des bords de ce manteau, un peu comme des arcs électriques. Le phénomène est difficile à montrer par une simple photo, mais il apparaît plus clairement sous forme de vidéo (voir ci-dessous). Ce phénomène n’a en fait rien d’électrique puisqu’il s’agit d’une simple réflexion de lumière sur un tissu particulièrement réfléchissant de l’animal, mais il n’en demeure pas moins impressionnant ! Digne des effets spéciaux des meilleurs films de science fiction !

Une très belle plongée donc que ce site de Daryl Laut, et surtout une plongée insolite. Pour vous je ne sais pas, mais en ce qui me concerne c’est bien la première fois que je plongeais dans un casino ! J’ai particulièrement aimé ses jeux de lumière entre les poutrelles de la structure métallique, mais aussi la quantité et la diversité de la faune rencontrée, qui prend toute sa dimension dans un tel décor…
Il s’agit en outre d’une plongée facile, totalement protégée du courant, qui ravira aussi bien les plongeurs confirmés qui pourront aller voir rascasses et platax au point le plus profond, que les plongeurs débutants qui pourront survoler l’épave à la rencontre des nombreux apogons dorés (en tentant de repérer les mâles en incubation), et puis bien sûr explorer le talus à la recherche de l’étonnant coquillage électrique…

Articles dans cette catégorie

Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...
0 Partages
Partagez
Tweetez
Enregistrer
+1