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A l’extrémité Nord-Ouest de l’île de Maricaban, le site de plongée de Sepoc s’enfonce sous la surface de l’océan Pacifique. Comme il y a quelques jours sur les sites voisins de Caban island (Lire l’article ICI), on y croise un nombre impressionnant de crevettes, de toutes les formes et de toutes les couleurs. Rapide revue de détail…

En cette fin janvier le temps ne s’arrange décidément pas, et pour cette nouvelle journée de plongée sous-marine à Anilao, l’hiver philippin nous a réservé un petit crachin que ne renieraient certainement pas mes amis armoricains… Le vent a décidé lui aussi de se mettre de la partie en poussant une houle puissante, et notre traversée du détroit de Maricaban à bord de notre petit bateau à balancier (une bangka) s’apparente bel et bien aujourd’hui à un véritable numéro de rodéo, chaque vague essayant de nous propulser vers le ciel pour nous laisser ensuite lourdement retomber dans le creux suivant.

Heureusement nous gagnons bientôt Caban Island, dont la forme allongée constitue une véritable barrière protectrice, et c’est désormais bien au calme que nous poursuivons notre navigation le long de la côte de l’île  de Maricaban, afin d’en atteindre la pointe Nord-Ouest où se trouve Sepoc.
Mais la nature est décidément bien contrariante aujourd’hui, et, dans cet endroit plutôt exposé, notre guide juge le courant trop violent pour nous permettre de plonger en toute sécurité. Qu’à cela ne tienne, nous nous rabattons sur un autre site de plongée situé à quelques dizaines de mètres de là et qui se nomme Sepoc 2… Tout cela sent le plan B bien orchestré…

Nous nous immergeons avec délice puisqu’il fait bien meilleur dans l’eau qu’au dehors, et nous nous laissons glisser le long de la pente pour gagner les profondeurs. Hélas, au lieu du tombant couvert d’une multitude de coraux et de gorgones que l’on trouve à Sepoc, Sepoc 2 s’apparente plutôt à un paysage désolé, couvert de coraux brisés qui tapissent une pente pas bien raide. Exactement le genre de paysage sous-marin que je n’apprécie guère…
Mais les conditions de mer sont ainsi faites que l’on ne plonge pas toujours où l’on veut et que parfois la nature décide à notre place, aussi, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je me mets aussitôt a fouiller ce paysage désertique à la recherche de mes bestioles préférées…

La première que je déniche habite un corail-bulle (Plerogyra sinuosa), ces drôles de coraux aux vésicules remplis de gaz pendant la journée pour se nourrir par photosynthèse grâce aux algues symbiotiques qu’elles contiennent, et déployant ses polypes la nuit pour chasser de minuscules proies à l’aide de leur cellules venimeuses (on les appelles des cnidocytes). Le bestiau en question est une crevette du corail-bulle (Vir philippinensis) et j’apprécie tout particulièrement son côté très graphique, mettant en oeuvre un corps entièrement transparent simplement strié de lignes violettes ou rouges jusqu’au bout des pattes. Un animal que les amateurs de bandes dessinées partisans de l’école de la ligne claire apprécieraient sans aucun doute…

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette du corail bulle (Vir phippinensis) à Sepoc

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette du corail bulle (Vir phippinensis) à Sepoc

Plus loin c’est une comatule qui abrite un couple de grosses crevettes-pistolet (Synalpheus stimpsoni) que je n’avais encore jamais croisées avant ma récente plongée sur Cavan cove (lire ICI), au Sud de Caban Island, et dont j’avais parlé des étonnantes propriétés physiques. Cette grosse pince capable de tuer des proies à distance (comme un pistolet) apparaît bien plus clairement sur cette photo de dessus…

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette revolver des comatules (Synalpheus stimpsonii) à Sepoc

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette revolver des comatules (Synalpheus stimpsonii) à Sepoc

La dernière crevette que je déniche à Sepoc 2 est bien plus commune puisqu’il s’agit d’Ancylomenes sarasvati, mais j’aime son corps transparent sur lequel tranche la petite marque bleue et blanche en forme de V, juste à l’endroit où son abdomen semble se casser pour former un angle à presque quatre vingt dix degrés…

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette (Ancylomenes sarasvati) à Sepoc

Plongée à Anilao aux Philippines: Crevette (Ancylomenes sarasvati) à Sepoc

Une anémone de Mertens (Stichodactyla mertensii) attire mon regard, et je décide d’aller y jeter un coup d’œil puisque cette espèce abrite souvent des crabes porcelaine (Neopetrolisthes maculatus) à la délicate robe blanche ponctué de rouge ou de rose foncé. Bien m’en a pris puisque effectivement le petit crustacé s’y cache bien, étalant ses énormes pinces plates qui le font parfois ressembler aux bras de Popeye. Contrairement à ce que beaucoup de plongeurs croient, il ne s’agit pas tout à fait d’un crabe, mais plus exactement d’un anomoure, une famille très proche qui comprend également les galathées ou les Bernards-l’ermite, et qui possède la particularité de présenter une cinquième paire de patte très atrophiée.

Plongée à Anilao aux Philippines: Crabe porcelaine (Neopetrolisthes maculatus) à Sepoc

Plongée à Anilao aux Philippines: Crabe porcelaine (Neopetrolisthes maculatus) à Sepoc

Cette anémone abrite également une famille de poissons-clowns, et son disque en forme de tapis de grosse laine à poil ras est tellement vaste (il mesure facilement plus d’un mètre de diamètre) que l’on croirait presque qu’elle y a avalé cette femelle dont seule la tête parvient à émerger, un peu comme si des sables mouvants se refermaient sur elle pour l’engloutir dans les profondeurs de ses entrailles, au grand dam du juvénile qui assiste impuissant à la scène…

Plongée à Anilao aux Philippines: Poisson-clown à Sepoc

Plongée à Anilao aux Philippines: Poisson-clown à Sepoc

Comme souvent dans les parages, le corail-fouet abrite des gobies nains (Bryaninops yongei), le plus souvent par couples. Pour les dénicher il faut regarder attentivement le long des antipathaires en guettant le moindre mouvement, puisque ces petits poissons (2 à 3 cm) s’y déplacent à la vitesse de l’éclair (on dirait presque de la téléportation !), les parcourant de haut en bas en s’arrêtant parfois pour jeter alentour un regard inquiet et vérifier que personne n’a remarqué leur petit manège. Je m’amuse quelques minutes à leur tirer le portrait, jouant avec les paramètres de mon appareil photo pour faire varier la couleur de l’arrière plan du noir au bleu et laisser éclater de profil la translucidité de leur corps où l’on aperçoit très distinctement la colonne vertébrale…

Plongée à Anilao aux Philippines: Gobie du corail fouet (Bryaninops yongei) à Sepoc

Plongée à Anilao aux Philippines: Gobie du corail fouet (Bryaninops yongei) à Sepoc

Quelques nudibranches croisent également dans les parages, mais aucun que je ne connaisse déjà, et je m’attarde surtout sur ce gros nembrotha chamberlaini qui se promène lentement sur le tapis de coraux brisés de Sepoc 2, semblant s’étirer de toute sa longueur comme un élastique près à se détendre pour se propulser en avant. Sa tête présente de belles couleurs où se mêlent le brun, le jaune et le bleu (sa bouche) sur un manteau à dominante blanche. Les délicats rhinophores arborent la même couleur rose-orange que son panache branchial, et l’on distingue très nettement sur son côté droit, un peu en arrière de ces derniers, un disque bleu qui pourrait faire penser à un œil. Il s’agit en fait de son orifice reproducteur, rétractable comme il se doit, et qui lui permet de dégainer un organe à la fois mâle et femelle puisque le bestiau est un hermaphrodite simultané. (Voir l’article concernant Arthur’s rock pour plus de détails et quelques photos de reproduction de nembrotha)

Plongée à Anilao aux Philippines: Nudibranche (Nembrotha chamberlaini) à Sepoc

Plongée à Anilao aux Philippines: Nudibranche (Nembrotha chamberlaini) à Sepoc

Je m’attarde encore quelques instants à faible profondeur, laissant mon corps désaturer sous l’ombre de notre bangka qui nous attend bien sagement aux dessus de nos têtes, puis je regagne son bord après une grosse heure de plongée ici à Sepoc 2. Ses paysages de coraux brisés ne me laisseront certainement pas un souvenir impérissable, mais j’aurais tout de même eu le loisir d’y faire quelques rencontres intéressantes.
Ce site de plongée constitue une solution de repli facile lorsque les conditions ne permettent pas de plonger en toute sécurité à Sepoc, même si l’on peut parfois également rencontrer ici un courant modéré à fort. En l’absence de courant Sepoc 2 peut être pratiqué par des plongeurs de tous niveaux puisque sa pente graduelle permet à chaque palanquée de choisir sa profondeur en fonction de ses prérogatives.

Plongée à Anilao aux Philippines: Paysage sous-marin de Sepoc

Plongée à Anilao aux Philippines: Paysage sous-marin de Sepoc

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Gilles Auroux
Plongeur insatiable, infatigable voyageur, et photographe passionné, j'ai entrepris ce blog pour partager mes plongées, mais aussi témoigner sur la beauté et la fragilité du monde qui se trouve sous la surface de nos océans.

Ma plus belle plongée ? J'espère la prochaine...

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